FAUX SEMBLANTS
Dead Ringers - Canada / Etats-Unis - 1988
Image plateforme « Blu-Ray »
Image de « Faux Semblants »
Genre : Fantastique
Réalisateur : David Cronenberg
Musique : Howard Shore
Image : 1.77 16/9
Son : Anglais et Français DTS HD Master Audio 5.1
Sous-titre : Français
Durée : 115 minutes
Distributeur : Opening
Date de sortie : 17 janvier 2012
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
Jaquette de « Faux Semblants »
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LE PITCH
Beverly et Elliot Mantle sont de « vrais » jumeaux. Tous deux gynécologues renommés, ils partagent le même appartement et les mêmes femmes. Leur dernière conquête, une actrice célèbre et torturée, va créer une dissonance dans leur entente, ce désaccord rompt leur équilibre mental et ils deviennent les victimes du lien surnaturel qui les unit…
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Doppelgänger

Sorti sur les écrans en même temps que la comédie navrante Jumeaux (Twins en anglais, un premier titre choisi par Cronenberg), Faux Semblants est l'antithèse du long-métrage cliché sur la gémellité. En fait rien ne peut être cliché dans cet objet tant sa curiosité vivifiante, mais aussi mortifère, aboutit à une œuvre unique. 

 

« Longue vie à la nouvelle chair » s'écriait James Wood lors du plan final de l'orgiaque Videodrome, mais sous les excroissances de viande et les transformations monstrueuses, Cronenberg a pourtant toujours autant questionné l'identité physique, réelle et concrète, que l'identité psychologique, celle de l'âme et donc éthérée. Bien entendu avec lui, les deux tendances s'inversent, s'entremêlent, se pénètrent pour livrer des créations troublantes, uniques, à l'instar d'un Jeff Goldblum « mouchiffié » ou d'un Petter Weller discourant avec une machine à écrire insectoïde capable de parler avec son anus. Des séquences mythiques et graphiques qui justement encadrent un Faux Semblants préparant les fans à la filmographie la plus récente de Cronenberg : A History of Violence, Les Promesses de l'ombre et A Dangerous Method. Ici pas de débordement grotesque et absurde, mais le récit a priori très terre-à-terre de deux frères jumeaux symbiotiques, partageant, entre autres, la même passion pour la gynécologie. De cette particularité, les frères Mantle en apprennent l'autarcie, mais surtout mettent en place une relation miroir, quasi-incestueuse, passant d'une identité à l'autre (de Bev à Elliot, de Elliot à Bev) partageant passé, femmes, expériences.

 

existenz partagé

 

Des jumeaux parfaits en apparences, dont la réussite et l'étrangeté reposent sur un tour de passe-passe impressionnant : tous deux sont interprétés par le même Jeremy Irons. Un exercice presque commun à l'heure des CGI, mais qui en 1988 relève du tour de force, autant de la part du jeu de l'acteur (c'est indéniablement son plus grand rôle), mais aussi des artifices de Cronenberg pour dissimuler leurs juxtapositions. Avec des effets de montage magnifiquement précis, des plans collés totalement invisibles et l'utilisation d'une doublure convaincante, le résultat est particulièrement bluffant et réussit à faire oublier en quelques minutes l'existence du moindre trucage. Les deux frères sont donc parfaitement identiques, jubilant dans leurs capacités à s'imiter l'un l'autre... mais deux peuvent-ils vraiment être un ? Brisée par l'arrivée de Claire (Bérénice Bujold), une patiente dotée d'un triple utérus (figure de la mutante sexuellement marquée et assumée, et symbole de ce trio amoureux contrarié), cette perfection feinte laisse apparaître des plaies, des cicatrices purulentes. Le reflet se trouble, se flétrit et les frères perdent pied. Avec sa mise en scène sobre, sa photographie presque homogène que vient simplement abimer un rouge vif à la fois chaud et violent, David Cronenberg est en pleine étude de caractères, mais ne perd jamais vraiment l'idée parallèle d'une vivisection. Entre opération à cœur ouvert et drame psychologique, Faux Semblants n'a pas à choisir puisqu'il mêle les deux le plus organiquement du monde, provoquant alors la lente chute des personnages et du film vers une apocalypse intimiste où percent ici des outils gynécologiques digne d'un film porno pour fanas d'insectes, là une séparation métaphorique aussi choquante que mélancolique. Clairement l'un des films les plus maîtrisés et les plus exigeants de David Cronenberg.

Nathanaël Bouton-Drouard






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Image :
Incroyable mais vrai, la présente édition est le premier passage du film de Cronenberg à la HD. Même Criterion aux USA a pris pour ce coup du retard et ne laisse à disponibilité qu'un transfert non compatible 16/9. La classe à la française en clair, surtout que le résultat est plutôt appréciable. Quelques petites stries sont parfois encore présentes, mais elles restent des plus discrètes, tout comme le grain naturel de la pellicule. Un transfert de qualité qui assure enfin, qui plus est, un véritable respect de la photographie de Peter Suschitzky (qui ne quittera plus le réalisateur après cette première collaboration), donnant enfin totalement corps aux contrastes et aux noirs. Ca manque parfois encore de piqué, mais cela reste un très beau Blu-ray.

 

Son :
L'édition US de Warner avait démontré que malgré son mixage initial en stéréo, Faux Semblants avait tout à gagner à passer en 5.1. Désormais en DTS-HD Master Audio 5.1 plus moderne encore, le film préserve sa dynamique essentiellement frontale, mais s'étale avec aisance sur l'ensemble des canaux avec une clarté inédite. Le jeu des acteurs, la musique déchirante d'Howard Shore, tout cela se marie comme jamais.

 

Interactivité :
Roue de secours préférée des petits éditeurs au cours de la décennie précédente, la collection de documentaire « The Directors » aura fourni à quelques uns la possibilité d'offrir un travelling complet sur la filmographie de l'auteur en question, sans augmenter le budget de façon inconsidérée. Le résultat n'en reste pas moins toujours aussi académique, propret pour bien passer à la télévision, mais se révèle une somme d'informations jamais négligeables pour les nouveaux arrivants. Celui sur Cronenberg ne déroge pas à la règle et permet d'entendre le réalisateur revenir brièvement sur chaque film, secondé par ses acteurs et une série d'extraits qui mettent souvent l'eau à la bouche. Petit souci, le documentaire date un peu et s'arrête donc immédiatement après ExistenZ. Opening reprend par la suite le contenu de son ancienne édition DVD avec un détour sur la mise en place des plans composites (image bien cradingue), la featurette promotionnelle d'époque et un documentaire maison avec les participations de spécialistes et de Nils Tavernier (qui a réalisé un documentaire sur les jumeaux). Le film y est vu essentiellement par le prisme de la figure du double et aboutit à des théories et analyse plutôt intéressantes et manifestement très fouillées. Manque par contre toujours autant le commentaire audio du réalisateur accompagné de Jeremy Irons, du directeur photo, du monteur et du producteur, ainsi que la bande originale en piste séparée, tous deux disponible sur le DVD de Criterion.

 

Liste des bonus : « Les grands cinéastes, David Cronenberg » (60'), « Gemellite, le vrai du faux » (30'), Faux-semblant, le projet (7'), Des effets très spéciaux (20'), Bande-annonce.

 
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