BLUE VELVET
Etats-Unis - 1986
Image plateforme « Blu-Ray »
Image de « Blue Velvet »
Genre : Policier
Réalisateur : David Lynch
Musique : Angelo Badalamenti
Image : 2.35 16/9
Son : DTS HD Master Audio 5.1 Anglais, DTS 5.1 français, allemand…
Sous-titre : Français, anglais, allemand, espagnol…
Durée : 120 minutes
Distributeur : Fox Pathé Europa Home Entertainment
Date de sortie : 15 février 2012
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
Jaquette de « Blue Velvet »
portoflio
LE PITCH
Une petite ville américaine tranquille, comme il en existe tant d’autres… Détective amateur, Jeffrey Beaumont découvre en épiant la chanteuse Dorothy Vallens que la petite bourgade de Lumberton abrite des individus louches aux mœurs douteuses. Poussé par la curiosité, Jeffrey plonge dans un monde de plaisirs, de violences, de chantages et de mystères…
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Through my tears

Plus que le primitif et expérimental Eraserhead et les deux œuvres de commandes Elephant Man et Dune, et aussi réussies que puissent être ces trois explorations cinématographiques, c'est sur un rideau de velours bleu qu'est vraiment née la forme définitive du cinéma de David Lynch.

A force d'expérience et d'introspection, il aura fallu que le cinéaste réussisse à trouver par lui-même le juste milieu entre une vision autiste du septième art et les désidératas commerciaux. Le juste milieu, ou en tout cas quelques chose qui flotterait dans une zone indécise entre le film policier le plus classique du monde (tous les codes sont là) et la mise en exergue du contraste existant entre l'image fantasmée de la jolie banlieue américaine, de la famille au sourire figé, et le sordide qui en habite les impasses et les zones d'ombre. Blue Velvet, c'est avant tout l'histoire de ce voyage. Celui d'un jeune homme extrait de sa vie idéale par l'accident cérébral de son père, fondateur de sa peur, qui va faire face à sa propre part de ténèbre et ses tendances les moins avouables. Comme dans un conte initiatique ou l'on apprendrait que la curiosité est un vilain défaut, que les loups attendent patiemment derrière la porte, cette œuvre violente, portée par les couleurs vives et éclatées d'une journée ensoleillé, fait sans cesse hésiter son personnage entre la charmante Laura Dern et la fausse femme fatale Isabella Rossellini. La normalité, l'anormalité... Des frontières qui se brouillent alors que Lynch revisite les souvenirs de son enfance (d'où la proximité entre Twin Peaks et cette bourgade), et les mêle sans doute à ses rêveries, a sa vision biaisée du monde.

 

mysteries of Love

 

Quelle est la place dans tout cela d'un Dennis Hopper terrifiant de sauvagerie, beuglant des « fuck » à chaque phrase, si ce n'est la même que le fameux Bob de sa future série culte : une personnification du mal à l'état brut, aussi irréaliste qu'introspective et surtout complètement débarrassée de toute notion morale. Dans cet étrange jeu des portraits, où les identités résistent finalement et réapparaissent dans un final aussi heureux que mécanique, les images se percutent et les séquences restent : un incroyable Dean Stockwell, futur Al de Code Quantum, effectue notamment un karaoké sous antidépresseur du In Dreams de Roy Orbison. Jeux d'ombres, travail précis et toujours surprenant de sa photographie, Lynch explose ses standards formels, faisant au passage de sa première rencontre avec Angelo Badalamenti un mariage évident entre les symphonies nostalgiques du compositeur et les nappes sonores du réalisateur. Comme Jeffrey qui observe la tragédie de Dorothy (déjà un clin d'œil au Magicien d'Oz) à travers un dressing, le spectateur observe dans un 2.35 brillamment construit et cadré l'explosion sidérante d'un esprit en pleine ébullition, accumulant percées poétiques naïves (le monologue sur les rouges-gorges), fulgurances de violence repoussante et de sexualité déviante, le tout agencé dans une plastique irréprochable, comme une symphonie planante aux réveils brutaux. Insaisissable, parfois incompréhensible, Blue Velvet est comme son titre l'indique autant une couleur qu'une sensation ; en tous les cas un film pulsion.

