CASINO ROYALE
Angleterre / Etats-Unis - 1966
Image plateforme « Blu-Ray »
Image de « Casino Royale »
Musique : Burt Bacharach
Image : 2.35 16/9
Son : Anglais DTS HD Master Audio 5.1, Français Dolby Digital 2.0
Sous-titre : Français
Durée : 131 minutes
Distributeur : Fox Pathé Europa Home Entertainment
Date de sortie : 15 juin 2011
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
Jaquette de « Casino Royale »
portoflio
LE PITCH
Décidément, rien ne va plus dans les Services Secrets Britanniques ! L’Organisation Criminelle SMERSH a entrepris de saboter la stabilité mondiale : pas moins de 11 agents ont disparu et pour couronner le tout, notre plus grand agent secret, 007, est parti profiter d’une paisible retraite. M ainsi que les chefs de la CIA et du KGB n’ont qu’un seul espoir : rappeler Sir James Bond et le persuader de se remettre au travail.
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WTF ?

Seconde adaptation du roman homonyme de Ian Flemying (après un téléfilm en 1952 et avant, bien entendu, la renaissance de la licence sous les traits de Daniel Craig), ce Casino Royale est certes une aventure de l'illustre James Bond, mais serait plutôt à ranger du côté du délirant What's New Pussycat ? du même producteur Charles K. Feldman.

L'ambition était pourtant au départ d'œuvrer pour la réalisation d'une authentique aventure de l'agent secret britannique. Détenteur des droits du bouquin, Feldman ne trouva jamais d'accord satisfaisant avec Albert R. Broccoli et Harry Saltzman. Rabroué, l'homme imagine alors, presque comme une revanche, de revisiter le livre sous la forme d'un pastiche fulminant, histoire de flinguer joyeusement la Bond-mania qui frappe alors le monde. Tourné (sic ?) entre Opération Tonnerre et On ne vit que deux fois, Casino Royale fustige par quelques dialogues cruels l'incarnation de Sean Connery (ne pensant qu'à entraîner dans son lit les demoiselles qui passent) et l'aspect gadgétisé des films « officiels ». Un Austin Powers avant l'heure donc (la série lui pompe d'ailleurs tranquillement quelques gags), qui donne au solide David Niven (Les Canons de Navarone mais aussi La Panthère rose) le rôle d'un Sir James Bond, vétéran authentique et classieux (mais avec un petit souci d'élocution) lancé sur les traces de l'organisation criminelle le SMERSH.

 

"too much for one James Bond"

 

Afin de créer le trouble dans l'esprit des ennemis, le héros va décider de nommer tous les agents anglais... James Bond ! Dont aléatoirement Ursula Andress (ex-star de James Bond 007 contre DR. No), la bimbo Joanna Pettet... mais aussi Peter Sellers. Du grand n'importe quoi, qui s'avère rapidement totalement incompréhensible aux esprits sains. Perturbé par de gros problèmes d'égo (acteurs, producteurs...), le long-métrage fut en effet dirigé par pas moins de six réalisateurs et scénarisé plus ou moins officiellement par onze auteurs, au fil de réécritures incessantes. De quoi profiter du talent de personnes comme Sellers ou Woody Allen (non-crédités mais responsables des dialogues les plus imparables du film) ou de cinéastes comme John Huston (Le Faucon Maltais) ou Val Guest (les Quatermass), mais le film ressemble au final à un cadavre exquis mal goupillé. Presque construit comme une succession de scénettes totalement déconnectées les unes des autres, le spectacle passe constamment du coq à l'âne, autant dans le ton et le rythme que dans l'approche artistique. Vision très yéyé, fulgurances psychédéliques, hommage aux films impressionnistes allemands (la séquence à Berlin), comédie pince-sans-rire, autres passages carrément potaches annonçant les futures œuvres de Mel Brooks ou des Monthy Python... Ca fait beaucoup.

