KING KONG
King Kong - Nouvelle-Zélande, Etats-Unis - 2005
Image plateforme « Blu-Ray »
Image de « King Kong »
Réalisateur : Peter Jackson
Image : 2.35 16/9
Son : Anglais en DTS-HD Master Audio 5.1, DTS Surround 5.1 en français, italien, allemand, espagnol et japonais.
Sous-titre : Français, anglais et divers
Durée : 190 minutes
Date de sortie : 17 mars 2009
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
Jaquette de « King Kong »
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LE PITCH
1933. Carl Denham, réalisateur new-yorkais, embarque pellicule sous le bras en compagnie de son équipe pour l'île secrète de Skull Island, dont il a trouvé l'emplacement grâce à une mystérieuse carte. Pendant le voyage, son scénariste Jack Driscoll et son actrice principale Ann Darrow tombent amoureux, une idylle qui tournera court : à peine arrivée sur place, l'équipe est assiégée par des indigènes qui voient en Darrow une belle offrande au Roi Kong...
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Remake utile ?

Il aura donc fallu attendre huit ans pour que Peter Jackson puisse enfin concrétiser sa vision de King Kong, mythe cinématographique qui, on va finir par le savoir, avait convaincu à lui seul le jeune homme de devenir cinéaste. Avorté en pleine pré-production en 1997 pour cause de concurrence chargée (Godzilla chez Sony, Mon ami Joe chez Disney), ce Kong nouveau bénéficiera de la liberté créative acquise sur Le Seigneur des Anneaux, ainsi que de l'assurance technique des techniciens de WETA, qui enchaîneront directement sur le grand singe au lendemain du Retour du Roi.

Autant l'avouer tout de suite, King Kong est, de par son sujet, loin d'avoir la même ambition que la trilogie de l'Anneau, laquelle faisait honneur à la richesse thématique et linguistique de l'oeuvre de Tolkien en plus de discourir, par un hasard troublant, sur un contexte diplomatique brûlant. Rien de tout ça dans King Kong. En s'attaquant au remake de son film favori, Peter Jackson aurait même pu régresser d'un point de vue narratif, se contentant de revêtir son costume de fan. Il paraît d'ailleurs évident à chaque séquence que le film s'adresse principalement à lui, du moins au gamin de 13 ans qui, d'un coup de sang soudain, avait décidé de faire joujou avec la caméra 8mm de ses parents dans le jardin familial.

 

Cette sincérité juvénile, doublée d'un naïveté indubitable, joue-t-elle en défaveur de ce nouveau King Kong ? Oui et non. Oui, on l'avouera sous la torture, la plupart des scènes d'action situées dans Skull Island pourraient tout à fait être déplacées une demi-heure plus tôt ou plus tard au sein de la narration, sans que l'intrigue ne s'en trouve chamboulée outre mesure. Oui, également, les multiples citations du film de Shoedsack et Cooper (générique old school et score de Max Steiner compris) apparaissent comme des clins-d'oeil bien trop appuyés et complices. Ici intervient d'ailleurs l'erreur la plus notable de Jackson, erreur découlant d'un excès de respect vis-à-vis de l'original : en rappelant autant que possible dans son premier tiers son statut de remake d'oeuvre mythique, ce King Kong flambant neuf tend à imposer à son public un exercice comparatif inconscient, qui d'une séquence revisitée à l'autre ne joue pas forcément en faveur de Peter Jackson.

Pour l'amour du singe

Serions-nous alors en présence d'un remake inutile, un caprice de plus de deux cents millions de dollars commandé par un fanboy aveuglé par sa joie ? En aucun cas. S'il sacrifie l'originalité du film de 1933 pour des figures imposées par la légende, s'il troque la fable contemporaine contre un film d'époque et s'il efface la stop-motion au profit d'une imagerie de synthèse dernier cri (techniquement, Kong est un bond en avant à lui seul), Peter Jackson parvient finalement très vite à se réapproprier le mythe. Fait déjà indéniable : PJ adore le gorille et lui réserve en toute logique ses séquences les plus émouvantes, des jeux d'enfants avec Ann sur Skull Island aux longs échanges de regards au sommet de L'Empire State Building (avis au non-cyniques : préparez les mouchoirs), en passant par un virtuose calme avant la tempête sur un lac gelé, une scène en apesanteur rappelant ce court échange entre Gandalf et Pippin à l'apogée de la bataille du Pelennor dans Le Retour du Roi. Un gimmick 100% Peter Jackson, qui parvient à imprimer la mémoire du spectateur avec plus de ferveur encore que les scènes de destruction elles-mêmes, bien que celles-ci ne lésinent pas sur le spectacle.

