PRIME CUT
Etats-Unis - 1972
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Genre : Policier
Réalisateur : Michael Ritchie
Musique : Lalo Schifrin
Image : 2.35 16/9
Son : Anglais Dolby Digital 5.1 et 2.0, Français 2.0
Sous-titre : Français
Durée : 83 minutes
Distributeur : Carlotta
Date de sortie : 7 septembre 2011
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
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portoflio
LE PITCH
Dans un abattoir du Kansas, le corps d’un homme défile parmi les carcasses. Au bout de la chaîne, un employé de l’usine envoie des saucisses "maison" à Chicago. Excédé, le destinataire décide d’employer la manière forte et contacte Nick Devlin pour collecter la somme que lui doit Mary Ann, le propriétaire de l’abattoir. Sur place, Devlin retrouve un univers rural sans foi ni loi où Mary Ann organise des foires aux bestiaux avec des jeunes filles nues et droguées en guise de b...
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100% pur boeuf

Distribué en son temps sous le titre français bien plus bourrin de Carnage, Prime Cut revient après des années d'absence même pas notifiées. Alors qu'au début des années 70, le film avait été plébiscité, loué pour sa modernité et son originalité, il était depuis tombé dans les limbes de l'oubli. Injuste.

 

C'est qu'en 1972, aussi étonnant que cela puisse paraître, le jeune réalisateur Michael Ritchie est considéré comme l'un des grands espoirs du nouvel Hollywood aux côtés de Spielberg, Scorcese ou Coppola. Ente un drame sportif sur des skis (Downhill Racer) et une fable politique bercée d'ironie, les deux films mettant en scène Robert Redford, le cinéaste se lâche pourtant sans retenue dans ce Prime Cut au pitch ouvertement emprunté aux univers de la série B d'exploitation : un homme de main doit retrouver un mauvais payeur, mais une fois sur place les truands ne peuvent éviter d'en venir à l'effusion de sang. Un défilé de sales tronches s'ensuit, de mafieux peu amicaux, de regards lourds et menaçants (énorme Lee Marvin), mais en déplaçant le propos dans le Texas profond, l'auteur change inévitablement la donne. Futur scénariste du tout aussi noir et décalé Refroidi à 99% et du plus calibré French Connexion 2, Robert Dillon ouvre la porte à un portrait froid, acide et totalement immoral des habituelles figures classieuses du grand banditisme. Basé sur un « tous pourris » carrément réjouissant où seule une angélique Sissy Spacek va finalement sortir du lot, Prime Cut brouille les pistes d'une vision platement morale, jouant finalement plus des variations effarantes de saloperies que sur une véritable opposition entre le Bien et le Mal. Un film noir en somme, méchant, cruel et agrémenté d'un humour détaché et étrange, tranchant forcément avec l'absurdité, l'horreur du trafic de Mary Ann (qui de mieux que Gene Hackman pour jouer un tel salopard ?), celui de pauvres jeunes femmes étalées nues dans des parcs à bestiaux.

 

mondo cane

 

On découvre ainsi à l'écran une conception étrange de l'élevage, qui mélange la viande à consommer et la chair a éreinter, le tout dans un flou terrifiant, accepté tacitement par la population locale. Fonctionnant, à l'instar du futur Massacre à la tronçonneuse, comme une caricature à peine poussée de l'Amérique profonde, Prime Cut braque ses projecteurs sur l'humain écrasé, marchandisé par la modernité. Témoin d'une époque où le cinéma américain était en pleine reconstitution, en pleine réinvention, le film permet à son réalisateur d'expérimenter joyeusement, autant dans ses thématiques que dans leurs illustrations graphiques, jouant avec un montage parfois distendu, resserrant le cadre à la volée, s'inspirant de la violence sèche et magnifiée de Peckinpah tout en se vautrant parfois dans des effets bis bien moins remarquables. Un mélange coloré et roublard d'où ressortent deux séquences hallucinantes : un détournement de La Mort aux trousses avec une moissonneuse-batteuse et une charge héroïque en bagnole, dans un silence de plomb, alors qu'un orage violent explose à l'horizon. En résulte un film aussi jouissif qu'insaisissable, dont la portée mérite clairement d'être redécouverte. Impossible d'imaginer d'ailleurs que le bonhomme va par la suite sombrer dans les commandes de séries (les deux premiers Fletch avec Chevy Chase) et autres productions oubliées et totalement impersonnelles (Femme de choc, Golden Child...). Sans doute fut-il éreinté par le remontage de Prime Cut, caviardé de scènes tournées par une autre équipe dont il est impossible de faire le tri aujourd'hui, Michael Ritchie nous ayant quitté en 2001.

Nathanaël Bouton-Drouard






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Image :
Les habitués le savent, Carlotta ne fait jamais les choses à moitié. Alors que l'éditeur aurait tranquillement pu se servir dans le catalogue américain de Paramount pour récupérer une copie moyenne, mais diffusable, au format étrange restreint (du 2.35 au 1.85), il choisit avec sérieux de reprendre le travail depuis la base. La copie en présence est donc clairement la plus belle jamais produite pour le film. On retrouve encore de petites scories, quelques secondes de flou ou de légères variations de lumière dans un même plan, mais les couleurs se montrent globalement pêchues, vives et pleines, tandis que les contrastes retrouvent leur force. Un master HD de première pointure, compressé avec soin pour le présent DVD.

 

Son :
Là, pour le coup, on retrouve exactement le travail déjà présent sur l'édition américaine. D'un côté le Dolby Digital 5.1 et de l'autre le Dolby Digital 2.0, tous deux pour la version anglaise. En toute honnêteté les différences sont excessivement minimes. L'orage qui tonne avec un peu plus de force, deux ou trois effets sur les enceintes arrières, l'important ici est que la restauration a été une nouvelle fois effectuée avec soin, offrant un confort d'écoute appréciable. Un peu plus étouffée (mais très bien doublée malgré deux ou trois approximations de traduction), la version française est elle aussi proposée en Dolby Digital 2.0.

 

Interactivité :
Encore une petite exclusivité au programme du disque Carlotta, ce qui paraît assez logique vu l'identité de deux intervenants du petit doc glissé nonchalamment sur le disque de Prime Cut : Jean-Pierre Dionnet (Metal Hurlant et tout plein de trucs cinéphiliques depuis) et Frédéric Schoendoerffer (réalisateur de Scènes de crimes et Agents Secrets). Fait amusant, ce dernier vient seulement de découvrir le film. En découle une discussion décontractée, amusante, parfois un peu tâtonnante, mais qui s'efforce de replacer le film dans la carrière de ses interprètes, d'esquisser un portrait (rapide) du cinéaste et d'intégrer Prime Cut a une certaine histoire du cinéma. Agréable, mais sans-doute aurait-il fallu quelque chose de plus précis, de plus construit pour tenter d'étoffer le propos, d'autant que les zones d'ombre sur la fabrication du long-métrage restent nombreuses.

 

Liste des bonus : A la croisée des chemins (23'), Bande annonce

 
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