BATMAN BEGINS
Etats-Unis - 2005
Image plateforme « Blu-Ray »
Image de « Batman Begins »
Réalisateur : Christopher Nolan
Image : 2.35 16/9
Son : Anglais, Français en Dolby Digital 5.1, Anglais en Dolby TrueHD
Sous-titre : Français, anglais et divers
Durée : 130 minutes
Distributeur : Warner Home Video
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
Jaquette de « Batman Begins »
portoflio
LE PITCH
Traumatisé par la mort de ses parents, le jeune milliardaire Bruce Wayne décide, sous l'armure high tech d'un homme chauve-souris, de rétablir la loi et la justice dans les rues de Gotham City…
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Retour au commencement

En deux films, Joel Schumacher avait évincé le Dark Knight des écrans, tout en se payant le luxe de traumatiser les rétines de ses fans. Devant la déferlante des productions Marvel, devenus seuls maîtres à bord de l'industrie des super-héros à Hollywood, on n'osait même plus évoquer un retour de DC, l'éternel challenger. Tandis que Pitof et sa Catwoman nous miaulait pitoyablement dans l'oreille d'oublier tout espoir, la Warner décidera d'effectuer un virage à 180°, bien décidée enfin à tirer profit des leçons de Marvel.

Les premières images de Batman Begins sont simples : sur fond de crépuscule, des milliers de chauves-souris recouvrent de leurs ailes le fameux logo du héros, dont le design élude les rondeurs des films de Tim Burton et Joel Schumacher. Surprise, le titre du film lui-même n'apparaîtra qu'au générique de fin, Christopher Nolan décidant d'ouvrir son œuvre caméra à l'épaule, sur une séquence de prison tout droit sortie d'un polar des seventies. Ce parti pris se répercutera en toute logique sur l'ensemble du métrage : toute l'imagerie de Batman se voit ici considérablement atténuée, de la batcave (une simple caverne non aménagée) à la batmobile (un tank), du logo donc (vaguement inspiré d'une chauve-souris, et flou lorsqu'il est projeté dans le ciel de Gotham) à l'environnement à proprement parler (plus proche de la mégalopole moderne que des délires gothiques de Tim Burton). Même Hans Zimmer, en charge de trouver un leitmotiv au personnage, ne martyrisera pas trop ses synthétiseurs au-delà de quelques resucées d'USS Alabama, réduisant sa phrase musicale à une demi-douzaine de notes. Zimmer qui, sans doute jugé trop pompier par son réalisateur, devra confier sa baguette au plus subtil James Newton Howard pour l'ensemble des scènes intimistes.

Recalibrer l'action

D'un film de super héros, on attendrait également des scènes d'action hautes en couleurs, propices à souligner les capacités physiques extraordinaires du protagoniste éponyme. Reste que Nolan ne semble pas non plus réellement emballé par cet aspect du cahier des charges, encore moins si on lui impose de concurrencer les chorégraphies les plus élaborées de ses petits camarades. Fin stratège, le réalisateur exclue d'emblée tout risque de transformer le vigilante en ballerine, lors d'un défi lancé à Bruce Wayne par Ducard, simili-Maître Jedi superbement campé par Liam Neeson. Après avoir commenté, en se défendant sagement, les techniques d'attaque du jeune milliardaire (« prise du tigre » ; « prise de la panthère »), le mentor coupe court à toute tentative de combat esthétique : « ceci n'est pas une danse », lance-t-il avant d'offrir un coup de tête sauvage à son élève. Dès lors, impossible d'appréhender les démonstrations de force de Batman comme autant d'exhibitions martiales. Brutal, sec, sans détour, le film de Nolan accumule les scènes d'action chaotiques, littéralement hachées au montage pour mieux souligner le pouvoir de furtivité de son anti-héros. C'est illisible et lassant, certes, mais pertinent d'un point de vue thématique.

Révéler la bête

Car là réside toute la réussite, aussi relative soit-elle, du Batman de Nolan. A l'évidence porté par les dessins en clairs-obscurs de Frank Miller, Batman Begins prend l'initiative d'adapter son questionnement thématique et son approche esthétique à son sujet premier : celui d'un homme atteint d'une phobie irrépressible qui, se sentant coupable depuis l'enfance de la mort de ses parents, parviendra à surmonter sa peur et la retournera contre les criminels qui gangrènent sa ville. Bien que structuré à la manière d'une épopée de David Lean (saupoudrée il est vrai de flashbacks et de flashforwards tout droit issus de Memento), le film s'accroche fermement à un point de vue établi dès le premier acte, et exclue quasiment tout personnage annexe qui ne s'accorderait pas aux nécessités de l'intrigue.Il n'est dans ce contexte pas étonnant que Batman Begins se veuille réflexion sur la Peur avant d'être un comic book movie, et que le personnage principal se métamorphose progressivement en véritable monstre, dont l'allure et l'élocution menaçantes éclateront lors d'une séquence d'interrogatoire que n'aurait pas reniée l'inspecteur Harry. Avec ses noirs profonds magnifiés par la photographie de Wally Pfister, ses vilains puisant leur pouvoir de la terreur qu'ils inspirent, mais aussi grâce à des idées tout droit sorties d'un film d'horreur gothique (le Dark Knight sort du néant pour fondre sur ses proies ; sous l'effet d'une drogue dure, un personnage perçoit en Batman une gargouille dégoulinante ; contaminés par cette même drogue, de simple badauds se transforment en morts-vivants), Batman Begins n'est pas loin d'atteindre son but.

