CLONES : RENCONTRE AVEC BRUCE WILLIS
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Fausses apparences

Mister Bruce Willis revient à la science fiction, et passe pour l'occasion à Paris pour livrer une conférence de presse certes extrêmement sympathique, mais tout aussi étrange. Entre quelques considérations sur les avantages de la maturité, l'acteur ne cache pas vraiment sa réelle déception face au montage final. Bruce Willis fait le job, mais n'aime manifestement pas tant que ça la langue de bois.

Dans Clones, votre personnage, l'agent Tom Greer, se découvre un double rajeuni, de longs cheveux, une peau lisse... Qu'en avez-vous pensé ?
J'ai trouvé ça embarrassant. Et la fameuse perruque était vraiment un choix du réalisateur. Et sur le tournage, lorsque j'ai vu pour la première fois ce visage je me suis dit qu'il faisait trop « robot ». Mais cela dit c'était sûrement le but. Je préfère largement mon apparence réelle.

L'apparence est au cœur du film et peut être vue comme une certaine métaphore du système hollywoodien. A plus de cinquante ans, comment vivez-vous ce culte de la beauté ?
Je vous le redis : j'aime bien mon look d'aujourd'hui et j'assume mes rides d'aujourd'hui. Mais c'est vrai qu'Hollywood est aujourd'hui le centre de la technologie cosmétique, on vient du monde entier pour avoir son visage refait, pour se faire charcuter. C'est vrai que j'ai un problème avec ça. Pourquoi finalement ne peut-on pas s'aimer tel que l'on est ? Alors, c'est vrai que c'est un business énorme, où il y a énormément d'argent, mais je ne rentre pas dans ce jeu là. Moi, j'ai décidé de garder mon visage tel qu'il est, avec aucune intention de passer sous le bistouri.

Si vous ne deviez choisir qu'une seule scène dans le film ? Celle qui vous paraît le mieux le résumer ?

Il est difficile de raconter une histoire d'une telle ampleur en seulement 90 minutes. J'aurais aimé que l'on puisse l'explorer plus largement. Par exemple quand vous voyez au début ce jeune qui bondit d'une trentaine de mètres sur la piste de danse comme si de rien n'était ou quand je suis percuté par un camion... ce sont des scènes que j'aime beaucoup, mais je pense que l'on aurait clairement pu les prolonger, les rendre encore plus fortes. D'ailleurs on ne voit jamais de relations sexuelles entre les clones... ça aurait pu être intéressant non ?

Vous avez joué dans plusieurs films de science-fiction et en l'occurrence celui-ci comporte énormément de gadgets futuristes. En êtes-vous friand ?
J'ai un ordinateur, un téléphone portable... mais ça se limite à ça. Je suis assez méfiant vis-à-vis des nouvelles technologies. Je trouve qu'en général elles sont perverties par le mercantilisme ambiant et sont détournées de leur but initial. Prenez la télévision. Cela devait être un outil pour donner accès à la culture dans le monde entier. C'est devenu une machine à vendre des jouets et à abrutir à coup de soap. Quand on regarde les outils récents comme Myspace, Facebook, on pourrait tout aussi bien les utiliser pour justement avoir de vraies informations, bien que je doive avouer que de ce côté c'est sur Internet que je consulte les nouvelles.

Que pensez-vous de cette société de clones, de cette déshumanisation de la société ? Une direction que nous sommes peut-être en train de prendre...
Je ne pense pas que l'avenir de notre planète repose sur le concept du clonage. Nous savons déjà qu'il existe des clones d'animaux, des brebis, des chiens, et il n'est pas dit, bien sûr, qu'on n'a pas tenté de faire la même chose avec l'être humain. Mais je ne crois pas que l'avenir soit fait de machines, avec des corps métalliques aux fluides verdâtres... Clones est tout d'abord un divertissement, qui plus est tiré d'un graphic novel. Mais j'avoue aimer cette idée d'avoir un jour 95 ans, d'avoir donc plein d'informations dans ma tête et de pouvoir les transmettre à un corps qui n'aurait en quelque sorte que 25 ans. Je pourrais jouer avec mes arrières-arrières petits-fils !

 

Quelle habileté aimeriez-vous que votre clone ait ?
Si j'avais le choix, j'aurais aimé être plus fort ! Pouvoir soulever une voiture et la jeter sur quelqu'un. Plus sérieusement, j'hésiterais beaucoup à me cloner. Finalement, on essaie tous de faire ce qui est bien, en tout cas j'essaie. Lorsque j'étais plus jeune et que la célébrité est venue, je dois reconnaître que je n'étais pas très humble. Allez, disons le.... J'étais un crétin ! Aujourd'hui je sais que je veux simplement être quelqu'un de bien et surtout pas ce clone. J'essaie vraiment de prendre la vie moins sérieusement qu'avant, et d'agir au mieux. Je m'efforce d'être un exemple pour mes enfants.

