ENTRETIEN AVEC ALEXANDRE AJA, PRODUCTEUR DE MANIAC
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Chérie, ça va couper !

Alors que le remake du Maniac de William Lustig, réalisé par Franck Khalfoun et produit et scénarisé par Alexandre Aja et Greg Levasseur, est sur le point de sortir en France (02 Janvier 2013), Alexandre Aja en bienveillant producteur, mais surtout en fan immodéré de l'œuvre originelle, nous a accordé un peu de son temps pour répondre à quelles questions sur cette savoureuse relecture de l'horrible quotidien de Fank Zito.

 

Quelle a été la genèse du projet, de qui est partie l'idée de cette relecture moderne du Maniac de William Lustig ?

Je pense qu'il y a plusieurs genèses pour Maniac. Je l'ai beaucoup dit à l'époque de Haute Tension, mais le film de William Lustig a été une des plus grandes sources d'inspiration pour ce film, il n'y aurait jamais eu Haute Tension sans Maniac. On est d'ailleurs allé jusqu'à reproduire plan pour plan la séquence des toilettes dans le métro de New York de Maniac lorsqu'on a tournée celle de la station-service dans Haute Tension. J'ai toujours eu cette fascination pour ce film qui s'il a vieillit ce n'est que pour se bonifier et je n'aurai donc jamais cru un jour m'atteler à son remake. En fait, c'est venu d'une conversation avec Thomas Langman, on parlait de cinéma (les gens ne savent pas mais c'est un grand amateur de cinéma de genre) et on en est venu a abordé Haute Tension, puis Maniac. Il m'a alors demandé pourquoi on ne se lancé justement pas dans un remake de Maniac. Moi, au début, j'étais plutôt sceptique, mais Thomas a gardé cette idée et un jour il a fait venir William Lustig à Paris pour organiser une rencontre. On a donc discuté et il m'a dit à quel point il avait aimé Haute Tension et La Colline a des yeux, il m'a dit également à quel point il avait apprécié la promotion que je faisais de Maniac à chaque fois que je parlais de la genèse d'Haute Tension. On a donc finalement abordé la question du remake et de façon prévisible il s'est avéré qu'il n'était pas nécessairement chaud pour un tel projet, mais se disait confiant si je participais, si j'étais derrière le film. A partir de là, avec sa bénédiction, on a donc commencé à y réfléchir et puis finalement on s'est dit que de tout manière quelqu'un allez finir par le faire, du coup il valait mieux que ce soit nous qui nous lancions dans l'aventure. Ce que l'on a alors essayé de faire avec Greg Levasseur avec qui j'ai écrit et produit le film, c'est vraiment de trouver une manière de restituer l'histoire de Frank Zito tout en trouvant un concept, une manière très différente de la raconter pour que l'on n'ait pas l'impression en le regardant que ce soit un remake.

 

Après un tel investissement dans ce projet, pourquoi n'est-ce pas toi qui l'a réalisé ?

Au début du projet, moi j'étais en développement de Cobra et en finition de Piranha 3D. C'est donc devenu le projet parfait pour que mon collaborateur de toujours et meilleur ami, Greg Levasseur, se lance dans la réalisation de son premier long métrage. Mais finalement, le tournage a été décalé et pour des raisons familiales il n'a finalement pas pu le faire. On s'est donc tourné vers Franck Khalfoun avec qui j'avais scénarisé 2ème Sous-sol. Dans tous les cas, il a toujours été question que je sois très présent sur le projet quel que soit la personne qui serait à a réalisation.

 

Quel a été justement l'apport de Franck dans ce projet, ça n'a pas été un peu frustrant pour lui d'arriver sur un projet comme sur celui-ci sur lequel il n'avait finalement aucune liberté ?

Quand Greg s'est retiré, il l'a fait totalement et est resté producteur, scénariste. Quant à moi, j'ai laissé à Franck toute sa liberté sur le tournage. De son coté, lui savait que ce n'était pas un film dont il avait été l'instigateur et que contrairement à 2ème sous-sol, il n'avait pas participé à l'écriture du script. Mais finalement, il y avait quelque chose d'assez logique si l'on regarde son premier film et Maniac. Tous deux parlent du même thème, le désir d'être aimé, l'incompréhension de ne pas être aimé et toute la violence qui en découle. Il y avait donc quelque chose d'assez logique pour Franck de continuer sa carrière avec ce film.

