SCHIZOPHRENIA
Angst - Autriche - 1983
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Image de « Schizophrenia »
Genre : Thriller
Réalisateur : Gerald Kargl
Musique : Klaus Schulze
Image : 1.77 16/9 Compatible 4/3
Son : Autrichien et français DTS-HD Master Audio 1.0
Sous-titre : Français
Durée : 82 minutes
Distributeur : Carlotta
Date de sortie : 4 juillet 2012
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
Jaquette de « Schizophrenia »
portoflio
LE PITCH
Un psychopathe est libéré de prison après avoir purgé une longue peine pour le meurtre d’une vieille dame. Errant dans la ville, il retrouve le monde avec une seule idée en tête : tuer à nouveau. Après avoir tenté d’étrangler la conductrice d’un taxi, l’homme s’enfuit et se réfugie dans une maison où habitent une vieille dame, sa fille et son fils handicapé. Excité par le nouveau terrain de jeu qui s’offre à lui, le tueur s’apprête à frapper…
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Kill again

Redécouvert récemment grâce à quelques projections spéciales dans des festivals européens, la seule et unique fiction de Gerald Kargl renait sous l'impulsion de l'éditeur cinéphilique Carlotta. Un film maudit qui a pourtant marqué une génération entière de cinéphiles et en particulier Gaspard Noé (Seul contre tous).

 

Nombreux sont les films qui ont tenté de scruter avec leurs objectifs grossissant la psyché malade des serials killers. Tour à tour fantasmés, accusés, montrés comme des bêtes ou des créatures venus d'ailleurs, ils se sont montrés particulièrement coriaces dans des métrages tentant d'en dresser un portrait complet par le biais d'une vue intérieure. A l'instar du Maniac de William Lustig ou Henry Portrait of a Serial Killer de John McNaughton, Schizophrenia s'ancre littéralement dans la tête d'un pauvre sociopathe tout juste libéré de prison. Considéré (presque) comme un simple criminel, il ressort avec ses pulsions et se met immédiatement en marche pour les assouvir. Une première tentative avec une conductrice de taxi, puis il s'en prend à une famille habitant une maison isolée. Tourné quasiment en temps réel, l'action ne cherche pas la fioriture montrant avec la même franchise tous les aspects du personnage, tour à tour inquiétant, totalement fou, violant, barbare... mais finalement surtout extrêmement pathétique dans cette manière de souligner sa maladresse, son empressement et ses échecs.

 

tête à tête

 

Impossible de se détacher ainsi de ce personnage, la grammaire de la mise en scène  emprisonnant le spectateur à ses cotés, martelé par une musique métallique entêtante, obsédé par un monologue intérieur en voix off. Celle-ci désacralise le personnage, lui offrant l'opportunité d'évoquer son passé et ses pulsions avec un décalage constant et surtout une caméra terriblement organique. Entièrement filmé avec un dispositif  complexe de miroirs et de grues artisanales, qui donne naissance à des mouvements à la fois souples et secs, amples et frénétiques, il rend plus fragile encore la place du spectateur. Perdu face à l'interprétation hystérique et glaçante d'Erwin Leder (Das Boot, La liste de Schindler) ; perdu face à cette alternance angoissante entre un point de vue à hauteur d'homme (effet de caméra porté qui appuie la proximité avec le tueur et sa frénésie) et de longs travellings ou des panoramiques arrière qui le ramènent à son état de chose insignifiante : un  petit animal primitif. Un film souvent très fort, dont le jusqu'au-boutisme désincarné frôle même parfois le fantastique cauchemardesque (là désacralisation de l'autre, le vide des lieux visités), donnant véritablement la sensation désagréable d'avoir été happé par la maladie du personnage principal, son besoin névralgique de créer la peur (Angst). Une expérience et au passage une leçon incroyable de mise en scène.  

Nathanaël Bouton-Drouard






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Image :
Ceux qui avaient découvert le métrage il y a bien longtemps dans une copie vidéo baveuse et fortement abimée vont sans doute tomber des nues devant l'excellente tenue du master proposé par Carlotta. Déjouant les pièges d'un grain omniprésent (mais en adéquation avec la tonalité du métrage), l'éditeur étale une compression maitrisée de bout en bout, permettant de jouer sur une lumière souvent froide, des plans perdus dans les ténèbres et d'une texture neigeuse salace avec une certaine virtuosité. Le film gagne en véracité, en efficacité et fait preuve d'un travail esthétique encore plus poussé que ce qui avait été imaginé il y a 20 ans. C'est ce que l'on appelle une redécouverte.

 


Son :
L'éditeur ne déroge pas de sa règle immuable et propose certes une compression en DTS HD Master Audio et des pistes autrichienne et française (excellent doublage) nettoyées, mais définitivement dans leurs mono d'origine. Le son est donc clair, limpide mais frontal et massif sur les avants. Le respect de l'œuvre encore et toujours.

 


Interactivité :
Etonnement pour un métrage dont seulement quelques érudits connaissaient l'existence, Carlotta a choisit de fournir une édition relativement conséquente. En allant chercher des suppléments enregistrés pour des éditions étrangères tout d'abord avec une interview assez maladroite du réalisateur, mais largement rattrapées par les réponses de celui-ci. L'impact de la censure du film sur sa carrière, les regrets, les expérimentations, la collaboration avec Zbig Rybczynski (le chef opérateur)... ce dernier s'offre lui aussi une interview, bien plus soignée en l'occurrence, qui lui permet d'expliciter le dispositif de mise en scènes et les choix techniques avec un didactisme efficace, prouvant au passage son impacte réel sur le résultat final. Il complète parfaitement les propos de Kargl, et tous deux dépeignent avec un petit brin de nostalgie  la naissance d'un film autofinancé courageux et expérimental. On reste un peu plus en retrait dans la rencontre entre l'acteur Erwin Leder et le psy Harald David puisque le but n'est pas forcément d'analyser véritablement le film mais surtout d'explorer les thèmes de celui-ci : Y-a-t-il plus de serial killer aujourd'hui ? Quels sont les défenses que la loi a mis en place ? D'où viens ce type de pathologie ? Un peu bateau tout ça, et les canapés sont tellement moches ! Enfin la section bonus s'achève par l'interview de Gaspard Noé, manifestement très marqué par le film et qui évoque ça découverte de la copie en VHS, les multiples visionnages et souligne les influences certaines qu'elle a eu sur ses films. Passionnant et sincère.  Enfin, on ne peut passer sous silence le « prologue » qui fut ajouter sous la pression du distributeur de l'époque. Tourné en une journée, sans le sous, et se contentant de surligner certains fait déjà évoqués dans le montage principal, il se montre particulièrement pataud et inutile. Le réalisateur semble en être d'ailleurs particulièrement conscient, puisqu'il y a même ajouté quelques étranges notes d'humour particulièrement déplacées. A croire qu'il l'a fait exprès !  

 

Liste des bonus : Proloque (8'), Entretien avec Gerald Kargl (27'), Entretien avec Zbig Rybczynski (29'), Entretien avec Erwin Leder et le Dr Harald David (26'), Influences (25'), Bandes-annonces.

 
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