Ceci étant dit, contrairement aux essentiellement jouissives séquences de survival entre l'équipage du Venture et les dinosaures de Skull Island, les morceaux de bravoure impliquant le grand singe se justifient systématiquement d'un point de vue narratif, et influent directement sur la psyché et la destinée des personnages. Plus encore que le film de Shoedsack et Cooper, le remake de Jackson repose d'ailleurs sur ce point précis : dès l'instant fatidique (et hautement signifié par deux plans sublimes) où Ann Darrow pénètre sur le pont du Venture, le film mène Kong à sa perte. Dès lors, le cinéaste n'aura de cesse de contraindre ses personnages à avancer envers et contre tout, en deux dimensions, vers leur destinée (l'incroyable séquence du sacrifice où Ann, attachée à une gigantesque rampe de bois sur le point de s'envoler, tente de garder les pieds sur terre jusqu'à la dernière seconde ; la scène de ruée des brontosaures au milieu desquels les héros doivent foncer en ligne droite pour leur survie, etc.). Enfin, tandis que l'original jouait sur l'effet de surprise du final, Jackson annoncera la tragédie sur ses trois heures de projection, la rendra palpable et se paiera le luxe, en dernier acte, de la retarder autant que possible, faisant de la célébrissime bataille contre les biplans un terrifiant chemin de croix, alternant entre le point de vue de Ann et celui de Kong. 

Aux sources de la grande aventure

Belle idée s'il en est : alors que le film de Shoedsack et Cooper répondait au besoin d'évasion d'une Amérique plongée dans la pire crise sociale de son existence, crise magnifiquement illustrée par l'ouverture du film de Jackson (oscar du montage obligatoire, rien que pour cette séquence), le remake replace enfin l'emphase sur le genre du serial lui-même, et entreprend de disséquer les mécanismes émotionnels de la Grande Aventure. Outre un discours éloquent d'un second rôle à ce sujet, occasion d'un montage alterné dans le plus pur style de Jackson, le film se voit ainsi divisé en trois actes clairement définis, trois univers visuels pensés dans les moindres détails. L'ouverture, tantôt légère, tantôt grave, expose ainsi l'époque, les personnages et leurs motivations avec un souci de réalisme constant, dans une Grande Pomme plus vraie que nature. Le voyage maritime, long et progressif (d'une virée tranquille en mer à une tempête au milieu des rochers de l'île) opère une subtile transition vers le second acte, l'évasion à proprement parler, qui baigne dans une imagerie fantastique (arbres géants, végétation luxuriante, couleurs et textures d'un autre monde, dinosaures aux quatre coins de l'écran, sangsues et insectes géants etc.) consciemment dépouillée du réalisme de la première demi-heure. Même les effets visuels, innombrables, tendent davantage vers une stylisation de l'environnement qu'un photoréalisme quelqu'il soit. La visite de l'île, filmée en de longs plans séquences acrobatiques et mise en scène de manière expérimentale, en réponse à la sobriété du cadre du premier acte, sera d'ailleurs l'occasion du plus généreux enchevêtrement de morceaux de bravoure jamais posé sur pellicule (et encore, Jackson a coupé la séquence des radeaux que l'on pouvait apercevoir dans la bande-annonce), avant que le film ne ramène finalement l'élément fantastique au sein même du réel. Mêlant la véracité de la première partie au fantastique débridé de la seconde, les travestissant (New York baigne dans une nuit enneigée propice au rêve, Kong devient un implacable tueur de blondes) et confrontant leurs mises en scènes respectives, l'acte final de King Kong est, encore plus que dans le film original, un choc frontal entre la Grande Aventure et la réalité sociale, une opposition qui décuplera l'intensité de l'épilogue.

 

Film de fan assumé mais, également et surtout, oeuvre cinématographique à part entière, King Kong use donc de sa cinéphilie pour, non pas reproduire à l'identique l'original avec des techniques modernes, et à destination d'un public adolescent, mais lui adjoindre une relecture réflexive, alternant entre furie spectaculaire et tragédie lascive, entêtante, obsédante. Un long-métrage autre, qui repousse les limites du possible en son genre, et se permet d'émouvoir avec une fin déjà connue de tous. Ce garnement de Peter Jackson a de quoi être fier.