 

Avec ce remake de Maniac vous preniez de gros risques. Tout d'abord, de vous attirer les foudres des fans, mais aussi que l'on vous associe au tout venant de la machinerie hollywoodienne moderne qui remake sans vergogne les grands films d'antan, vous en étiez conscient ? Est-ce que cela faisait partie de vos craintes, des défis que vous vouliez relever ?

A l'époque où on a commencé à écrire La Colline a des yeux, le projet n'était pas encore considéré comme un remake, c'était l'un des premiers du genre et il n'y avait pas encore de mouvance. Mais au moment où on finit l'écriture le remake de Massacre à la tronçonneuse sort et Dawn of the dead est sur le point de sortir. A ce moment-là, il y a un truc qui se passe avec le succès de ces films qui fait que les remakes ont pris le pouvoir à Hollywood, c'est devenu une règle, ce qui est regrettable vu que nombres de ces films n'en ont pas besoin. Voilà, après moi j'essaye de rester loin de tous ces projets, ça me fait de la peine quand je vois des films classiques en passe d'être remaké. La règle du remake c'est devenu une règle de marketing plus qu'une envie de proposé un point de vue original.

 

Justement, on sent réellement l'impact qu'a eu votre présence et celle de Gregory Levasseur à l'écriture et à la production du film, il y a dans Maniac une façon de se réapproprier le film de Lustig sans jamais chercher à bêtement le transposer de nos jours qui ressemble énormément à ce que vous aviez fait ensemble sur La Colline a des yeux ou encore Piranha 3D. Pour vous ici quels étaient les points essentiels du film de Lustig qu'il fallait absolument pouvoir retransmettre sans pour autant simplement les plagier ?

Alors on a conservé la structure narrative de base, mais aussi tout le background fantastique avec tout son délire avec les scalps et le fait qu'il tente de faire vivre ses mannequins en y collant les scalps de ses victimes, des femmes qu'il désirait. Après, moi je suis très content de toute la narration parallèle qu'on a intégrée sur l'angoisse du personnage de se transformer en mannequin. Pour le coup c'est très psychologique mais ça fonctionne très bien je trouve et ça accentue encore plus le travail sur le mental du héros et sur l'empathie qu'éprouve le public à son égard. On a aussi accentué certains points caractéristiques de l'original, les lieux par exemple. Ce qui dans le film de Lustig n'était que des coïncidences de décors (le fait qu'il ait des mannequins chez lui, etc.) et qui était plus des idées que véritablement des arcs scénaristiques, on l'a transformé pour que cela serve le récit. C'est effectivement exactement ce qu'on avait fait sur La Colline a des yeux, c'est-à-dire qu'on avait repris les personnages et qu'on avait essayé de boucher les trous de l'original, de trouver des liens qui justifiaient l'histoire telle qu'elle se passe. Avec Maniac on a donc réussi, il me semble, a vraiment donner corps à ce personnage à sa psychologie à son traumatisme que ce soit à travers les lieux, les flashbacks, etc.

 

Et du coup quelle a été l'implication de William Lustig dans le remake ?

C'est un bon parrainage, il était la pendant l'écriture, pendant le tournage et il était là à Cannes pour la présentation. Je crois qu'il est satisfait du film qu'on a fait et surtout il est content que cette relecture n'essaye pas d'effacer son film. On a réussi à faire deux œuvres très différentes qui peuvent exister ensemble. Une anecdote assez incroyable : on a commencé à tourner le 22 novembre 2011, il est alors venu sur le tournage le premier jour et il me montre sa gourmette, qui est une gourmette que lui avait offerte Joe Spinell, avec écrit dessus « Maniac, 1er jour de tournage 22 novembre 1980 ». Par le plus grand des hasards on a commencé le tournage à l'exacte même date, c'est incroyable !

 

Elijah Wood fait partie de ces acteurs immortalisé dans l'imaginaire collectif comme Frodon du Seigneur des Anneaux, à l'instar de Tobey Macguire avec Spiderman. Pourquoi avoir opté pour cet acteur si diffèrent de Joe Spinell ?