Nathanaël Bouton-Drouard

 



 

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Image :
Très tatillon sur la vie post-cinéma de ses films, David Lynch est revenu en personne à l'occasion de cette sortie Blu-ray sur le master de Blue Velvet. La restauration relativement complète ne laisse plus apparaître aujourd'hui que de toutes petites traces sur la pellicule (très rares) et un léger grain naturel parfois proéminant, mais ne durant que quelques fractions de secondes seulement. Propre et idéale pour redécouvrir le film, la copie affiche aussi et surtout un rééquilibrage des couleurs, soulignant ainsi plus que jamais les rouges vifs et pleins, les bleus électriques, tout en préservant pour le reste des teintes plus naturelles et des noirs profonds. Splendide, ce travail ne s'accompagne finalement que de quelques images où le travail numérique occasionne un nettoyage trop dur (visible surtout dans les plans à contre-jour). Mais là, on chipote. 

 

Son :
Tout aussi important que la photographie, le montage sonore est essentiel à l'identité des films de David Lynch. Manifestement la piste anglaise DTS-HD Master Audio 5.1 a elle aussi été supervisée par le bonhomme (ou alors c'est tout comme), tant le résultat est bluffant de modernité. Usant brillamment des possibilités enveloppantes d'une telle installation, le mixage envahit l'espace de bruitages industriels lointains, poussant volontairement trop fort certains détails désagréables ou parasites, électrifiant les ruelles de la petite ville américaine moderne. Dynamique, organique, la sonorité étouffante s'efface justement comme par miracle pour faire jaillir avec le plus de pureté possible les extraits des chansons « Blue Velvet » ou « In dreams », les rendant plus planantes encore. Le reste fait tout simplement preuve d'un travail d'orfèvre dans l'agencement des dialogues, des musiques de Badalamenti et des sons plus directs. Dommage que la version française ne puisse se vanter d'une telle richesse. En DTS 5.1, elle se montre clairement moins ample mais repose heureusement sur un doublage de qualité.

 

Interactivité :
Blue Velvet de David LynchL'édition DVD annonçait avec tristesse que des fameuses scènes coupées du montage original de Blue Velvet (qu'on annonçait long de 4 heures), il ne restait plus quelques photos récoltées dans les armoires. MGM avait d'ailleurs poussé le sérieux jusqu'à effectuer un petit montage pour donner une idée de leur teneur. Jadis perdues ? Aujourd'hui retrouvées, mais aussi restaurées (presque autant que le film !) et remixées en Dolby Digital 5.1 ! Rare sont les réalisateurs qui peuvent se vanter de pousser un éditeur à investir à ce point dans des séquences laissées volontairement de côté. En tout cas la découverte est particulièrement excitante, révélant une violence et une sexualité plus crues encore, ou une longue ouverture sur la vie de Jeffrey avant l'accident de son père. Copains, petite amies, tout y est. Ou découvre aussi de cette heure d'archives une Isabella Rossellini jouant dangereusement avec sa vie (d'où la phrase de Jeffrey dans le film : « je crois qu'elle veut mourir »). C'est à l'évidence ce supplément qui va le plus motiver les cinéphiles à réinvestir dans une édition de ce film... Du moins ceux qui maîtrisent l'anglais puisque qu'en France, personne ne s'est dit qu'il serait pertinent d'y apporter le moindre sous-titre...Classe. Enfin, le reste de l'interactivité recycle celle du Collector DVD : très bon documentaire Les mystères de l'amour sur la conception et le tournage avec des interviews d'à peu près tout le monde, un petit bêtisier, un extrait d'un débat de critiques lors de sa sortie et l'attendue galerie d'images.

 

Liste des bonus : Copie DVD, Documentaire « Les mystères de l'amour » (70'), Scènes coupées (51'), Extrait de « Siskel & Ebert: At the Movies » (2'), Galeries de photos, Bandes annonces.

 
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