LE 13èME GUERRIER
The 13th Warrior - Etats-Unis - 2000
Image plateforme « Blu-Ray »
Image de « Le 13ème Guerrier »
Genre : Epopée
Réalisateur : John McTiernan
Musique : Jerry Goldsmith
Image : 2.35 16/9
Son : Anglais et Français en DTS-HD Master Audio 5.1
Sous-titre : Français
Durée : 105 minutes
Distributeur : Metropolitan
Date de sortie : 1 novembre 2011
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
Jaquette de « Le 13ème Guerrier »
portoflio
LE PITCH
Contraint a l'exil par son calife, pour avoir seduit la femme d'un autre, Ahmed Ibn Fahdlan est envoye comme ambassadeur en Asie mineure. Une prophetie l'oblige a devenir le "13e Guerrier" d'un groupe de Vikings partant défendre un village des attaques de mystérieuses créatures...
Partagez sur :
L'âme des guerriers

Elles sont déjà loin, les bafouilles cyniques de certains magazines - qu'on ne nommera pas - ayant accueilli en août 2000 la sortie du 13ème Guerrier dans l'Hexagone. Célébré treize ans après son tournage comme une œuvre d'exception, un miracle cinématographique rescapé d'une production maudite à tous les niveaux, le film de John McTiernan a toujours de quoi surprendre et éblouir.

 

Le fait est établi, John McTiernan s'est toujours évertué à quadriller géographiquement l'espace qu'il met en scène, grâce à une utilisation novatrice des trois dimensions du cadre cinématographique. De nombreuses séquences ou plans isolés du 13ème Guerrier témoignent de l'acharnement du réalisateur d'Une journée en enfer à habiter l'univers décrit : le visage déformé de douleur (presque imperceptible) d'Antonio Banderas après une descente en rappel abrupte dans une grotte, l'entrechoc des glaives des vikings et des masses d'armes des Wendols dans la pénombre d'une demeure royale révélée par bribes à la lueur de la Lune ; les échanges de regards discrets entre l'intrépide Buliwyf et la femme du roi Hrothgar à la table de ce dernier... Reléguant souvent hors-champ, telles de vieilles bâtisses usées par les siècles et tenues pour acquises par les protagonistes, la plupart de ses décors, et faisant de même pour ses innombrables figurants, McTiernan n'a guère besoin de trois heures de métrage pour accumuler une somme de détails étourdissante, le remontage presque sénile opéré par Michael Crichton en post-production n'enlevant dès lors rien du tout à la puissance d'évocation de cette fresque.

 

Réalité et légende

 

Mais ce que John McTiernan sublime par-dessus tout, c'est bien la dichotomie du script (qu'il a officieusement coécrit) entre le naturalisme quasi-maladif des scènes de jour (rarement caméra à l'épaule n'aura été aussi pertinente, et rarement photographie n'aura restitué avec autant de précision les textures de la nature sauvage) et l'expressionnisme ouvertement onirique des séquences nocturnes. Entendant immortaliser des personnages de chair et d'os dans un monde de mythes et de légendes (le point de vue adopté n'est d'ailleurs pas celui du héros, mais d'un écrivain appelé à relater et enjoliver les faits par sa plume), McTiernan signe pour Le 13ème Guerrier quelques unes des scènes de nuit les plus hallucinantes de l'histoire du Septième Art, en particulier une bataille de sept minutes située en plein cœur de la narration, noyée dans un épais brouillard et puisant sa seule source de lumière dans le crépitement des torches adverses.