 

Effrayant et relativement divertissant (la seconde vision est tout de même un peu longuette), Batman Begins campe sur des codes cinématographiques datant d'il y a trois décennies au moins. Loin de cette vague de super-héros kung fu qui tend de plus en plus à caricaturer la production hollywoodienne, le film de Christopher Nolan faisait déjà en 2005 figure d'OVNI. Depuis, le prodigieux The Dark Knight a fini d'avaliser les ambitions stylistiques du cinéaste, plongeant le Caped Crusader dans un univers de film noir épique. Un chef-d'oeuvre inattendu, qui laisse augurer d'une troisième aventure époustouflante.

Alexandre Poncet






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Image :

Ce Blu-Ray tardif, dont la sortie a été repoussée pour profiter de l'exploitation en salles de The Dark Knight, reprend ni plus ni moins la copie du HD-DVD, somme toute excellente en tout point. La colorimétrie, tirant volontiers sur l'ocre, est au diapason, le souci du détail et l'impression de relief sont constants, les contrastes sont puissants et renforcent le travail effectué au niveau des ombres de la photographie... La compression VC-1, elle aussi identique à celle du HD-DVD, est irréprochable, et achève d'imposer Batman Begins parmi les titres les plus impressionnants disponibles sur le support..

Son :

Si les pistes Dolby Digital en français et en anglais sont similaires à ce que l'on connaissait déjà au format standard, le Blu-Ray gagne un mixage Dolby TrueHD dans la langue de Shakespeare qui vaut bien tous les DTS du monde. Si l'omniprésence des orchestrations pompières de Hans Zimmer lors des scènes d'action se montre ici d'autant plus handicapante, l'ensemble bénéficie d'une dynamique digne de l'expérience en salles, avec une spatialisation impeccable et des bruitages tonitruants.

Interactivité :

La Batmobile en actionOption In-Movie-Experience (EXCLUSIVITE HD-DVD & BLU-RAY Profile 1.1) : Batman Begins fut l'un des premiers HD-DVD disponibles à travers le monde, et servit un peu de terrain d'expérimentation aux éditorialistes de Warner. Si la liste des suppléments (voir ci-dessous) reprenait sagement le contenu du DVD standard, l'option IME permettait pour la toute première fois de bénéficier d'un commentaire visuelle, des images de coulisses se voyant diffusées en surimpression du film au cours du visionnage. Le Blu-Ray reprend aujourd'hui le supplément intact, soit une sorte de documentaire XXL assez passionnant, quoique parfois handicapé par des silences un peu trop longs. 

