CHEVAL DE GUERRE
War Horse - Etats-Unis - 2012
Image plateforme « Blu-Ray »
Image de « Cheval de guerre »
Genre : Drame, Guerre
Réalisateur : Steven Spielberg
Musique : John Williams
Image : 2.35 16/9
Son : DTS-HD Master Audio 7.1 Français, Anglais
Sous-titre : Français, Anglais, Allemand, Arabe, Bulgare...
Durée : 147 minutes
Distributeur : Walt Disney Home Video
Date de sortie : 23 juin 2012
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
Jaquette de « Cheval de guerre »
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site officiel
LE PITCH
Une amitié exceptionnelle unit un jeune homme, Albert, et le cheval qu’il a dressé, Joey. Séparés aux premières heures du conflit, l’histoire suit l’extraordinaire périple du cheval alors que de son côté Albert va tout faire pour le retrouver. Joey, animal hors du commun, va changer la vie de tous ceux dont il croisera la route : soldats de la cavalerie britannique, combattants allemands, et même un fermier français et sa petite-fille…
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le secret de la licorne

On ne l'arrête plus. Quelques mois après Les Aventures de Tintin, et tout juste avant Lincoln et la fresque de science-fiction Robopocalypse, Steven Spielberg se risque au genre notoirement casse-gueule du drame animalier. Sa vision du monde et une remise en question systématique de son propre cinéma auront tôt fait d'insuffler au projet des qualités loin d'être évidentes sur le papier.

 

Dans la conférence qu'il donnait à la presse en janvier 2012, Steven Spielberg balayait d'un revers de manche une théorie pourtant pertinente, insinuant que son implication dans un long-métrage aussi classique que Cheval de Guerre représentait une manœuvre consciente de sa part ; une sorte de plongeon dans ses propres racines cinématographiques après les expérimentations technologiques des Aventures de Tintin. Effectivement, l'explication ne peut être aussi simple, l'argument même de Cheval de Guerre appelant du réalisateur des recherches narratives tout aussi sophistiquées que celles de son film en Performance Capture. N'importe quel cinéaste aurait abordé le drame animalier de Cheval de Guerre sous l'angle de la baudruche familiale, en tenant pour acquise la capacité de fascination de la créature vedette sur un public depuis longtemps habitué à s'émouvoir davantage du sort des bêtes que de celui des hommes. Réalisateur humaniste par excellence (il ne nous a pas habitués à filmer le sauvetage d'un chien en pleine bataille du Soldat Ryan, dans le Massasshusetts dévasté de La Guerre des Mondes, ou au milieu des camps de La Liste de Schindler), Spielberg avait besoin de croire lui-même qu'un étalon pourrait porter sur ses épaules une tragédie cinématographique dans son ensemble. Tout Cheval de Guerre met ainsi en exergue la démarche interrogative du metteur en scène, dont les plans iconiques sur l'animal éponyme suscitent autant le questionnement qu'une fascination presque fantasmagorique, faisant souvent passer le long-métrage dans le registre du conte.

 

le conte est bon

 

Ainsi, plutôt que d'adopter constamment le point de vue de l'animal à la manière des Babe de Chris Noonan et George Miller (des référence pourtant évidentes, si l'on en juge par la description de la ferme en premier acte), Spielberg accompagne la créature avec une prudence mêlée d'admiration, et la décrit souvent comme une licorne aux pensées insondables. Cheval de Guerre, dès lors, n'a plus guère de classique que la qualité tactile de ses superbes costumes et décors : multipliant les travellings avant et circulaires sur le visage de la bête, imprimant sur la pellicule un instant de terreur partagée par plusieurs étalons lorsqu'un de leurs congénères est froidement abattu, innovant en terme de suggestion (l'exécution sous le moulin est glaçante), détournant les figures du cinéma épique (la grande charge des cavaliers perce le cadre de la droite vers la gauche, soulignant le passéisme stratégique de l'armée anglaise), alignant transitions audacieuses, symboles puissants (cf. la confrontation entre le cheval et un tank) et plans-séquences totalement impensables (celui voyant Joey dévaler une tranchée, disparaître, réapparaître dans le champ, changer de direction, grimper un muret, s'effondrer et se relever encore, s'apparente à de la magie pure), le réalisateur fait perpétuellement avancer son cinéma. Il n'en retombe pas moins sur ses pieds, l'amitié au cœur de l'intrigue renvoyant directement au délicieux mélodrame d'E.T., dont Spielberg avait confié le script à Melissa Mathison, scénariste de... L'Etalon noir. Encore capable à 66 ans de s'investir dans de purs rêves d'enfants, qu'il agrémente de sa précieuse expérience d'adulte, Steven Spielberg semble continuer d'élargir, film après film, ses horizons créatifs. C'est à se demander s'il ne nous garde pas en réserve ses plus grands chefs-d'œuvre pour dans quinze ans.