 

Les guerriers de la nuit

 

A s'effondrer d'admiration (même si le présent Blu-ray peine par moments à gérer la photographie extrême de Peter Menzies Jr.), ce morceau d'anthologie distille une vision inédite des Enfers, McT tirant judicieusement profit d'un coucher de soleil en temps réel pour mener ses personnages vers le brasier qui les attend. Le jour s'amenuise ainsi à mesure que les vikings, poursuivis dans les tranchées érigées autour du village par une steadycam affolée, se préparent au combat. Jouant, comme dit précédemment, sur les trois dimensions de son scope (McTiernan n'oublie pas de lever le regard pour saisir au vol le cri d'un guerrier appelant ses frères à se battre), cette fuite en avant grisante se voit subitement contrebalancée par un champ / contre-champs silencieux, synchronisant de nouveau les regards du public et du personnage d'Antonio Banderas. Au sommet d'une colline, à quelques mètres de là, s'élève dans l'obscurité une brume rougeoyante, déversant bientôt un raz-de-marée de cavaliers sur les plaines alentours. Faisant rage à l'extérieur comme à l'intérieur des murs, cet affrontement appelle une implication totale et active de la part du public, que des mouvements perpétuels dans l'espace contraignent à arpenter la crasse du champ de bataille, et à imaginer ce qui se joue au-delà des coins de l'écran. Au détour de quelques plans, McTiernan en profitera pour repousser ses expérimentations photographiques, effectuant un incroyable travelling compensé (dans la nuit et le brouillard, donc !) sur une horde de chevaux s'apprêtant à piétiner l'objectif, filmant la mort lente d'un guerrier criblé de flèches tandis qu'une armée de cavaliers inonde l'avant plan en un flot continu, ou gravant la posture implorante (un genou et la pointe du glaive plantés à terre) d'un ambassadeur devenu guerrier, iconisé en une ombre chinoise flamboyante.

Alexandre Poncet




Partagez sur :
 

Image :

C'est peu dire que l'on attendait fébrilement cette édition Blu-ray, basée sur un master 100% français. Il ne suffit malheureusement pas de fabriquer un Télécinéma à partir d'une copie 35mm française (les titres du générique sont d'ailleurs dans la langue de Molière) pour rendre justice au travail photographique de pionnier effectué par John McTiernan et Peter Menzies Jr. Les techniciens de Metropolitan se sont sans doute arrachés les cheveux tout au long de la production de ce Blu-ray, la transposition en Haute Définition du négatif ravivant un grain de pellicule très prononcé (en particulier pour les scènes de nuit UNIQUEMENT éclairées à la torche) que le DVD, basse résolution oblige, était jadis parvenu à masquer. On remarquera ainsi, de-ci de-là, une utilisation un peu du réducteur de bruit ou autres bidouilles hasardeuses, donnant lieu par moments à quelques aberrations en termes de compression. Par exemple, impossible de ne pas tiquer devant les paquets de pixels qui assiègent l'écran à chaque plan lumineux de la première attaque des Wendols, dans la salle du trône. Impossible aussi de ne pas être frustré par le manque de piqué des scènes dans la grotte, ou même de l'apprentissage de la langue par Ibn autour des feux de camp. Certains plans, notamment l'ouverture à Bagdad, sont également presque flous (un choix de McT ? Vraiment ?), d'autres laissent apparaître quelques griffures ou taches sur la copie. Heureusement, la grande séquence de bataille nocturne (une prouesse photographique, on insiste) ainsi que la plupart des scènes de jour contrebalancent ces défauts, le travail opéré sur les flammes mais aussi sur les textures du bois, de la roche et des feuillages étant plus saisissant que jamais. Les couleurs du village viking, très ocres, sont superbement restituées, et le niveau de détail atteint parfois des cimes inédites pour le film, en particulier lors des scènes sous la pluie ou pour certaines cascades, les doublures étant désormais plus visibles que jamais. En somme, un Blu-ray en demi-teinte, mais qui n'en offre pas moins les meilleures conditions de visionnage à ce jour pour Le 13ème Guerrier. Pas mal pour du Home Cinema, le film étant de toute façon destiné à être vu en salles.