Vous n'êtes pas fatigué de devoir toujours sauver le monde ?
Ca doit faire la dixième fois il me semble ? Je pense qu'il y a une relève, avec des acteurs plus jeunes comme Matt Damon par exemple. Je leur laisse la place sans problème. Ce n'est pas moi au départ qui ait voulu ce genre de rôle. En tout cas, ce que j'aime dans Clones, c'est qu'il n'est pas vraiment question de sauver le monde, il n'y a pas cette espèce de « Happy end » un peu cucul la praline. Non, à la fin, on reste en suspens : maintenant que va-t-il se passer ?

On a surtout l'habitude de vous voir dans des rôles de « tough guy », mais dans Clones, vous interprétez un personnage bien plus « fragile » que d'habitude. Est-ce justement ce point qui vous a attiré dans le projet ?
C'est vrai que j'ai joué cette vulnérabilité avec plaisir, et que je n'aurais sans doute pas accepté le rôle s'il n'y avait pas au centre cet homme qui a perdu sa femme et qui désire la retrouver. Si cela n'avait été qu'un film de science-fiction sur les technologies, s'il n'y avait eu qu'un gars qui sautait sur des bus, je crois que je n'aurais pas été aussi intéressé par ce personnage. Donc oui, cela m'a vraiment intéressé d'explorer l'autre facette de ce personnage, de cet homme qui finalement essaie de vaincre ses propres obstacles personnels. Je ne sais pas si c'est perçu comme le thème central du film, mais comme je l'ai dit tout à l'heure, il est très difficile en 90 minutes d'explorer une histoire si riche.

Avez-vous participé à l'écriture du scénario et êtes-vous satisfait par rapport à votre première lecture ?
C'est vrai que j'ai beaucoup participé à l'écriture. Mais cela est surtout dû au fait qu'à l'époque où le projet à été lancé, nous étions en pleine grève des scénaristes à Hollywood et de fait personne n'a pu retravailler le script pendant plusieurs mois. Il a donc fallu qu'on le modifie en plein tournage. C'est un cas de figure toujours un peu délicat, parce qu'on ne sait jamais si on prend la bonne ou la mauvaise direction, on manque de distance. Mais je pense qu'on a fait les bons choix. Pour vous donner un exemple, dans le scénario original, il n'y avait pas du tout l'élément de la perte de leur fils. Donc, à partir de cet élément, il a fallu réinventer et rediriger certaines scènes. Mais, franchement, j'aime bien ce film, même si j'aurais aimé qu'il dure plus longtemps. Il y a pas mal de scènes que vous ne verrez pas car, comme vous le savez, il y a la « règle d'or » des 90 minutes ! Il n'y a que Tarantino qui a le droit de faire un film de 3 heures.

Lorsqu'on adapte une bande dessinée, il y a parfois des idées qui circulent qui peuvent être dérangeantes, essaie-t'on de les conserver ou au contraire de les dissoudre afin de l'adapter pour un plus grand public ?
Oui, vous avez raison il y a fallu que l'on simplifie pas mal de choses sur le tournage, et même si effectivement d'autres zones auraient pu être explorées, tout c'est résumé une nouvelle fois à cette question des 90 minutes. Bon j'y reviens, mais j'aurais vraiment aimé voir des clones en train de faire l'amour, car on en parle, mais on ne le voit jamais. Sinon, cela n'engage que moi, mais j'aurais aimé avoir une scène de genre « gladiator » où deux clones s'affrontent, se démontent, se déchirent, et s'éclatent, puis sont rejoints pas encore plus de clones.

Que pouvez-vous encore apprendre lors d'un tournage après une si longue carrière ?
J'ai appris à ne plus me prendre trop au sérieux. Je me rends compte que j'ai de moins en moins de certitude concernant « l'acting ». J'essaie aussi de faire un maximum de choses nouvelles, de me débarrasser de mes vieux personnages... mais pourtant je reste toujours attiré par le même type de personnage : des hommes qui luttent pour dépasser leurs problématiques personnelles. On me demande souvent pourquoi je joue si fréquemment des rôles de flic. C'est certainement parce que pour moi, ils sont les véritables héros. Lorsqu'on fait un métier où l'on sait qu'à tout moment on peut vous tirer dessus, ça, pour moi c'est héroïque, comme les gens, aussi, qui travaillent dans les hôpitaux, ou les ambulanciers. Si je le pouvais, toute ma carrière je continuerais d'interpréter ce genre de héros
Nathanaël Bouton-Drouard

 

 

 

 

 

 

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