THE THIRD DAY
Royaume-Uni, Etats-Unis - 2020
Image de « The Third Day »
Réalisateur : Felix Barrett, Dennis Kelly
Durée : 360 minutes
Distributeur : OCS
Date de sortie : 15 septembre 2020
Film : note
Jaquette de « The Third Day »
portoflio
site officiel
LE PITCH
Sam est attiré par une île mystérieuse au larges des côtes britanniques, où il rencontre les insulaires désireux de préserver leurs traditions à tout prix.
Partagez sur :
The island of salt and soil

Ce mois de Septembre 2020, était à marquer d'une pierre blanche, il était l'occasion d'une découverte d'un bijou de série sur la plateforme SVOD OCS. Un programme des plus singulier pour qu'on s'y penche : il se compose de 6 épisodes d'une heure chacun (jusqu'ici rien de vraiment inédit pour le format british) sous la forme de deux grands arcs de trois épisodes intitulés Summer avec Jude Law en acteur principal, et Winter avec Naomie Harris.


Quand Sam arrive, vers l'antique Via Romana qui serpente comme un cordon ombilical reliant cette bourgade au reste de l'Essex, le ton est déjà donné: on entre en terre inconnue, de ci de là, des poteaux électriques déglingués, des épaves de bateaux échoués, des arbres tordus par le vent et le crachin local comme premier comité d'accueil. Pas de doute Osea est de ces lieux où le cœur des hommes est aussi dur que le sol qu'ils cultivent. Il est rapidement accueilli dans le pub local, mais il règne cette atmosphère étrange. La ruralité est prédominante, il n'y a quasiment pas de voiture, le téléphone ne fonctionne pas, et, l'électricité est capricieuse. Sam, qui s'était aventuré ici par hasard, se retrouve vite prisonnier de la marée, car la petite route qui mène à Osea n'est accessible qu'à marée basse, et hors de question de rentrer à la nage, car cela relèverait du suicide.
L'intrigue de Sam s'épaissit, il est en grande affaire avec quelqu'un dans le plus grand secret, où il est question de dessous de tables pour obtenir des faveurs auprès d'une commission. Les villageois sont aux petits soins avec Sam, ils lui offrent le gîte et le couvert le temps que la marée descende le lendemain, et il va commencer à flâner et découvrir que les croyances locales ne relèvent pas du protestantisme, mais plutôt d'une variante du druidisme ancestral. Il assiste à plusieurs rites préparatoires à la grand fête de l'Automne, ainsi que ce qu'il semble être des répétitions folkloriques. Cette analogie nous propulse dans le joyau de 1973 : The Wicker Man de Robin Hardy. On, y retrouve ce même choc des cultures, qui coexistent dans un même monde, où l'un se tord de névrose dans la modernité, et l'autre s'épanouit dans une culture oubliée.

Le premier soir est le théâtre de réjouissances au pub, tout le monde boit jusqu'à plus soif, la drogue y circule, normal pour cette ancienne plaque tournante des brassicoles Charrington (de nos jours c'est un centre de désintoxication où a séjourné la regrettée Amy Winehouse). Sam se réveille avec la gueule de bois, et une femme (elle aussi de passage) dans son lit, la panique le gagne. Il n'arrive toujours pas à téléphoner, ni à son contact pour ses affaires, ni à son épouse qui le pense ailleurs. Encore une fois leurré par quelque chose d'étrange sur l'île, il rate de nouveau la marée basse pour partir. Autour de Sam, rien ne va, ceci nous renvoi directement vers les difficultés rencontrées par les villages côtiers britanniques, véritables cités dortoirs hors saisons touristiques.
Puis le paganisme se fait de plus en plus présent, l'église locale est abandonnée depuis longtemps par son clerc, et une érudite lui narre les exploits du Père, grande figure locale, qui bénit le sol et le bétail pour des récoltes fécondes, et dont Sam en est l'héritier direct.

 

Seize the autumn, winter is coming


Organisé dans le plus grand secret, et faisant fi des protocoles liés à la pandémie qui nous occupe en 2020, la production dotera le programme, du moment le plus fou jamais organisé autour d'une série. On sait que les britanniques sont assez enclins à créer des épisodes spéciaux autour de grandes licences fédératrices (Doctor Who étant l'exemple le plus parlant), mais celui-ci prend une dimension épique. L'île d'Osea est « privatisée » par la production. Le site d'OCS met en stream sur les réseaux sociaux, pendant 12 heures, les festivités promises par la série en direct, comme une représentation de spectacle vivant, avec les acteurs de la série, sans vraie rediffusion ultérieure. Moment Unique, on vous dit !
Hypnotique, on suit le calvaire de Sam (Jude Law complètement habité par son personnage), à tirer une épave de barque autour des 1,5 km 2 de surface de l'île. Le crachin dégueulasse, la boue, le froid, rien ne lui est épargné, tel manger dans l'eau de mer, se faire frotter la peau au sel, tenir en équilibre précaire sur un vieux poteau de bois à quelques yards de la plage. Pendant ce temps, la fête qui bat son plein, la vieille 205 GTI tunée, prend position dans le village avec le caisson de basse à fond, c'est une autre réalité des campagnes anglaises où, la rave party est le seul défouloir des jeunes le samedi soir. Puis le retour de Sam, et d'un autre protagoniste plus jeune ayant subi la même épreuve dans le sens opposé. Sam sera loué Père de l'île, comme Dani est sacrée Reine de Mai dans Midsommar d'Ari Aster, quant au jeune homme, il représentera le Fils.

Les trois derniers épisodes qui composent l'arc hivernal sont plus conventionnels, nous sommes plus dans le drame familial, faisant écho au Black Horror New Age et le cinéma de Jordan Peele. Naomie Harris incarne l'épouse de Sam, elle vient sur l'île en quête de réponses, que le village n'est pas prêt à fournir. Elle trouvera quand même un allié de choix qui la guidera dans l'obscurité, qui pose alors d'autres questions : est-ce vrai, est-ce un cauchemar ou un songe ? Cette île est-elle vraiment magique ? Pourquoi ses filles se sentent-elles autant chez elles, ici ? On comprend rapidement, que la série s'inscrit dans la tradition des récits horrifiques, que l'aspect rural lié au fantastique et l'horreur réaliste, sont là pour développer une thématique plus profonde, qui est ici le rapport à la famille. La manière dont notre société trop moderne s'est oubliée en chemin, créant le schisme partout, qu'il soit culturel, familial ou sociétal, c'est la plus grande horreur dépeinte par ce récit poignant, dont on s'est fait violence de vous en garder la majorité de la surprise, tant il est passionnant.

C'est une évidence, cette série dispose de bien des qualités pour être consignée dans nos pages. Elle offre, une nouvelle écriture à la fascination envers les traditions oubliées, paradigme d'un pan de cinéma voué à l'œuvre du grand Ingmar Bergman. Loin de la brume et des abeilles, The Third Day, marche, non pas dans l'ombre mais, dans le faisceau de lumière transperçant les cumulonimbus d'une offre trop disposée à appliquer des recettes sans saveurs, c'est une pincée de sel salvatrice dans la monotonie.

Guillaume Pauchant












Partagez sur :

 

Crédits & mentions légales - Publicité - Nous contacter
Copyright Regard Critique 2009-2020