 

Son :

Le DTS-HD Master Audio anglais met bien sûr en avant la partition épique et sensationnelle du regretté Jerry Goldsmith (la prière finale : quel bonheur !). Les bruitages très naturalistes, qu'il s'agisse de l'environnement forestier ou des entrechoquements des lames, sont eux aussi à la fête. Outre la bataille nocturne, martelée par le galop de plusieurs centaines de cavaliers, on retiendra surtout le duel au glaive entre Herger et un rival viking, pour le moins percutant.

 

Interactivité :

Rédigé par Nicolas Rioult à partir de sources complémentaires (interviews réalisées pour l'occasion, archives de l'incroyable site Internet Eaters of the Dead, scénario complet daté de 1997, etc.), le livret d'une quarantaine de pages joint à ce collector donne le ton. Plus qu'un regard sur la création même du 13ème Guerrier, cette réédition inespérée consiste surtout en une enquête pointilleuse sur la malédiction entourant la production du film, des premiers malentendus (Disney commandant à John McTiernan un film PG-13, avant de lui demander en post-production de tourner des inserts gore afin de corser un peu l'intrigue) aux ultimes différends. Relatés au sein d'un excellent documentaire de 51 minutes produit par Metropolitan, les innombrables rebondissements en coulisses (certains connus des fans, d'autres pas du tout) éclairent de façon inédite le montage que l'on connaît. Première surprise : il est aujourd'hui évident que la version de 2h30 fantasmée par les cinéphiles depuis 12 ans n'est qu'une légende. ‘'Il n'y a aucun chef-d'œuvre qui dort dans un placard'', nous lance sans broncher McTiernan dans un entretien réalisé en 2003 par Samuel Haddida, le distributeur français du film. ‘'Ma version existe, elle doit faire 10 minutes de plus. La fin était différente, et j'ai remis les musiques arabes qu'on m'a demandé d'enlever à l'époque.'' Dix minutes ? Un peu plus, si l'on soustrait les changements imposés par Crichton quelques mois avant la sortie : une fin complètement repensée (‘'ma fin était en gros la fin de Zoulou, avec les Wendols qui chantaient le courage des guerriers vikings avant de disparaître dans la brume''), une séquence de confrontation entre Buliwyf et la mère des Wendols (reshoots racontés avec beaucoup d'humour par Vladimir Kulich)... Outre quelques séquences célèbres (les préparations du voyage en mer, une rencontre avec une baleine, le retour du fils du roi après la mort de Buliwyf), la plupart des coupes concernait en fait des bouts de dialogues et autres détails, qui permettaient à McT de développer en filigrane ses personnages, son intrigue et son univers, ou à insister sur le rapport de ces hommes de chair et d'os aux mythes et aux religions. Passionnant, A la recherche des mangeurs de morts est une véritable aubaine pour les amoureux du 13ème Guerrier, tout comme le sont les archives inédites de l'EPK d'époque (14 minutes d'interviews, 13 minutes de B-Roll), la featurette sur la photographie et les décors du film (propos de Peter Menzies Jr et Wolf Kroeger à l'appui !) ou encore l'interview de John McTiernan enregistrée début 2011, dans laquelle l'artiste se remémore ses films et séquences de chevet. On apprend au passage son amour pour Robert Altman ou sa passion pour Stanley Kubrick, dont il analyse avec une pertinence folle, en faisant parler le sang irlandais qui coule dans ses veines, le vrai sens de Barry Lyndon. Un portrait textuel des douze guerriers vikings et de leurs interprètes, et une option de pop-up informatifs apparaissant durant le visionnage du film concluent cette interactivité étonnant, troquant la redondance habituelle contre une précision chirurgicale et une passion qui est aussi la nôtre.

 

Liste des Bonus : Making of, interview de McT, interview du directeur photo et du production designer, archives de l'EPK, pop-up, portraits des vikings, bande-annonce, teaser original, livret collector, photos.

 
Crédits & mentions légales - Publicité - Nous contacter
Copyright Regard Critique 2009-2020