LES 3 JOURS DU CONDOR
Three days of the Condor - Etats-Unis - 1975
Image de « Les 3 Jours du Condor »
Réalisateur : Sydney Pollack
Musique : Dave Grusin
Durée : 117 minutes
Distributeur : Les Acacias
Date de sortie : 30 septembre 2020
Film : note
Jaquette de « Les 3 Jours du Condor »
portoflio
LE PITCH
Turner est lecteur au sein d’une agence officieusement affiliée à la CIA. Suite à l’exécution sommaire de ses collègues, le détenteur de dossiers secret-défense se retrouve traqué par les services de renseignement, le temps d’une fulgurante course contre-la-montre.
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L'Union sacrée

Fichtre. Les 3 jours du Condor souffle ses quarante-cinq bougies et ressort en salle dans une fabuleuse copie 4K. L'occasion de goûter au charme immuable de l'un des plus percutants thrillers d'espionnage des années soixante-dix. Une œuvre définitive qui fait, aujourd'hui encore, figure de matrice. Ou l'alliance parfaite du glamour de l'âge d'or et de la veine paranoïaque du « Nouvel Hollywood ».

Adaptation du roman Les Six jours du Condor signé James Grady, le long-métrage constitue la quatrième (et fructueuse) collaboration entre Sydney Pollack et Robert Redford. Un tandem de choix qui a donné lieu à une poignée de long-métrages parmi les plus marquants du cinéma américain. Ici, le duo s'intéresse aux ramifications obscures de la CIA, traitée à l'image d'un sheitan tentaculaire et abyssal. Sorte d'état dans l'état régi par les coups de vice et les flingueurs en costume trois-pièces.
Qu'on se le dise, le film est juste somptueux à regarder. Tourné en Panavision dans les rues et ruelles de New York, Les 3 jours du Condor exploite à merveille un décorum ô combien photogénique. Des tours jumelles du World Trade Center aux appartements cossus des rives de Brooklyn en passant par Times Square et les abords de Central Park, la mise-en-scène, fébrile et haletante, capte frénétiquement le pouls de la ville qui ne dort jamais. Et à l'instar d'un Taxi Driver et sa Manhattan, la « Grosse Pomme » constitue un personnage à part entière, transcendée par la musiique bien vintage de Dave Grusin, fidèle collaborateur de Sydney Pollack.

VOlte-face


L'intrigue débute sur un ton ultra décontracté puis brutalement, le spectateur bascule du côté obscur. Mises à mort soigneusement calibrées, redoutables jeux du chat et de la souris entre services d'espionnage et organes de contre-espionnage, messages cryptés, revirements de situation, sentiment d'insécurité qui ne vous lâche pas d'une semelle... Bienvenue chez les barbouzes et les as du faux-semblant. La principale force des 3 Jours du Condor, c'est de jongler entre plusieurs ambiances. L'ambivalence y est permanente. Elle colle au sujet. Un sujet angoissant au possible mais traité avec une suprême élégance. C'est à la fois profond et détaché. Frontal et mélancolique. Elégant et brutal. A chaque plan, on sent une patte. Celle de Sydney Pollack. Immense cinéaste, un peu sous-estimé, qui maniait l'art du « storytelling » et du romanesque comme personne. Totalement invraisemblable, le mec arrive à caler une « love story » au beau milieu de la traque mortelle. Et ça fonctionne à bloc. Du moins, on veut y croire. Pas trop compliqué quand on sait que les deux tourtereaux ne sont autres que Robert Redford et Faye Dunaway.

A ce titre, la qualité du casting participe activement à l'attrait du film. Faye Dunaway donc, en captive peu à peu captivée, Cliff Robertson en maître-chanteur ambigu et insaisissable, Max Von Sydow en effaceur-gentleman, sophistiqué et polyglotte. Et bien évidemment Redford. Juste parfait en type lambda embarqué malgré lui dans la tourmente de l'histoire. Le blondinet le plus célèbre d'Hollywood dégage un charme fou mais sans jamais perdre de sa crédibilité. Qu'il fraie entre les bagnoles au guidon de son solex rutilant, qu'il se planque au fin fond d'une contre-allée, calfeutré dans un cardigan taillé sur mesure ou qu'il se castagne en close combat avec à un facteur factice, Robbie fait le job à plein temps. Il personnifie les enjeux du scénar' et le sous-texte, citoyen et progressiste. Un peu beaucoup à son image en fait. Celle d'un gars impliqué, démocrate éclairé et soucieux des maux qui rongent son pays. Carrément à gauche, le film dénonce pas mal de trucs : les secrets d'état, les connivences entre la presse et le pouvoir, les exactions classées-défense sur fond de course au pétrole. Il baigne dans une atmosphère anxiogène et délétère, fidèle à l'esprit d'un cinéma américain alors marqué à vif par les contrecoups du Watergate et autres scandales dans les hautes sphères.

Entre temps, le thriller de Pollack a fait des émules. On ne compte plus les œuvres qui s'en sont inspirées : Les Hommes du président et A Cause d'un assassinat d'Alan J. Pakula, Jeux de pouvoir de Kevin Macdonald, Mensonges d'état de Ridley Scott, Ennemi d'état ou encore Spy Games, sortes de suites non officielles orchestrées par Tony Scott... Les exemples sont légion et prouvent à quel point Les 3 jours du Condor demeure d'actualité. Surtout en ce moment, veille d'élections américaines absolument décisives quant au bien-être de la planète.

Gabriel Repettati












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