PARIS INTERNATIONAL FANTASTIC FILM FESTIVAL 2012 : COMPTE RENDU
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Retour dans le PIFF !

Vendredi 16 novembre 2012, c'est remonté à bloc et prêt à passer dix jours de folie cinématographique que nous entrons dans le hall flamboyant du Gaumont opéra capucines. Un an après la surpuissante première année qui surprit et combla son public par son professionnalisme et sa programmation alléchante, nous étions donc impatient de commencer cette saison 2 annoncée comme « Bigger and lourder » !

 

Et pour ne pas nous déplaire le premier film présenté, après les traditionnels remerciements et présentations d'ouverture, était l'hallucinant John dies at the end, un film passionné et passionnant signant le retour tant attendu du très peu prolifique Don Coscarelli. Véritable déclaration d'amour au cinéma, cet improbable croisement entre Le Festin nu de Cronenberg et Detention de Joseph Kahn, est dotée d'une frénésie et d'une excentricité incroyablement rafraîchissante ! On ne peut malheureusement pas en dire en autant du film suivant, Here comes the devil d'Adrián García Bogliano, un film de crise familial au traitement pachydermique et à l'esthétique approximative, qui ouvre les hostilités du samedi après-midi. Toutefois, nous ne sommes pas au bout de nos peines puisqu'après Here comes the Devil il nous faut immédiatement enchainer avec ABC of Death une anthologie horrifique composée de pas moins de vingt-six  court-métrages, réalisés par vingt-six cinéastes du monde entier. Comme dans tout film à sketch, il y a dans cette production australo-américaine à boire et à manger mais qui se manifestent ici dans des proportions excessives. En effet, si quelques-uns sont vraiment réussi (trois ou quatre seulement), la plupart naviguent entre intéressant, très moyen (beaucoup manque de subtilité avec une réelle attirance pour l'horreur scatologique) et le très mauvais. Mention spéciale pour le Ti West, summum de l'amateurisme, que même ses fans de la première heure ne pourront défendre. TI West qui répond également présent à l'autre film à sketch de la journée, V/H/S, présenté lui à l'occasion de la séance de minuit. Là encore, le film manque cruellement de liant, déconstruisant peu à peu son fil rouge, sketch après sketch dont l'imbécillité n'a d'égale que l'amateurisme et l'inconsistance, chacun à leur manière déclinant au moins une des tares du cinéma d'horreur contemporain (Found footage, exorcisme, etc.). Heureusement, au milieu de toutes ces aberrations, surgit Stiches de Connor McMahon, qui grâce à son humour noir bien gras et son horreur excessive toute droite inspirée des films les plus gores et les plus déjantés des années 1980, nous redonne la banane. Un pur plaisir cinéphilique qui est d'ailleurs complété par la bombe Trailer War, une œuvre uniquement composée de bandes annonces d'époque de films des années 1970-80. Un vrai bonheur auquel la salle en furie de ce premier week-end sait parfaitement rendre hommage, rappelant avec nostalgie la nuit des 40 ans de Mad Movies.

 

Auberges rouges

 