Alexandre Poncet








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Image :
Ne pouvant se contenter d'être une œuvre magistrale, esthétiquement à tomber par terre, le dernier film de Spielberg fait de sa sortie Blu-ray un véritable événement qui risque de rendre baba nos lecteurs de salon, et ce grâce à une qualité d'image rendant hommage au travail extraordinaire du cinéaste et de son directeur photo Janusz Kaminski. La vision de Cheval de guerre provoque un émerveillement de tous les instants, chaque plan est un ravissement pour la rétine. Le master somptueux est directement issu du travail effectué par le réalisateur et son équipe lors de la post-production numérique en 4K, sur l'ensemble d'un film initialement shooté en 35mm. L'image de la galette est ainsi parfaitement équilibrée, livrant à la fois un rendu tout a fait splendide lors des séquences en extérieurs (on pense par exemple à ces plans ahurissants à la louma sur les collines verdoyantes, typiques de Spielberg), mais aussi une profondeur très subtile lors des séquences en intérieur. Ces dernières permettent de remarquer que l'image est tout sauf lisse et conserve l'aspect rugueux de la pellicule qu'affectionnent Spielberg et son directeur photo. On peut en outre y voir le travail impressionnant accompli sur les visages, que ce soit celui du cheval qui fourmille de détails (poils, crinière, etc.), ou ceux des hommes mettant ainsi en valeur leurs expressions et surtout leur évolutions physiques et affectives tout au long du film.

 

Son :
Au niveau de la qualité sonore, ce Blu-ray se révèle encore être une véritable bande démo, entre autres parce qu'en terme de production sonore Cheval de Guerre résume à lui seul tout le cinéma de Spielberg. Des séquences de guerre ou de charges de cavalerie, parfaitement rendues par des graves puissantes et un rendu sonore dynamique tout à fait impressionnant, jusqu'aux séquences rurales, plus calmes et magnifiquement retranscrites grâce un très gros travail sur les bruits d'ambiances, que ce soient les insectes ou les éléments météorologiques (le calme et la tranquillité de la nature lors des séquences avec la petite fille, mais aussi la pluie lors de la séquence de labour n'en sont que plus signifiants), en passant par le travail sur les voix et les accents en V.O, apportant une profondeur supplémentaire aux divers personnages ainsi qu'un contrepoint au fait que le film a été tourné intégralement en Anglais : tout est ici d'une qualité irréprochable et synthétise avec brio tout ce qui a fait la qualité des précédentes éditions Blu-ray des films de Spielberg.

 

Interactivités :
Pour ce qui est des bonus le cas de Cheval de Guerre est un peu spécial puisqu'en France le commun des mortels (il faut entendre les non-adhérents Fnac et les gens vivant dans une grotte) n'aura accès qu'a une édition composée d'une seule galette qui comprend une table ronde sur le tournage, mais aussi le tournage vu à travers les yeux d'un figurant. Le premier est fort intéressant et nous apprend que Spielberg a eu beaucoup de mal a tourner avec les animaux, mais qu'il y a pris beaucoup de plaisir et ce même si au cours de cette discussion il digresse beaucoup sur le cas de Tintin. Le deuxième en revanche déçoit, et le sort du figurant est drôle mais pas super enrichissant.
C'est peu, certes, mais n'ayez crainte puisque averti par nos soins vous ne ferez pas la bêtise d'acheter l'édition simple de ce film extraordinaire, mais la double disponible uniquement chez les « agitateurs de curiosité ». Vous aurez alors accès à un making-of de plus d'une heure ainsi qu'à trois featurettes sur le son, le montage et le travail de la production.
Le making-of, lui, nous détaille avec beaucoup de soin les grandes étapes du tournage et nous embarque au cœur des séquences clés en nous expliquant toutes les choses mises en place afin de garantir la sécurité totale des animaux (le tournage a été hautement surveillé par la SPA), mais aussi celle des acteurs notamment lors de la séquence très ambitieuse et très chorégraphiée des tranchées. Par ailleurs, cette vision du tournage nous permet également de prendre conscience de l'énorme travail de post-production qui a été accompli sur le film, notamment sur les teintes. Les petites featurettes, quant à elles, viennent compléter cette exploration des coulisses et nous permet de voir John Williams ou encore Michael Kahn exprimer leur enthousiasme sur le film.

Quentin Boutel

 

Liste des bonus : Cheval de Guerre : discussion sur le tournage (30'), Un figurant nous raconte, Une odyssée cinématographique (65'), Montage et Musique (7'), La conception sonore (7'), À travers l'objectif de la productrice (4')

 
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