Alexandre Poncet

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Image :
Comme dans les habitudes d'Universal, cette première édition Blu-Ray de King Kong reprend à l'identique le travail effectué il y a déjà deux ans pour le format HD-DVD. Une réussite d'autant plus étonnante que cette fois-ci la galette contient en plus la version longue et quelques bonus visionnables pendant le film. Nouvelle étape des recherches stylistiques entamées par Peter Jackson et son directeur de la photographie Andrew Lesnie sur la trilogie du Seigneur des Anneaux (au niveau de l'étalonnage numérique, notamment), King Kong brillait en toute logique de mille feux au format DVD. Sans laver plus blanc que blanc (la balance des couleurs, le contraste et les teintes sont absolument identiques), le copie retrouve en Blu-Ray la précision et le niveau de détails qui rendaient si imposante la découverte du film en salles. Bien sûr, certains mécontents continueront de dénoncer certains plans d'effets visuels "ratés", encore un peu plus visibles ici qu'ils ne l'étaient en DVD. On précisera alors que pour une transparence déficiente (dans la séquence de la poursuite entre les pattes des brontosaures, essentiellement) ou un écran bleu visible (les pitreries de Ann face à Kong), on aura droit à plusieurs milliers de trucages indétectables et / ou ahurissants, l'intégralité des apparitions du gorille en tête. Le Blu-Ray amplifie d'ailleurs les séquences les plus spectaculaires, du combat titanesque contre les T-Rex à la bataille tragique entre Kong et les Biplans.

Son :
Après un Dolby Digital 5.1 savoureux (en DVD) et un Dolby Digital 5.1 Plus tonitruant (le HD DVD), King Kong revient plus en forme que jamais avec une piste anglaise DTS-HD Master Audio 5.1. Tout simplement ce qui peut se faire de plus explosif et sensible à la fois dans les formats de mixage actuels. Le dynamisme constant de la piste sonore développe avec générosité la puissance des images, et aligne avec délicatesse les notes les plus douces de James Newton Howard ou la douce voix de Naomi Watts. Un véritable régal qui fait trembler les tympans sans jamais détruire la construction sonore de l'environnement. Un modèle grandiose bien moins éprouvant dans ses moutures DTS surround 5.1 réservés aux doublages.

Interactivité :
Après deux éditions DVD (version courte et version longue) jouant agréablement la carte de la complémentarité, les fans avaient désespéré devant un HD-DVD en forme d'affront. La ressortie sur Blu-Ray permet de réparer un peu la faute même si on est encore loin de l'exhaustivité. Aucune trace ici des making of dantesques, des 37 minutes de scènes coupées, des gags hilarants de l'équipe du film... Pour regrouper tous les bonus enregistrés pour le collector, l'éditeur aurait dû faire l'effort d'une édition double Blu-Ray. Manifestement trop dur pour eux ! Reste donc de cette débauche d'introspection et de clins d'œil aux cinéphiles quelques extraits de featurettes poliment choisis et une galerie de recherches graphiques présentés tout deux sous la forme de l'option surestimée U-control. Mieux que rien, mais bien pauvre. La plus grande qualité de la présente édition est bien entendu la présence des deux versions du film, et donc l'indispensable version longue (sublime !). Une présence qui permet au passage de réecouter une nouvelle fois l'excellent commentaire audio de Peter Jackson et Philipa Boyens (coscénariste et coproductrice). Légèrement moins fourni que Le Seigneur des Anneaux du point de vue des commentaires (un contre quatre, soit trois heures vingt d'écoute au lieu des seize heures du Retour du Roi), King Kong se paie tout de même le luxe d'une piste analogue parmi les plus grisantes de l'histoire du médium, Peter Jackson y analysant thématiquement les enjeux de l'intrigue, du projet et de son exécution tandis que Philippa Boyens se charge d'évoquer le défi posé par l'idée même du remake. Truffé d'anecdotes et de révélations, tantôt intimes, tantôt purement techniques (le plan où Kong poursuit Jack dans l'enceinte du théâtre est 100% digital, Adrien Brody compris !), le commentaire cligne constamment de l'oeil aux cinéphiles et aux DVDvores. Quand il n'accueille pas ironiquement son audience en début de second disque ("peut-être qu'un jour a passé depuis tout à l'heure"), le bonhomme se permet de dénoncer un défaut récurrent des éditions spéciales actuelles, en invitant les spectateurs à se reporter à tel ou tel chapitre du making of s'ils veulent en savoir plus sur tel aspect de la production. A l'image de tous les suppléments répartis sur les trois disques de ce collector, le commentaire audio est donc une expérience autosuffisante, unique, qui n'entre jamais en conflit ou en redondance avec quelque autre document. Un plaisir total.

Liste des Bonus : Version courte et version longue, Commentaire audio de Peter Jackson, U-Control, Dessins de production.

 

 
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