Quand on a entamé l'écriture du film, on a repris la base de l'histoire de Frank Zito, l'histoire de cet homme traumatisé par sa mère libertine qui l'abandonne dans ce magasin de famille de confection de mannequin. Finalement, il y a donc quelque chose dans la narration qui s'approche de la mythologie des tueurs en série romantiques dans le style de Norman Bates dans Psycho, ou encore Terrence Stamp dans Le Collectionneur, une catégorie moins ogre que Joe Spinel, ou Phillipe Nahon. Elijah Wood est donc venu assez naturellement et qui plus est prendre cet acteur s'est également révélé être l'un des meilleur moyen de faire un film différent de l'original. Au lieu de chercher quelqu'un capable de devenir Joe Spinell, on s'est mis en compétition avec le film de Lustig, on a gardé l'essence de l'œuvre mais pas forcément tous les éléments qui la constitue.

 

Comment Elijah a-t-il pris ce rôle. C'est très particulier puisque c'est à la fois un premier rôle et en même temps il n'est que très peu à l'écran ?

Je crois que finalement c'est ça qui l'a excité. Elijah c'est d'abord un énorme fan du cinéma de genre et d'horreur, il voit tout, il a une boite de production qui ne fait que ça. Donc évidemment, il avait entendu parler du remake de Maniac et, comme tout le monde, il était un petit peu sceptique, d'autant que son agent lui a dit que nous pensions à lui pour jouer le rôle de Frank Zito, choix assez étrange pour lui puisqu'il devait se mesurer à Joe Spinell. Et ce n'est finalement que lorsqu'on lui a dit que le film serait en caméra subjective qu'il s'est montré vraiment emballé. On s'est ensuite rencontré et ça c'est fait.

 

Plus qu'Elijah Wood vous apportez avec ce film un coté vraiment très malsain, parce que c'est le spectateur qui se retrouve à la place du psychopathe, avec ce choix de mise en scène, c'était un choix dès le début ?

C'est un choix qui s'est en effet rapidement imposé. Plus je réfléchissais à l'original, plus je me demandais comment apporter quelque chose de nouveau à l'original. Et puis je me suis soudain rappelé le sentiment que j'avais eu en lisant Le Tueur sur la route de James Elroy, qui raconte a la première personne le quotidien d'un tueur en série, cette sensation pas vraiment agréable d'être prisonnier, mais qui attise la curiosité et crée peu à peu une empathie. Surtout, que ce dont on se souvient dans le film original, c'est cette empathie permanente pour le personnage de Spinell qui est un personnage monstrueux et fait des choses abominables, mais qui a un côté très triste, très seul, qu'on comprend tous, un sentiment universel poussé à l'extrême de façon malade. C'était un grand risque de faire un film avec Wood sans véritablement le montrer, mais aussi et surtout de faire un slasher en évacuant tous les artifices de mise en scène de ce genre, c'est-à-dire la tension et l'empathie que l'on éprouve en étant du côté de la victime, mais on a préféré miser sur cette sensation d'emprisonnement beaucoup plus originale.

 

Ce qui est particulièrement intéressant dans ce choix de mise en scène c'est à quel point il sert la dimension humaine du film, à quel point il transforme le film de genre en une intelligente réflexion sur la figure du tueur en série, notamment avec ces mouvements de caméra extracorporels.

J'ai écrit pas mal de temps et j'ai donc lu pas mal de choses sur les tueurs en série, d'autant qu'on a la chance en France d'avoir des sommités sur le sujet, des gens comme Stéphane Bourgoin par exemple E lisant tous ces entretiens qu'il a eu avec les tueurs en série les plus connus, il y a toujours quelque chose qui revient sur une expérience extracorporelle qui arrive au moment de la mort, une sensation de se voir tuer. On a fait une histoire extrêmement simple, le traumatisme de la mère qui peut paraitre cliché parce que simple mais qui en fait est la base d'un nombre incalculable d'histoire, et qui avec ces choix de mise en scène rend l'expérience encore plus personnelle, encore plus universelle et travaille l'imagerie du tueur en série tout en accentuant l'empathie du spectateur.

