LES CONTES DE TERREMER
Gedo Senki - Japon - 2006
Image plateforme « Blu-Ray »
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Genre : Heroic Fantasy
Réalisateur : Goro Miyazaki
Musique : Tamiya Terajima
Image : 1.85 16/9
Son : Japonais DTS-HD Master Audio 6.1, Français DTS-HD Master Audio 5.1
Sous-titre : Français
Durée : 115 minutes
Distributeur : Walt Disney Home Video
Date de sortie : 4 juillet 2012
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
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LE PITCH
Arren, jeune prince du royaume d’Enlad, va s’allier aux forces du grand magicien Epervier pour rétablir l’équilibre du monde rompu par un sorcier maléfique. Dans le combat qui s’annonce, Arren et Epervier croiseront la route de Therru, une mystérieuse jeune fille. Ensemble, ils dépasseront leurs peurs et uniront leurs destins pour mener le plus fascinant des voyages…
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"Toi aussi mon fils"

Le talent est-il génétique ? Se transmet-il par l'apprentissage ou la proximité avec le génie ? Manifestement ni l'un ni l'autre tant Goro, fils du vénérable Hayao Miyazaki, ne réussit à imposer la moindre vision à son premier long-métrage.  Dur de passer derrière papa... en particulier quand on n'en a absolument pas les moyens.

 

Bien avant Le Petit monde des Borrowers, le studio Ghibli s'était déjà intéressé à un classique de la littérature anglo-saxonne.  Avec une méthode d'appropriation proche de celle de son désormais cousin Disney, la technique était déjà de modifier à l'envi la trame, l'univers, pour finalement en faire une vision marquée par l'esthétique du studio. Un travail de fond qui, mine de rien, avait déjà démarré dans les années 80 lorsque Hayao Miyazaki avait tenté de convaincre la romancière Ursula K. Le Guin de lui confier les droits de son œuvre. Mais alors totalement inconnu hors des frontières nippones, le maître fut gentiment éconduit. Anecdote marrante, c'est bel et bien cette dernière qui tenta des années plus tard de refourguer sa saga dans les pattes du réalisateur de Princesse Mononoké, pensant tenir là un bon moyen de faire connaître son œuvre à travers le monde. Sauf que dans les années 2000, Miyazaki est passé depuis longtemps à autre chose et va finalement confier le projet à son fiston, Goro, en promettant de superviser l'affaire. Peine perdue : trop occupé par des courts-métrages avec les héros de Totoro pour le musée Ghibli (comme on le comprend !) et à préparer son futur Ponyo, le vétéran se désintéresse totalement d'une aventure d'Heroic Fantasy qui semble aujourd'hui bien loin de ses ambitions artistiques. Alors fiston est-il aussi doué que papa ? La réponse est inévitablement non, lorsque s'achève la vision de ce premier long-métrage austère et sans vie : Les Contes de Terremer.

 

histoire de génération

 

Si le peu de ressemblance avec le matériau d'origine aura fait fulminer cette pauvre Ursula (pour le coup, le téléfilm La Prophétie du sorcier est bien plus fidèle), c'est surtout l'incapacité du réalisateur à donner un quelconque souffle à son aventure qui laisse dubitatif. Armé de personnages potentiellement aussi puissants qu'un parricide traumatisé possédant une épée magique, un sorcier errant et une jolie demoiselle scarifiée cachant une nature fantastique, Goro Miyazaki semble constamment désemparé devant la profondeur psychologique possible de ses protagonistes et la noirceur dont il fait lui-même preuve : il préfèrera d'ailleurs s'attarder sur la romance entre les deux héros, ou plonger le spectateur dans des tunnels de dialogues sans fin, discourant avec naïveté (pour ne pas dire bêtise) sur les notions de bien et de mal, de destin et de rôle dans le grand dessein du monde. Là où les productions du studio arrivent toujours à faire aimer les personnages, à les rapprocher avec stylisation d'un réalisme absolu (qui a oublié Nausicaä ou la petite Mei de Totoro ?), Les Contes de Terremer semble se conforter dans une alternance entre inexpressivité et crispation passagère, qui aboutit à une apparence lisse et constamment impersonnelle.

