ENTRETIEN AVEC RODRIGO PLá, POUR UN MONSTRUO DE MIL CABEZAS
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Dompter la bête

Rodrigo Plà est né en 1968 à Montevideo (Uruguay). Il a étudié la photographie, le scénario et la réalisation au Centro de Capacitacion cinematográfica à Mexico. Il est scénariste et réalisateur de courts et longs-métrages. Il est notamment célèbre pour son premier long métrage La Zona (2007), qui a reçu le prix Meilleur Premier Film au 64e Festival International de Venise et le Prix de la Critique Internationale (FIPRESCI) au Festival International de Toronto. Son film Desierto adentro quant à lui, remporte 7 prix au Festival de Guadalajara et huit Ariel Awards. Sa dernière réalisation, Un Monstruo de mil cabezas, est présentée dans le cadre du Festival Viva Mexico.

Avant toute chose, j'ai appris que le film vient de recevoir le Prix du Jury au 24ème festival de Biarritz. Il semble que la France vous porte chance ! Vous souhaitiez montrer votre film dans deux festivals avec peu d'intervalle parce que vous appréhender les deux publics de manière différente ?
A vrai dire, nous avons montré le film à Venise avec un bon accueil. Biarritz où j'avais déjà présenté un de mes films, est un endroit que j'aime beaucoup. J'ai de beaux souvenirs avec une salle de 1200 places remplie ! Je pense que la différence est subtile mais nous, tout ce que nous voulions c'est raconter des personnages, être proche des gens. L'histoire de cette femme est universelle. Elle est vulnérable face à ce système qui ne la comprend pas.

On passe du cinéma de Michael Moore (Sicko) au film de Damian Szifron Les Nouveaux sauvage, After Hours ou à Falling Down. En traitant des casse-têtes que sont les systèmes de santé internationaux (comme la récente réforme de santé d'Obama « offerte » à 20% d'américains de la middle-class) et de l'agacement ressenti face à une administration rigide et sourde (bienvenue en France), vous souhaitiez dénoncer un système qui marche sur la tête ?
Oui, on pourrait aussi ajouter The Corporation. Avec ma femme, on a vu certains de ces films et quand nous travaillons, nous cherchons à établir un lien entre toutes ces expériences. Toutefois, nous ne voulons pas nous sentir influencés. Le texte existe tel quel, les acteurs ont leur interprétation, nous essayons d'être dans la réaction. C'est comme ça que je travaille pour l'instant en tout cas. Mais qui sait ! Peut-être que je changerai parce que cette fois, nous avons travaillé avec le roman de ma femme, pas avec le scénario. Idem pour les instructions du directeur photo. On laisse un espace vide à l'imagination.

A ce propos, pourriez-vous nous éclairer rapidement sur le fonctionnement mexicain de l'assurance santé parce que force est de constater que le notre est encore extraordinaire?
C'est étrange que vous disiez ça car à Biarritz, une personne a hurlé « Vive la Santé ! » (Rires). Malheureusement chez nous, peu de gens peuvent s'offrir une assurance privée. C'est un système assez proche du système de celui des États-Unis. Les assurances de l'État ne sont pas universelles, elles ont moins de moyens, il faut quand même payer... C'est très compliqué.

Pour comprendre votre colère, Jean Christophe Berjon me conseillait de regarder votre film de 2007 : La Zona. Surfant toujours sur les thématiques d'une oreille humaine qui n'existe pas, des laissés pour compte et de la logique économique crachant sur la justice sociale. Qu'aviez vous à dire dans Un Monstruo de mil cabezas que vous n'aviez pas évoqué dans La Zona où les gens qui ont du pognon empêchent les autres d'entrer.
Je ne sais pas. Quand on fait un film, on ne veut surtout pas ressembler à un discours. On veut juste être proche des personnages, dans une certaine situation. L'important ici était simplement l'histoire d'une femme qui refuse le deuil de son mari et subi un crash émotif. Elle sombre dans une folie face à un moulin à vent, oubliant même son enfant. Et le sentiment qu'elle ressent c'est : « je ne suis pas comme ça... ».

Certaines réactions de personnages décalées ou des situations cocasses provoquent le rire au début du métrage. Puis vint l'appel ou le point de non retour de Sonia. Avez-vous hésité sur la tonalité à donner au film ou vouliez vous terminer par un signal d'alerte, une mise en garde ?
On ne veut pas dire de choses importantes non ! Juste une histoire universelle portée par un rythme qui déroule avec les faits, partager une expérience de vie. Le rythme suit la famille pour tendre à une certaine structure narrative puis bascule vers des regards différents : je suis aussi le regard des autres.

À-propos de la forme, vous utilisez des plans fixes au début pour, j'imagine, symboliser un état de fait, une fatalité avant de passer, en parallèle avec le crescendo de l'action, à une réalisation plus punchy, lorgnant un peu vers le documentaire ou certaines séries américaines comme The Shield (toutes proportions gardées !). Le spectateur est par la-même plongée d'une manière plus intime dans le drame de Sonia.
Tu sais j'essaie beaucoup de choses. On répète avec les équipes. Tout est très précis. Mais 90% du temps, on fait des plans fixes parce que l'action se suffit à elle-même. Je déteste souligner des émotions avec des artifices de réalisation, la musique... Nous voulions illustrer un point de distorsion, des contradictions avec ce qu'on peut comprendre de prime abord.

Enfin, pourriez-vous nous éclairer sur cette fin ouverte ? Pour ne pas traiter le film comme un fait divers mais aider à l'identification du personnage et la possibilité que tout peut basculer à chaque instant ?
La fin est ouverte car c'est au spectateur de choisir jugement. Alors coupable ou pas ?

Jonathan Deladerrière














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