MEAN STREETS
Etats-Unis - 1973
Image plateforme « Blu-Ray »
Image de « Mean Streets »
Genre : Thriller, Drame
Réalisateur : Martin Scorsese
Musique : Divers
Image : 1.77 16/9 Compatible 4/3
Son : Anglais et français mono
Sous-titre : Français
Durée : 112 minutes
Distributeur : Carlotta
Date de sortie : 6 avril 2011
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
Jaquette de « Mean Streets »
portoflio
LE PITCH
Dans les rues de Little Italy, à New York, quatre aspirants malfrats vivent de combines et d’expédients clandestins. Parmi eux, Charlie traverse une crise spirituelle, se réfugiant dans la religion pour trouver la voie du pardon. Son oncle, une figure bien intégrée dans le milieu, doit lui permettre de gravir les échelons. Lorsque Charlie prend sous son aile Johnny Boy, un jeune play-boy, ce dernier met en danger la stabilité du clan par son attitude sanguine et instinctive. Flirtant av...
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I wanna be a part of it

Echappé du documentaire (qu'il ne lâchera vraiment jamais) et d'une série B très recommandable, Boxcar Bertha, Martin Scorsese entamait avec Mean Streets ses premier pas vers une reconnaissance éternelle.

De ce premier film de fiction personnel, on ne peut mesurer l'importance qu'aujourd'hui. Ayant grandi dans la "petite Italie" newyorkaise, le futur réalisateur de Taxi Driver et ses Affranchis dépeint ici pour la première fois de fameux truands italo-américains, pleins d'une violence contenue semblant rejaillir par un flot de paroles et s'insultes ininterrompu. Mais comme conditionnés par sa propre jeunesse, ses personnages incarnés par les jeunes mais déjà monstrueux Harvey Keytel et Robert De Niro (entre autres) ne sont pour l'instant que de petites frappes sans envergure. Des gamins qui malgré la vingtaine passée semblent se prendre encore pour les petits caïds vus dans les flashbacks d'Il Etait une fois en Amérique. Ca parle beaucoup, ça se jauge et rue comme un paon, mais au final toute leur trajectoire pointe vers un fantasme impossible (devenir les caïds du quartier) refreiné autant par une foi écrasante (le personnage de Keitel, surtout), la folie (De Niro) ou tout simplement une fatalité morbide qui semble les attirer presque malgré eux. Reprenant avec talent l'esthétique des documentaires tournés aux plus près du bitume, Scorsese filme la "sublime" New-York comme un étau éclatant, une Babylone où cohabitent l'imagerie de la chrétienté ostentatoire, le gris des rues, et la lumière éclatante et roûge brulante des bars.

 

to find i'm king of the hill


Chronique triste mais aussi roublarde de voleurs plus classieux qu'efficaces, Mean Streets est ainsi jalonné de petites anecdotes, d'échanges verbaux improbables sur le sens de la vie mêlés à des dissertations sur les prochaines conquêtes féminine ou autres super plans (qui se révèlent à l'arrivée forcément foireux), au milieu desquels s'incruste insidieusement un drame en devenir. Une histoire de dette qui traîne, des insultes (presque) vite oubliées, mais surtout une tension grandissante vont progressivement ternir et à terme diviser une petite bande a priori sympathique. Une montée lente vers un final à la violence exacerbée où Scorcese impose un ralenti irréel sous un filtre rouge aveuglant comme pour mieux souligner l'opposition entre le destin fantasmé des deux "héros" et la cruelle réalité du sang qui s'échappe à gros bouillons de la gorge de Johnny Boy. Pas de grandes figures du banditisme, mais déjà des étoiles filantes à l'image de ceux qui peupleront son cinéma par la suite. Mean Streets est un film matriciel, qui voit naître aussi toute l'intelligence du maniérisme de Scorcese, lequel joue à merveille du contraste entre l'âpreté de la rue (image terne et granuleuse, montage cut) et la fausse flamboyance des petits mafieux : comme lorsque De Niro, impressionnant de charme, débarque dans un ralenti délirant aux bras de belles donzelles sur "Jumping Jack Flash". Une réalisation déjà d'une fluidité insolente, une maîtrise complète de l'atmosphère et de la tension. La naissance d'un grand cinéaste.

Nathanaël Bouton-Drouard






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Image :
Sortis chez Warner dans une édition relativement légère, le film n'avait pas non plus eu les honneurs d'une copie à son honneur. Certes pour de la SD (on parle là du DVD Warner US), cela pouvait a priori passer, mais revoir Mean Streets aujourd'hui en HD révèle clairement les lacunes de cette ancienne galette. L'édition de Carlotta permet ainsi de revoir pour la première fois la richesse des jeux de lumière de la photographie, l'importance des contre-jours et des flairs qui viennent frapper l'objectif. Le master garde bien entendu le grain très particulier de la pellicule de ce début des années 70, mais ne le rend jamais envahissant et réussit même à faire oublier les quelques petits défauts encore visibles à l'image. Pas de réducteur de bruit écrasant cependant, puisque la copie HD laisse apercevoir de nombreux détails sur les visages des comédiens et surtout une profondeur de champ imposante et nécessaire pour faire vivre les paysages New-yorkais. Une très belle restauration. 

 

Son :
Laisser les deux pistes audio (française et anglaise) dans leur mono d'origine ne veut pas dire les présenter en l'état. Même si l'écho propre à une petite production de cette époque crée une petite distance avec le film dans sa VO, cet effet paraît tout de même largement plus présent que dans les versions entendues précédemment. La VF profite elle aussi d'un petit coup de jeune, mais le choix étrange de certaines voix, les mauvais placements voire carrément quelques petites interversions gâchent l'aspect documentaire de Mean Streets.

 

Interactivité :
Entre Aventi et Carlotta, le souci éditorial est manifestement à des kilomètres. Là où le précédent ayant droit se contentait d'une sortie rapide, le second tente véritablement d'imposer son Blu-ray comme un objet presque définitif et purement cinéphilique. Tous les segments proposés pointent donc constamment vers l'identité du long-métrage, ses rapports constants avec le passé du réalisateur et ses inventions visuelles. Martin Scorcese n'est pas présent physiquement, mais l'éditeur a tout de même concocté une interview audio (à deux pas du commentaire audio) bourré d'anecdotes, de souvenirs et d'auto-analyses qui prouvent encore une fois la facilité confondante avec laquelle le cinéaste est capable de rendre limpide ses choix et ses thématiques. Pourvu également d'entretiens avec le critique Kent Jones et du directeur photo Kent Wakeford (La Loi de Los Angeles), l'édition propose donc une grille de lecture assez complète et pertinente. On regrettera forcément l'absence des carrures d'Harvey Keitel et Robert de Niro, mais Carlotta est allé jusqu'à demander l'accord de Wild Side Video pour glisser ici le documentaire Italianamerican tourné l'année suivante, et qui donne lui aussi un regard tendre sur les quartiers de Little Italie, mais en passant par le regard des parents de Scorcese. Un entretien souvent très drôle, en tout cas particulièrement tendre qui fonctionne quasiment en diptyque avec Mean Streets. Beaucoup attendaient une vraie et belle édition de Mean Streets. La voilà.   

Liste des bonus : « Voyage à travers Mean Streets » (27'), « De Little Italy à Hollywood »  (21'), « Lumière instinctive »  (18'), « De retour dans son quartier » (7'), « Les rues de Mean Streets » : (6'), « Home Movies » (10'), « Italianamerican » de Martin Scorsese (47'), Bandes-annonces 

 
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