Batman - L'Aventure commence (14'17) : Première featurette accessible dans ce joyeux bazar, "L'Aventure commence" ouvre les hostilités sous la forme classique d'une rétrospective sur la genèse du projet. De l'entrée dans l'arène de Christopher Nolan (qui s'est présenté à Warner de lui-même, et non l'inverse) à l'arrivée en scène de David Goyer (qui devra jongler avec le planning de Blade Trinity), de l'écriture en secret du script dans le garage de Nolan à l'embauche de Christian Bale (amaigri par The Machinist, l'acteur reprendra jusqu'à peser 100 kg, avant de se stabiliser à 80 pour le rôle), le documentaire s'apparente par moments à de l'autopromotion, notamment lorsqu'il énumère les "grands" seconds rôles sans vraiment entrer dans les détails. Un petit bonus caché d'une minute trente en rajoutera dans l'inintéressant, laissant Goyer se remémorer avec émotion ses repas quotidiens avec Nolan dans un restaurant du coin, tandis que les fans guettaient chacun de leurs faits et gestes...
Une image iconique parmi d'autres du Dark KnightLa Cape et le Masque (8'18) : On aurait aimé en savoir plus sur les influences précises de Nolan et Goyer, mais le disque embraye sans crier gare sur une featurette technique, nous offrant un regard en coulisse de la création du costume. Un module tout ce qu'il a de plus convenable, à la fois ludique et précis (la conception de la mousse de latex, la taille du costume, la caractérisation du masque, la conception de la cape selon un tissu fait maison, etc.). Entre les lignes, il est impressionnant de voir à quel point le costume a évolué depuis le premier film, la palette de mouvements de Christian Bale étant infiniment plus ample que celles de Keaton, Kilmer et Clooney.
La Construction de Gotham City (12'49) : On ne peut plus classique dans sa structure mais très intéressante dans son discours, cette featurette s'attarde, comme son nom l'indique, sur l'incroyable effort de design qu'aura nécessité Gotham, mais aussi sur les techniques impliquées. D'un côté, des miniatures gigantesques pour donner naissance aux quartiers les plus pauvres, de l'autre, des plans multi-couches en images de synthèse préfigurant le travail de WETA sur le New York de King Kong. Si les effets sont impressionnants à l'écran, la ville manque hélas de personnalité et de puissance d'évocation, un comble pour un environnement thématiquement si important.
Le Chemin de la Découverte (14'04) : Retour sur le fond de l'adaptation avec ce documentaire consacré au premier acte du film, tant du point de vue du script que de la mise en scène. De nombreuses images de Nolan au travail sont dévoilées, tout comme les répétitions du combat sur le lac gelé ou l'aménagement des superbes extérieurs en Islande. Plaisir non négligeable : quasiment absent du reste de l'interactivité, le grand Liam Neeson a ici l'occasion de s'étendre sur son expérience de Batman Begins.
Le Batman de Christopher Nolan fond sur les criminels tel un ninjaFormer le Corps et l'Esprit (12'50) : LA featurette qui devrait ravir les amateurs de cascades et d'arts martiaux. Entre les témoignages de Christian Bale et Liam Neeson sur les coulisses et leur préparation sous les ordres de Christopher Nolan et des superviseurs des combats, le module dévoile la création des chorégraphies selon un tout nouvel art martial, le Keysi, créé sur vingt ans par deux frères. Les bases du Keysi sont expliquées en images et s'avèrent infiniment plus spectaculaires que ce que le montage épileptique du film daigne nous montrer. D'autre part, chaque scène de combat est analysée du point de vue des athèles et des acteurs, du combat au sabre sur le lac gelé à l'entraînement dans le temple, en passant par les multiples escarmouches dans les rues puis dans le métro aérien de Gotham City. Sans doute l'une des bobines les plus excitantes de l'interactivité.
La Genèse de Batman (14'53) : David Goyer, Christopher Nolan et une ponte de DC reviennent sur la genèse du projet Batman Begins et leurs principales sources d'inspirations (notamment "The Long Halloween" et la plupart des comics des seventies). Si certains comparatifs film / planche originale tendent à prouver la fidélité absolue du film de Nolan par rapport aux bandes dessinées, la motivation première de l'épisode souligne à quel point ses instigateurs n'ont absolu rien compris à l'essence du personnage. Si personne n'a jamais raconté dans les moinres détails la genèse de Batman, c'est parce que le mystère de Batman tient justement sur cette absence d'informations. Par ailleurs, on corrigera Nolan en précisant que Batman contre le Fantôme Masqué de Bruce Timm narrait déjà les premiers pas du justicier. Le traitement était juste plus évasif, donc plus efficace.
L'atmosphère urbaine de Batman Begins tranche avec le style gothique de Tim BurtonSauver Gotham (13'01) : Dernière featurette majeure du second disque, "Sauver Gotham City" se concentre sur le dernier acte de Batman Begins, des acrobaties du Dark Knight suspendu au métro aérien aux effets pratiques nécessités par le climax (fumée, explosions diverses, etc.). Un documentaire intéressant et impressionnant (la grande majorité des scènes d'action a été réalisée en live, sur des plateaux gigantesques) si l'on passe outre les interviews promos de Katie Holmes, illuminée de travailler sur un projet aussi complexe.
Annexes : Les plus courageux pourront dénicher au sein des menus quelques bobines annexes abordant plusieurs sujets, de l'écriture du script par Goyer et Nolan à la création de doublures numériques. D'autres modules textuels plongent le spectateur dans l'univers de Batman, explicitant les accesoires, le tank, la cape et l'armure de Batman ou proposant un regard plus approfondi sur les biographies des multiples personnages. On notera surtout une B-Roll de deux minutes trente environ retraçant les divers tests de cascades et d'effets pratiques, mettant bien plus en valeur le travail des artisans que le film lui-même. Enfin, des galeries de posters permettent d'admirer le formidable travail réalisé par l'équipe Marketing de Warner, et certains essais de posters dévoilés s'avèrent presque supérieurs aux designs définitifs.
Première bobine de The Dark Knight : histoire de promouvoir la sortie du second opus, le Blu-Ray de Batman Begins en incorpore la séquence d'ouverture, soit un casse tirant profit de son filmage en qualité Imax. Un bonus de choix pour ceux qui lorgnent déjà avec impatience du côté du futur Blu-Ray de The Dark Knight

 
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