 

comix trip


Casino Royale est finalement une vision bigarrée et massive de la revue Mad Magazine jusque dans ses excès les moins intelligibles. Parsemée d'idées comiques tout simplement génialissimes (Sellers est sidérant), mais contrastées par d'autres pas folichonnes, cette production souffle le chaud et le tiède, mais est clairement sauvée du chaos par une bonne humeur constante et une irrévérence d'une liberté fascinante. Quitte à filmer un bordel sans nom, autant le faire avec classe et décontraction ! Comment oublier dès lors le plus grand de tous les méchants de l'histoire de Bond, incarné par un Woody Allen bredouillant en pleine crise d'infériorité, Orson Welles donnant au Chiffre la fatigante manie de faire des tours de magie à chaque plan, ou Sellers (encore et toujours) dans une pantalonnade en guise de séduction ultime ? Tous les morceaux du puzzle ne réussissant jamais à s'imbriquer naturellement, ni le récit à retrouver une quelconque cohésion, Casino Royale s'achève par un final en feu d'artifices où se télescopent allusions, cowboys en pleine charge héroïque et guests (Peter O'Toole, Jean-Paul Belmondo...) au gré d'une bagarre chamarrée. Seul aspect foncièrement constant et parfaitement maîtrisé de l'objet, la bande originale pop-jazz de Burt Bacharach reste un petit bijou, immortalisé au passage par la chanson The Look of Love.

Nathanaël Bouton-Drouard








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Image :
Pur produit visuel des années 60, Casino Royale se complaît souvent dans des couleurs flashy et des contrastes improbables, tout juste contrebalancés par quelques extérieurs plus « naturels ». Des variations incessantes de valeurs colorimétriques qui s'expliquent par les changements de mains entre réalisateurs, mais qui revêtent finalement un certain charme en HD avec une palette désormais plus riche et vive. Les rouges sont resplendissants, les noirs surtout se montrent plus profond que jamais. Un Blu-ray a priori agréable puisqu'il restaure nombre d'informations dans la profondeur de champ et assure un piqué conséquent. Dommage que tout le film ne soit pas logé à la même enseigne. Le moindre effet visuel (surimpressions, noms, sous-titres inscrits sur la pellicule) entraîne un flou pas franchement artistique qui s'accompagne automatiquement d'un effet neigeux disgracieux. L'autre problème est que la MGM travaille ici à partir du même master que pour la précédente éditons DVD US. Beaucoup de défauts à l'image et une stature qui aurait pu être plus imposante si la restauration avait été de mise.

 

Son :
Autrefois glorieux représentant de la stéréo luxueuse, Casino Royale revient désormais avec du DTS-HD Master Audio 5.1. Pas de spectacle explosif ici, les effets spatiaux étant relativement rares et servant plus à souligner l'incongruité de l'ensemble qu'un quelconque élan spectaculaire. Cette petite dénaturation fait entendre à de rares passages des dialogues « lointains » ou étouffés, mais qui dans l'ensemble réussit à marquer le coup. Un joli effort qui est bizarrement gâché par des sous-titres français qui, au milieu du film (pendant deux minutes environ), perdent complètement le fil de l'action.

 

Interactivité :
Inédite en France, l'édition DVD collector de la MGM pourvoyait aux fans américains en 2007 trois suppléments particulièrement réjouissants : la première adaptation (sérieuse) du roman pour l'anthologie Climax !, qui ne fait malheureusement pas son retour ici ; un commentaire audio regroupant deux spécialistes des James Bond qui replacent les scènes dans les mains de leurs auteurs, développent la carrière des protagonistes ou soulignent les clins d'œil et relations avec les autres Bonds ; un documentaire très classique dans la forme mais qui permet de retracer de manière chronologique le tournage chaotique à grands renforts d'interviews des « survivants » dont Nicholas Roeg (Ne vous retournez pas) alors simple caméraman. Conséquents et complets, ces deux derniers bonus sont enfin proposés en France ! Petit problème, le commentaire audio n'est pas traduit, tandis que le document vidéo ne propose que des sous-titres anglais. Une démarche incompréhensible de la part de l'éditeur, voire carrément révoltante.

Liste des bonus : Commentaire audio de Steve Jay et John Cork, Making of (41'), Bandes annonces 

 
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