 

légende orale

 

Difficile de trouver ici une personnalité marquée, complexe, autant stylistiquement qu'en termes de réalisation, l'entreprise sombrant finalement dans un manichéisme triste et une tendance confortable à la « gniangniantise ». Un scénario lourd (beaucoup de gras) qui est martelé par une mise en scène pataude (en dehors de la superbe ouverture) tentant de fixer le paysage en attendant désespérément que la poésie y apparaisse par magie, comme si Goro s'évertuait à retrouver la puissance picturale de son modèle. Fait d'autant plus évident lorsque la petite Therru se met à chanter en plan fixe sur une jolie mélodie certes, mais d'une longueur confondante et d'une inutilité totale. Le miracle de Porco Rosso ou du Château dans le ciel sont pour le cinéaste hors de portée, ce dernier n'en comprenant la précieuse alchimie. Finalement, le film ne peut survivre que grâce à l'armée de talents qui hantent encore et toujours les couloirs de Ghibli. Des techniciens et designers hors-pair qui font encore et toujours vibrer les yeux du spectateur grâce à cette animation gracile dont ils ont le secret, et surtout en laissant libre cours à leur imagination via des arrières-plans fastueux et complexes, admirablement inspirées des toiles médiévales. Il est d'autant plus dommage que le jeune homme aux commandes ne sache absolument pas quoi en faire...

Nathanaël Bouton-Drouard










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Image :
C'est clairement l'une des valeurs sûres communes entre Ghibli et Disney : leurs masters sont systématiquement splendides. En l'occurrence, Les Contes de Terremer fait partie des films du studio nippon à afficher les plus beaux décors. Les peintures sont ici supportées par une Haute Définition renversante de précision, faisant danser les nombreuses variations de teintes, les détails sur chaque pierre, les brins d'herbes ballotés par le vent... Absolument magnifique, la maîtrise du support profite tout autant aux animations, qui peuvent étaler leur fluidité et leur naturel à toute épreuve. Une copie parfaite, une compression plus que solide pour un résultat lumineux et impérial.

 

Son :
On relève clairement le même souci du détail du côté de la piste japonaise en DTS-HD Master Audio 6.1, qui réussit à chaque instant à imposer un rythme, une ambiance et un suspense à un film qui en manque cruellement au demeurant. L'ouverture avec le duel de dragons fait trembler le sol tout en virevoltant d'une enceinte à l'autre pour souligner l'aspect aérien de ces créatures, mais le mixage sait se montrer plus délicat lors des nombreuses séquences contemplatives. Marqueront surtout au final les séquences de cauchemars (mixées comme un vrai film d'horreur) ou la découverte de la cité qui démontrent le talent indéniable des ingénieurs du son de Ghibli. Plus plate car joué par des acteurs peu présents, la version française manque cruellement de caractère et ce, malgré un 5.1 qui tente de s'approcher au plus près de la piste japonaise. 

 

Interactivité :
Grosse surprise lors de la sortie des Contes de Terremer en DVD, qui pour une fois annonçait une véritable manne en termes de suppléments. Pas de bol, ces derniers sont quasiment uniquement consacrés à la musique et aux voix, et ce sur des durées assez conséquentes. Ca parle donc beaucoup dans le vide, ça se répète dans les grandes largeurs, et il faut se diriger vers l'émission nippone de Junichi Okada pour dégotter quelques interviews de Miyazaki père et fils. Reste heureusement la possibilité habituelle de découvrir l'intégralité du long-métrage dans sa version storyboardée, soit en plein écran, soit en surimpression dans une fenêtre pendant le visionnage du film.

 

Liste des bonus : Story-board animé, La chanson de Therru (30'), La naissance de la musique (60'), Émission spéciale - Junichi Okada : sa rencontre avec le film (43'), Les voix originales (45'), Bandes-annonces.

 
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