 

Outre le travail sur l'image avec ce choix de la subjectivité, il y a dans Maniac un travail sur le son réellement impressionnant. Finalement, les effets gore prosthétiques rendent la vision des meurtres quasi insupportable, mais meurtre après meurtre on se rend compte que ce n'est pas vraiment le choc visuel qui nous fait détourner le regard, mais davantage les effets sonores ultra-réaliste et immonde.

Ben écoute je suis content que ça fonctionne. Le son de la lame sur le dos de l'agent est carrément dérangeant. De tous les films sur lesquels j'ai travaillé, je crois que c'est mon son préféré, du moins le son qui parvient à me saisir à chaque fois. J'ai dû voir le film une bonne cinquantaine de fois et il me fait frémir à chaque fois. J'ai apprécié de pouvoir faire ce film-là, je n'avais pas eu l'occasion de faire un film en postproduction sonore en France depuis Haute tension, je m'en suis donc donné à cœur joie. Il y a vraiment un fétichisme du son dans le film et je suis content que ça se ressente, au-delà bien sûr de la superbe musique de Rob qui fait pour moi au moins cinquante pour cent de l'ambiance du film.

 

Normalement, Maniac était donc le premier film de Greg Levasseur, mais vous nous l'avez dit ça ne s'est pas fait. Du coup où est ce qu'il en est lui de son autre projet, ce film en found-footage qui se passe en Egypte ...

En fait on a décidé de pas en parler, mais le film est fait, on est actuellement en montage. Tout ce que je peux vous dire c'est que le projet est assez excitant.

 

Et en ce qui te concerne, je pense qu'on doit te poser la question sans arrêt, mais ton adaptation de Cobra, on en rêve tous, mais là concrètement où est-ce que ça en est ?

Moi aussi j'en rêve (rires). Je me lève avec, je me couche avec, mais c'est un projet difficile, ça demande beaucoup d'argent. Je veux le faire bien, je veux le faire dans de bonnes conditions, dans le sens où je ne veux pas décevoir les fans et faire honneur à ce mythique personnage. Donc là actuellement on est en casting et j'espère que ça va se débloquer rapidement. Le financement venant avec l'acteur et le casting, une fois ça fait ça devrait allez assez vite. L'affiche teaser qu'on a fait pour Cannes, a séduit pas mal de producteurs et d'annonceurs, le problème après c'est que Cobra est très connu en France et au japon mais pas ailleurs et, pour les producteurs, ces deux pays ne suffisent pas à financer un film qui coutera plus de 150millions de dollars. Pour le reste du monde, c'est un personnage qu'il leur faut faire découvrir. Aujourd'hui, en plus on a un nouveau challenge, c'est le retour de Star Wars. Mais bon finalement c'est assez excitant, d'envisager un combat entre le sabre laser et le rayon delta, donc on verra.

 

Et donc en attendant le budget pour Cobra, quels sont vos projets ? Il a longtemps été question que Undying Love, l'adaptation de la BD homonyme, soit le prochain film que l'on pourrait voir de toi, est-ce toujours le cas ?

Alors Undying Love s'est arrêté de mon côté, Warner voulait avancer assez vite et moi j'étais occupé sur d'autres projets, donc ils continueront sans moi. Quoi qu'il en soit c'est un beau projet avec un bon script, le comic est assez incroyable, mais il voulait commencer tout de suite et moi là je suis en montage donc ce n'est pas faisable.

 

Et concernant la série Scanners vous êtes toujours sur le projet ?

Toujours, toujours, mais c'est très long et frustrant. Je vais donc réalisé le pilote et je produirais la série dans son ensemble. C'est un très bon projet et c'est une approche du remake qui m'intéresse beaucoup parce que là, pour le coup, ça nous pousse à nous emparer du film qui a une mythologie extrêmement riche et un univers solide, mais qui est étouffé dans un format de deux heures, et de le développer sur un format beaucoup plus long. Je pense qu'il y a beaucoup de producteurs qui au lieu de faire des remakes devrait faire des séries, ce serait pour le coup beaucoup plus intéressant.

Quentin Boutel

















































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