THE FOREST OF LOVE
愛なき森で叫べ - Japon - 2019
Image de « The Forest of Love »
Genre : Horreur
Réalisateur : Sono Sion
Musique : Kenji Katoh
Durée : 151 minutes
Distributeur : Netflix
Date de sortie : 11 octobre 2019
Film : note
Jaquette de « The Forest of Love »
portoflio
LE PITCH
Murata fait la rencontre de Shin et d'un groupe de cinéastes en herbe déterminés à faire de la relation turbulente entre Murata et Mitsuko le prochain sujet de leur film. Alors que ce petit monde se rapproche durant le tournage, mensonges et vérités s'entremêlent, et les limites de l'humanité sont mises à l'essai, donnant lieu à des actes épouvantables.
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Hate exposure

Il est une certitude sur la plateforme Netflix, elle souffle autant le chaud et le froid dans ses choix éditoriaux. Il réside quelques perles rares, qui méritent d'être vues, The Forest of Love en fait partie. Clap ! Action !

Dans un restaurant, le téléviseur transmet les derniers méfaits d'un tueur en série qui sévit actuellement. Un homme voyant ceci, s'adresse en ces mots au serveur médusé : « je suis scénariste, savez-vous ce que cela fait de tuer un être humain ?.. » Nous allons suivre pendant 151 minutes de ce que Sion Sono fait de mieux, établir un contexte fort, un drame épais et chaud comme le goudron. Il se focalise sur un groupe de lycéennes qui non sans rappeler les émois de Suicide Club, ou l'aspect ecchi de TAG ou Virgin Psychics, d'où il va tirer le fil d'un drame social tiré de faits réels. En effet, ce petit cercle, va voir rompre ses habitudes, et sa prédisposition à l'autodestruction adolescente, par l'apport d'un élément perturbateur, dans le groupe d'ami(e)s.

Comme il l'illustre déjà depuis 1995, le réalisateur, énonce au travers de ce métrage, les vicissitudes de la jeunesse nippone. Tiraillée entre les codes d'une société régie par le patriarcat, mais encore les valeurs du clan et de l'honneur hérités de l'hagakure aussi mort que ses Bushi. Pris entre ce sens du devoir, et la vacuité inhérente au modernisme et l'influence toujours plus forte de l'Occident, c'est le terreau idéal, pour y installer, un agent du chaos, comme sait si bien faire Sion Sono. Il utilise la figure de Murata-San si chère à son cinéma (très proche du Murata de Cold Fish), aussi bien que d'une Mitsuko qui elle aussi ressemble très fortement à l'héroïne de Noriko's Dinner Table, comme vecteurs d'une emprise sur le groupe de lycéennes, qui se diffuse douloureusement comme un chancre.
On y retrouve aussi, tous les ingrédients de ce qui ont forgé le succès de sa trilogie de la haine (composée de Love Exposure, Cold Fish, Guilty of Romance). Il pose ses jalons au fils des scénettes, naviguant entre passé, futur et présent, nouant au grès des chapitres, le nœud coulant autour du cou du spectateur. Le laissant totalement désarmé face à l'horreur absurde, et abjecte du tyran.

 

Profonde incision


La ritournelle du Canon en Ré majeur de Johann Pachelbel, ici, enivre le spectateur de sa douce mélodie, associée aux chants en japonais ajoutés pour les besoins de la trame. Moment de poésie intense et candide qui marquera sans doute vos oreilles dans les débuts magiques du film. Allant jusqu'à recycler certains thèmes musicaux piochés dans sa filmographie, il faut aussi y voir une œuvre somme de son cinéma. Ce film est aussi un récit sous le signe de la mise en abîme comme ce fut le cas dans Antiporno, ou encore Why don't you play in hell ?, dans sa mise en scène sophistiquée.Murata-san, pour avilir ses proies, organise un tournage de film, c'est l'occasion rêvée de donner dans la surenchère et nous rappeler dans quel objet nous nous situons. En brisant ainsi le quatrième mur, Sion SONO, nous intègre pleinement à la trame, et nous rend complices, bien malgré nous de ses méfaits. La tension dramatique monte doucement, puis va crescendo au fur et à mesure que l'on approche de son climax, et c'est quelque chose de très visible à l'image, car la lumière va passer de tons très clairs, tirant vers le bleu, jusqu'à devenir très « sale », dans des tons orangés et sombres. Tel une plaie ouverte, ce conte anarcho- horrifique qui nous est livré purulent de douleur et, explose dans une poésie morbide.

Poussant le vice jusqu'au bout, la plateforme offre depuis début 2020, une version Deep Cut. Le film se transforme au format série avec 7 épisodes cumulant pas moins de 5 heures de programmes. Il en ressort, pas vraiment grand-chose de réellement neuf. Ppeut-être sauvera-t-on le caractère plus néfaste et appuyé de la relation Murata-San et de ses victimes, une scène de repas plus riche en révélations que celle du film, et l'étirement du malaise bien appuyé, qui peut se dégager de la série, comme autant d'innocences brisées. Néanmoins, si l'on la dépouille de ses génériques, le visionnage au final, révèle une légitimité en demi-teinte, n'ayant que pour seul argument de rendre plus «abordable», ce drame social. Et de notre sentiment, c'est encore un pied de nez de Sion Sono, aux formats de l'industrie et autres codes qu'il s'amuse à détourner. En faisant de ceci sa patte, insolente, et trash comme on aime ou déteste son cinéma, car cela reste une œuvre entière et sombre, qui entraine le clivage en rompant définitivement les habitudes de visionnage du public Netflix.

Guillaume Pauchant










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