CHINATOWN
Etats-Unis - 1974
Image plateforme « Blu-Ray »
Image de « Chinatown »
Genre : Policier
Réalisateur : Roman Polanski
Musique : Jerry Goldsmith
Image : 2.35 16/9
Son : Dolby True HD 5.1 Anglais ; Mono français, italien, espagnol…
Sous-titre : Français, anglais, italien…
Durée : 131 minutes
Distributeur : Paramount Home Entertainment
Date de sortie : 9 mai 2012
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
Jaquette de « Chinatown »
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LE PITCH
Le détective privé Jake Gittes, gagne sa vie grâce aux mœurs légères du Los Angeles d’avant-guerre. Embauché par une jolie femme pour enquêter sur l’aventure extraconjugale de son époux, Jake se trouve plongé dans un tourbillon de mensonges et de scandales.
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Bye Bye L.A.

Vu comme un auteur adoubé par l'intelligentzia (genre Les Cahiers du cinéma), Roman Polanski n'en reste pas moins un cinéaste attaché, fidèle, fasciné par le cinéma de genre. Un cinéma populaire et aventureux auquel il s'est souvent efforcé de rendre hommage, notamment avec Pirates, Le Bal des vampires ou l'inoubliable Chinatown, relecture des chefs-d'œuvre du film noir Hollywoodien.

 

Comme beaucoup avant lui, le réalisateur ne peut s'empêcher de dissimuler quelques emprunts et clins-d'œil plus ou moins visibles à Citizen Kane, Howard Hawks ou Le Faucon Maltais, mais cette déclaration n'a rien de l'œuvre nostalgique, puisque passé un très joli générique d'ouverture au format 4/3 presque noir & blanc, vibrant sur les cordes de Jerry Goldsmith (on sous-estime trop souvent ses musiques pour films policiers - cf LA Confidential), Chinatown s'étend vers un cinémascope fabuleusement riche, combinant les montages dans le plan, les profondeurs de champ vertigineuses et les compositions d'une minutie rare. C'est que le changement de format transforme littéralement les ambitions du genre : de petit polar sombre et scabreux, le film noir rejoint par son amplitude la force des grands Western et surtout leur idée de l'épique, apte à conter la naissance d'une nation. Mais Polanski est revenu du rêve américain (meurtre terrifiant de sa femme par Charles Manson), et le tournant névralgique des années 30, conditionné par le décorum puant sous la chaleur étouffante de Los Angeles, est le cadre idéal pour égratigner la surface clinquante du nouveau Continent. Avec Chinatown, l'Amérique moderne (personnifiée par La Compagnie des eaux)  naît sous nos yeux. Mais une Amérique fondée sur la corruption, le mensonge, le sexe, la perversion et un fatalisme d'une noirceur implacable.

 

Assoiffé

 

Dans les arrières-cours troubles des demeures des riches propriétaires locaux et des hauts fonctionnaires, le détective incarné par Jack Nicholson court littéralement après le mal, mais en remuant la merde, provoque un chaos incommensurable. Fini le temps des redresseurs de torts charismatiques et séducteurs, impassibles et retors, Nicholson use de sa gueule carnassière pour mieux souligner l'injustice que son personnage rencontre ; injustice carrément divine, tant son parcours ressemble parfois à un chemin de croix où chaque chapitre entraîne une nouvelle mise à l'amende (extraordinaire idée du sparadrap sur le nez comme pour mieux émousser son flair). Baladé, séduit par la femme fatale terriblement magnétique incarnée par Faye Dunnaway, totalement dépassé par un mielleux mais malsain John Huston, l'antihéros de Chinatown est un jouet du destin, que le futur auteur de Frantic ramène constamment à échelle humaine (voir les plans toujours en amorce de ses épaules), autant pour plonger le spectateur dans les méandres d'une enquête poisseuse que pour empêcher le détective Gittes de s'en échapper. La tragédie s'achève d'ailleurs comme un opéra grandiose dans des quartiers chinois reconstruits en studio, là où "tout a commencé" (mais pour qui ?), sur un plan de grue retrouvant une vision omnisciente, écrasante, reléguant l'enquête à l'anecdote tristement anodine, mais dont la conclusion est une révélation implacable.  Habile, élégant, troublant, l'oeuvre de Roman Polanski reste le meilleur film noir de l'ère moderne, et clairement l'un des plus fascinants de l'histoire du genre.   

Nathanaël Bouton-Drouard






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Image :
Très joli nettoyage de printemps pour ce grand classique des années 70 qui voit toutes ses dernières rides disparaître de la pellicule. Un lifting qui laisse cependant des traces, avec un poil trop de réducteur de bruit sur certains plans (visages trop lissés), et qui entame parfois la notion de piqué. Mais le travail est plus que convenable, permettant à la construction scénique de Polanski de retrouver toute sa démesure (les compositions dans la profondeur à la Orson Welles sont magiques), mais aussi aux tissus des costumes de laisser deviner leur confection et aux extérieur d'éclater sous la lumière du soleil. Les couleurs sont riches et contrastées, les noirs puissants ; on regrettera tout de même un grain naturel oscillant entre une présence adéquate et une disparition totale, synonyme de léger aplatissement de l'image.

 

Son :
Magie de la HD, le mono d'antan nous parvient ici auréolé d'un Dolby True HD 5.1 d'une pureté inédite, laissant chaque note de Jerry Goldsmith rivaliser d'imprécation (sa bande originale est absolument mirifique), et les dialogues sonner avec une justesse constante. Pas d'inquiétude à avoir du côté de la spatialisation annoncée : celle-ci reste étonnement proche du mixage d'origine, ne laissant entendre que de rares effets dynamiques, laissant à l'ensemble sa nature frontale, directe. A côté, la version française paraît vieillissante, abimée, même si le doublage est d'une qualité trop rare de nos jours.

 

Interactivité :
C'est tout bonnement incompréhensible : pourquoi Paramount, qui a investi dans une édition chargée en bonus, enregistré un commentaire audio de David Fincher, rencontré Soderbergh ou James Newton Howard pour discourir de l'impact du film, produit un véritable making of complété par un hommage à la bande originale de Jerry Goldsmith, n'a pas cru bon proposer toute cette interactivité sur le Blu-ray français ? Si quelqu'un a une explication...

 

Liste des bonus : Aucun.

 
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