Le lendemain, tandis que tout Paris profite de la pause dominicale, nous nous rendons à la projection de The Cleaner, un film d'infection portugais, qui lorgne plus vers le film dramatique que vers le fantastique. Impressionnant esthétiquement, surtout quand on pense que c'est le premier long-métrage d'un jeune cinéaste de vingt-trois ans, The Cleaner distille une ambiance neurasthénique grâce à une photographie froide et à des décors désaffectés qui accentue la dimension dramatique de l'œuvre. Pour autant, le film n'arrive jamais vraiment à toucher le spectateur, ni à formuler réellement quelque chose, hormis la traditionnelle réflexion sur la mort et sur les rapports humains qu'ont déjà expérimenté avec plus de génie des films comme Infectés, ou encore Contagion. En revanche, nous sommes beaucoup plus enthousiaste en ce qui concerne l'autre premier film présenté en ce dimanche après-midi, Citadel de l'irlandais Ciaran Foy, que nous avions eu la chance de découvrir à L'Etrange Festival de Paris 2012 et qui était malheureusement repartit bredouille. Ici c'est avec le prix du public qu'il repart, un prix largement mérité quand on voit la maitrise et la puissance de son film qui, en se basant sur son expérience personnelle de l'agoraphobie parvient à faire ressentir au spectateur la peur, la vrai, et ce au cœur d'un espace urbain apocalyptique. En opposition à ces premiers films, cette journée a également été l'occasion de découvrir des films de réalisateurs aguerris pour ne pas dire culte. Tout d'abord, le nouveau master du classique pratiquement invisible d'Argento, Quatre Mouches de velours gris, qui sort chez Wild Side en décembre, mais aussi et surtout le nouveau film du légendaire Tsui Hark, Dragon Gate 3D. Avec ce film d'aventure chaotique et inconsistant Tsui Hark passe maladroitement à la 3D et nous livre une histoire sans enjeu remake blockbusteurisé de son film homonyme de 1992. Quelques fulgurances rehaussent toutefois l'expérience de ce film (la séquence d'introduction, la séquence dans la grotte, etc.), sans pour autant faire de ce Dragon Gate 3D une œuvre passionnante digne des grands films d'aventure d'antan du cinéaste.

 

Auto-défense

 

Après un peu de repos et deux aspirine pour se remettre du mal de crâne causé par le Tsui Hark, direction le Pifff pour une soirée encore riche en émotion avec pour commencer le  Home invasion movie In Their Skin. Une fois encore à la vue de ce premier film, on ne peut que saluer la prouesse technique tant esthétiquement le film est somptueux (scope ahurissant, photographie superbe, etc.). Toutefois, une fois encore comme pour The Cleaner, le film de « «  n'apporte rien au genre, si ce n'est sa morale puritain quelque peu maladroite, et finalement très vite le film se met en roue libre handicapé en plus par des personnages dénué d'empathie interprétés par des acteurs assez mal dirigés. Heureusement la suite de la soirée est sous de meilleurs auspices avec la projection du très intéressant Side by Side qui, de témoignages en témoignages, retrace de façon ludique et très instructive le passage de la pellicule au numérique. Et d'ailleurs, puisqu'on parle de documentaire, c'est le moment de parler de Crave un polar urbain particulièrement friand en hémoglobine dirigé par le réalisateur de quelques-uns des plus prestigieux Making-of des films de Ridley Scott, comme Blade Runner ou encore Alien. Œuvre protéiforme le film de De Lauzirika séduit par sa première partie maitrisée et sa dimension de vigilante fantasmée particulièrement excentrique. Pourtant, en raison de sa longueur excessive, de son personnage inconsistant et de la dimension urbaine sous exploité le film se révèle très vite creux avant de tomber dans le ridicule total dans sa dernière partie. Aussi vite vue aussi vite oublié, on passe ensuite au The Seasoning House de Paul Hyett un rape and revenge viscéral et novateur. Prenant place dans les Balkans au milieu des années 1990 le film plonge le spectateur dans l'enfer sourd d'un squat occupé par des trafiquants exploitant des jeunes filles pour leur corps. Anxiogène et brute de décoffrage, outre son ambiance incroyablement bien maitrisée vaut également pour son héroïne sourde et muette interprétée par l'incroyable Rosie Day. 

 

nuits de cauchemar

 

