TERRITOIRES
Territories - France / Canada - 2010
Image plateforme « Blu-Ray »
Image de « Territoires  »
Genre : Thriller, Horreur
Réalisateur : Olivier Abbou
Musique : Clément Tery
Image : 1.85 16/9
Son : Anglais et français DTS HD Master Audio 5.1
Sous-titre : Français
Durée : 95 minutes
Distributeur : M6 Vidéo
Date de sortie : 3 janvier 2012
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
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LE PITCH
Revenant d’un mariage au Canada, cinq amis se font arrêter, en pleine forêt, par deux membres de la Police des Frontières. Alors qu’ils n’ont rien à se reprocher, les policiers les accusent de terrorisme et leur font subir des interrogatoires brutaux. Devant le silence de leurs prisonniers, ils décident de les emmener au cœur de la forêt pour continuer leurs investigations à l’abri des regards…
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In the land of the free

Sorti gaillardement dans une seule salle parisienne avec un joli score de quelques 400 entrées, Territoires, coproduction franco-canadienne, aurait pu retourner dans les limbes dont il s'était difficilement extirpé (essayez de tourner un tel film aujourd'hui...). Désormais gracié par une édition Blu-ray, le premier long d'Olivier Abbou peut enfin tenter sa chance.  

 

Marqués par un fait divers sordide (à peine relayé par quelques journaux), Olivier Abbou et Thibault Lang Willar ont imaginé revenir aux origines politiques du thriller horrifique. Excédés de voir débouler les torture porn post-Bush, les duettistes semblent garder précieusement en tête Massacre à la tronçonneuse, La Colline a des yeux, mais aussi Marathon Man lorsqu'ils brossent le chemin de croix de quelques américains moyens torturés par deux matons nostalgiques de leur passage en Irak et de leur emploi au camp de Guantanamo. Si du coup quelques images scabreuses viennent abimer la rétine, elles ne sont jamais là ou ont les attend. Les chocs ne sont pas a espérer (craindre ?) du côté de déviances gore, mais bien dans une succession d'humiliations, un jeu de terreur psychologique et d'annihilation où le seul tort serait de s'appeler Jalii Adel Kahlid, d'avoir un peu d'herbe dans sa valise ou plus tristement d'être juste passé par là. Ces jeunes gens parmi d'autres servent tragiquement de vecteur à un portrait noir et amer des dérives politiques et sécuritaires des USA, nation paranoïaque, mégalo et schizophrène.

 

espace clos

 

Pas étonnant que Territoires travaille moins la géographie de ses « héros » que celle de ses monstres, faisant dériver doucement le long-métrage vers une seconde partie parfois tintée de comédie. Roc LaFortune (grande révélation du long-métrage) et Sean Devine y jouent deux figures effrayantes du cinéma américain (l'archétype des beaufs tarés et sadiques), mais sont tournés presque en dérision, en tout cas contrastés par une vraie approche de leur pathologie et surtout une mise en exergue de l'abandon dont ils sont eux aussi victimes. L'Amérique ne s'occupe plus de ses enfants, envoie sa chair à canon sur le front, l'oublie et la transforme en créature meurtrière. Le propos n'est pas nouveau, mais malheureusement toujours d'actualité et amené avec une forme maîtrisé, tendue et même élégante dans son effort constant pour ne pas se vautrer dans les facilités bis. Territoires est exigeant, déroutant en particulier lorsqu'il s'offre un dernier tiers presque déconnecté de ce qui a précédé, donnant le premier rôle à un détective privé parti sur les traces du petit groupe. En résulte un détachement presque total de l'univers initial, rencontrant au passage l'étrangeté poétique d'un David Lynch, entre café de bord de route lumineux et désenchanté, bois ondulant au rythme du vent et fantômes égratignant la pellicule. Logique que certains spectateurs décrochent, se sentent presque arnaqués ; et pourtant le film d'Olivier Abbou pousse son cheminement jusqu'au bout, confrontant les territoires de chacun pour mieux en souligner l'impossible cohabitation. Pendant ce temps, les cinq victimes auront totalement cessé d'exister, y compris à l'écran.

Nathanaël Bouton-Drouard






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Image :
Tourné en Super 16, Territoires assume au maximum ses emprunts esthétiques aux thrillers politiques américains des années 70 : grain très prononcé, palette graphique qui tire vers le gris métallique, noirs omniprésents... La photographie de Karim Hussain (The Theatre Bizarre) est respectée à la lettre, quitte à perdre parfois en définition (légers flous dans les mouvements) ou à cramer un poil les noirs. Du joli boulot un peu gâché par le choix de M6 vidéo de passer le long-métrage en 25 images / secondes, sans doute pour correspondre à une future diffusion télévisée en HD. Heureusement seuls les plus acérés remarqueront de la différence.   

 

Son :
Le DTS-HD Master Audio 5.1 assure ici une restitution des plus réalistes. Des bruitages vaguement entendus au lointain dans les bois au crissement des feuilles sous les doigts fiévreux des victimes, le travail sonore plonge immédiatement le spectateur au centre de l'horreur, perdu dans les moments de silence, parfois abruti sous une explosion de bruit (séquence de torture psychologique). Le mixage est limpide, joue des Surround avec parcimonie et efficacité et trouve une bonne balance entre les différentes sources.

 

Interactivité :
On imaginait que la sortie en vidéo serait du même acabit que celle en salle : expédiée. Il n'en est pourtant rien. M6 Vidéo rattrape l'impair de SND en fournissant, outre une approche technique solide, des suppléments particulièrement intéressants. Les scènes coupées par exemple insistent pour certaines sur le personnage du détective et nourrissent une transition plus tranchée encore. Mais l'essentiel se porte bien entendu sur l'interview du réalisateur, qui revient sur sa volonté de ne pas sombrer dans le torture porn et de prendre le spectateur de ciné de genre à rebrousse poil. Sans oublier un making of bien fichu : images de tournage, petites interviews des acteurs, du coscénariste, du directeur photo... Du grand classique dans la forme, mais les propos sont toujours intéressants, discutant le sens du film et quelques points techniques, de façon détendue. Petit moment de plaisir d'ailleurs lorsque l'équipe du doc et Roc LaFortune nous offrent un petit « remake » en bonne et due forme.

 

Liste des bonus : Making of (25'), Scènes coupées (13'), « Les zones d'ombre de Territoires » : entretien avec Olivier Abbou (9')

 
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