LE LIVRE NOIR
The Black Book / The Reign of Terror - Etats-Unis - 1949
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Réalisateur : Anthony Mann
Musique : Sol Kaplan
Image : 1.33 4/3
Son : Anglais mono
Sous-titre : Français
Durée : 84 minutes
Distributeur : Artus Films
Date de sortie : 6 mars 2012
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
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LE PITCH
Paris, 1794. Cinq ans après la Révolution française, le règne de la Terreur est instauré. Robespierre use de toutes les ficelles pour éradiquer ses rivaux et conserver les grâces de la Convention. Il consigne, dans un petit livre noir, les noms de ses ennemis, prochaines victimes de la cruauté révolutionnaire. Mais ce livre noir disparaît. Afin de confondre Robespierre et le destituer, Charles d’Aubigny est chargé de le retrouver, par tous les moyens…
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L'art de la découpe

Pendant de longues années à Hollywood, l'auteur n'existe pas en tant que tel, caché sous les commandes et les contrats des studios, obligeant de grands cinéastes à enchaîner les films d'aventure et d'action à la pelle tout en tentant d'exister dans ces genres. Anthony Mann faisait partie de ceux-là, et Le Livre noir est l'une de ces production qu'il a admirablement transcendées.

 

Grand cinéaste de l'âge d'or hollywoodien, Anthony Mann est aujourd'hui célébré pour sa mise en scène précise et orgueilleuse, pour la force de ses westerns (Winchester 73) ou la classe de son adaptation de l'œuvre de Corneille : Le Cid avec Charlton Heston. Mais comme tous les artisans de l'époque, Mann passait d'un projet à l'autre, d'un film noir comme La Brigade du suicide à des péplums luxueux (Quo Vadis, La Chute de l'empire romains) entre deux pelloches plus fauchées. A priori, Le Livre noir fait partie de ces œuvres mineures, oubliées en cours de route par l'histoire. Pourtant cette évocation inattendue de l'un des pires moments de l'histoire française est franchement bien loin d'un projet bouche-trou. Extrêmement documenté pour un film américain sur un sujet aussi lointain, Le Livre noir est déjà l'un des très rares longs-métrages à s'intéresser aux troubles sanglants qui animaient les rues de paris en juillet 1794, affrontement idéologique et fortement intéressé entre un Robespierre devenu fou (le parallélisme avec les discours Hitlériens est évident) et les défenseurs d'une liberté déjà chèrement acquise. Mais pas question d'illustrer tout cela comme un film historique pontifiant, le scénario de Philip Yordan (Johnny Guitar) et Aeneas McKenzie (Ivanhoe) traite cet instant T où la France faillit tomber dans la dictature comme un pur thriller survolté, directement inspiré des films d'espionnage se consacrant à la guerre froide, avec son lot d'agents courageux et idéalistes confrontés à des agents doubles, à des hommes de pouvoir opportunistes et sadiques et à une superbe Arlene Dahl (Voyage au centre de la Terre) en femme fatale des faubourgs.

 

sous les toits de paris 

 

L'excitation des twists, d'une poursuite en carrioles extrêmement efficace dans des rues reconstituées en studio, tranche ouvertement avec le réalisme des costumes, la minutie de la reconstitution, mais apporte un souffle inédit aux évènements et au genre. Surtout, Anthonny Mann transcende littéralement la commande pour dépeindre une terreur aussi puissance dans les faits (violence assez surprenante pour l'époque) que dans la construction sidérante de beauté des plans. Presque possédé par la virulence et la démesure des expressionnistes allemands (Murnau et Fritz Lang), Mann joue avec les plans de foules pour construire des visions infernales, tranchant par de très gros plans en amorce, sur-découpés par les jeux de lumière acérés de son chef opérateur John Alton (Il marchait la nuit), écrasés par les décors imposants et déstructuréss de l'indispensable William Cameron Menzies (Les Envahisseurs de la planète rouge, Alice au pays des merveilles). Entre abstraction, suspense atmosphérique et action presque survoltée, Le Livre noir est un authentique joyau méconnu doté d'un rythme haletant, qui pousse le vice jusqu'à évoquer dans cette ambiance de chasse aux sorcières un MacCarthysme que le cinéaste a toujours combattu. Fiévreusement incarné par l'injustement oublié Richard Basehart (La Strada), Robespierre devient ainsi la contraction du totalitarisme, de la vindicte populaire et de la paranoïa de la plèbe. Un fou certes, mais qui permet ici à un personnage comme Fouché (très moderne Arnold Moss) de jouer les anguilles et les profiteurs de la machine. Sous couvert de divertissement, Anthonny Mann livre une œuvre d'art épatante et un constat bien fataliste.

Nathanaël Bouton-Drouard






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Image :
« Petit » film de la carrière d'Anthony Mann, Le Live noir n'a pas forcément eu la chance de certaines des ses réalisations les plus célèbres. Sans doute mal préservé, jamais restauré et surtout coupé (censuré) lors de certaines exploitations, le film a manifestement bien souffert. Artus (avec la chaîne TCM) a tout de même réussi à retrouver une version intégrale, dans une copie tout à fait visible. Certaines rayures restent longtemps à l'image, d'autres plans sont envahis d'un grain disgracieux, le piqué n'est pas toujours au beau fixe, mais le noir et blanc est bien contrasté, permettant de savourer pleinement la beauté de la photographie. La reconstitution du montage complet se fait aussi sentir par le manque concret de plusieurs photogrammes, entraînant des sautes à l'écran.  

 

Son :
Pas de surprise ici, la seule version disponible est l'originale dans un mono craquelant. La plupart du temps parfaitement audible, la piste n'est pas très stable, laisse entendre des éloignements ou des étouffements, voire même quelques disparitions pures et simples de sons (en même temps que les photogrammes).

 

Interactivité :

Artus aime donner la parole longuement à quelques critiques / spécialistes passionnés. Pour accompagner cette redécouverte d'Anthony Mann, c'est justement Jean-Claude Missiaen qui s'y colle. Auteur d'un ouvrage entièrement consacré au cinéaste, il est aussi célèbre pour avoir réalisé trois polars respectables dans les années 80 (Tir Groupé, Ronde de nuit et La Baston) et une série TV culte : Les Hordes. Pas n'importe qui en somme, et il nous fait profiter ici de sa connaissance technique du réalisateur comme de l'expérience de sa rencontre avec Mann. Une intéressante introduction, qui se complète par une présentation du film en question et une mise en avant de ses qualités plastiques.

Liste des bonus : Portrait d'Anthony Mann, par Jean-Claude Missiaen (20'), Diaporama de photos, Bandes-annonces.

 
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