Après une claque pareille rien de tel qu'une bonne nuit de sommeil et une journée de digestion avant de revenir au Gamont Opéra Capucines pour cette 6ème journée du Pifff et d'assister au désastreux The Butterfly Room de Jonathan Zarantonello, enchaînent ridicule de private joke référentielles de cinéphile frustré, articulées autour d'une narration apocalyptique et idiote qui réussit l'impossible, rendre Barbara Steele quelconque ! Mais la soirée ne faisait que commencer et malgré ce tour d'échauffement aberrant, une grosse surprise, Universal Soldier The Day of Reckonning, débarque à grands coups de tatanes pour rattraper le coup. Pur plaisir d'exploitation, couillu et techniquement bluffant, ce quatrième opus de la saga Universal Soldier joue à fond la carte de l'atmosphère anxiogène, à la frontière du fantastique, sublimant pour notre plus grand plaisir chaque séquence d'action en en faisant de spectaculaires moments de jouissance proche de l'expérience vidéo-ludique. Le jour suivant alors que le rythme ne tari pas nous assistons à la projection du premier film a sketch Coréen, The Doomsday Book, qui parvient à surmonter ses longueurs et son manque de structure en livrant trois sketch aussi différent que magnifique. Un pari réussi, bien plus d'ailleurs que le très mauvais Horror Stories qui lui au contraire, malgré un film rouge novateur et une esthétique toujours irréprochable, n'arrive pas à rattraper la médiocrité de ses sketch alternant entre l'ultra-convenu (celui sur les cannibales) et l'invraisemblable (le premier sketch social). D'ailleurs question originalité Modus Anomali de Jokor Anwar lui fait très fort, grâce à l'ambiance cauchemardesque terriblement bien réussie de sa première partie, son énigmatique deuxième partie et son twist final réflexif.

 

monstres en folie

 

Après une semaine de films de toutes sortes et autres joyeusetés, il est maintenant temps d'assister à l'évènement tant attendu par les fans, la nuit Clive Barker. Entrecoupé de témoignages, d'anecdotes et de la présentation toujours aussi sympathique de Cyril Despontin et Fausto Fasulo, cette nuit était avant tout l'occasion de découvrir un des fantasmes cinématographiques qui a fait couler le plus d'encre après le director's cut du 13ème Guerrier, le Cabal Cut du Nightbreed de Clive Barker. Rallongée pour l'occasion de quarante-cinq minutes, cette version de Cabal encore en work in progress est beaucoup plus fidèle à la nouvelle originale mais aussi et surtout beaucoup plus profonde, donnant toute son ampleur aux personnages et thématiques du film version cinéma charcutée à l'époque par les producteurs pour en faire un film de monstres parmi tant d'autres. Véritable film épique cette fan version de Cabal n'est pas pour autant dénuée de défaut, que ce soit techniquement (les séquences réinsérées n'ont pas encore été restauré) ou encore sur le plan narratif (les séquences sont souvent réinsérées de façon abrupte et manque de cohésion avec le montage original). Pour autant, elle possède un charme fou et donne enfin l'impression d'assister à un film complet et cohérent de bout en bout, issu de l'imaginaire monstrueux de l'auteur/réalisateur. Mais cette mise en bouche plus qu'alléchante n'était que la première partie de cette nuit gore et décadente ou a également pu voir le magnifique master du premier Hellraiser, ainsi que la version Uncut très très violente du second opus qui lorgne dans sa deuxième partie sur la saga Freddy qu'il poursuivra d'ailleurs dans un troisième épisode plus comique que fantastique, sans oublier le sublime film d'horreur urbain Candyman de Bernard Rose. Après une nuit blanche et après dix jours hallucinants de festival dans les dents, il était temps d'assister à la projection du dernier film Silent Hill Revelation 3D précédé de la cérémonie de clôture qui pour l'occasion a pris une dimension cauchemardesque. Entre prix et remerciements on y découvre les courts métrages gagnant mais aussi et surtout l'œuvre bicéphale de Bassett. Une 3D somptueuse, une direction artistique de malade et des idées de mise en scène totalement barrées, le nouveau Silent Hill est en effet d'une ambition visuelle à couper le souffle. Dommage, alors qu'il soit articulé autour d'un script aussi aberrant et de personnages aussi crétins !

 

Voilà le PIFFF saison 2 c'est fini, un grand merci au travail acharné de Cyril Despontin, Fausto Fasulo, de tous les organisateurs et bénévoles du festival. Un grand merci à Nathalie Iund et Blanche Aurore de chez Miam pour leur accueil.

Quentin Boutel




















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