LES NOUVEAUX MUTANTS
The New Mutants - Etats-Unis - 2020
Image de « Les Nouveaux Mutants »
Réalisateur : Josh Boone
Musique : Mark Snow
Durée : 94 minutes
Distributeur : Walt Disney Pictures
Date de sortie : 26 août 2020
Film : note
Jaquette de « Les Nouveaux Mutants »
portoflio
LE PITCH
Après avoir perdu toute sa tribu dans une tempête, la jeune Cheyenne Danielle Moonstar se réveille au sein d’un endroit étrange, où elle est étudiée, avec quatre autres jeunes de son âge, par une femme médecin qui en dit peu sur l’endroit et sa hiérarchie. Seule certitude : ils sont tous des mutants et sont retenus contre leur gré.
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Illy contre les démons

Depuis son premier jour de tournage, il aura fallu pas moins de trois ans pour enfin voir débarquer sur nos écrans la première adaptation du comic book de Chris Claremont et Bob McLeod. Tournage difficile, réécritures successives, montage chaotique, reshoots... Le catalogue complet du development hell y passe. Dans ces conditions, et avec l'ombre plénipotentiaire d'un Disney prêt à tout foutre en l'air en un claquement de doigts (et qui a racheté la Fox, producteur du film, dans la foulée), difficile de pouvoir ne serait-ce qu'espérer un bon film. Miracle ! Les Nouveaux Mutants est finalement une petite série B inespérée, qui faute d'originalité (et de pognon) pioche à tout va dans des références clairement assumées. Dieu que ça fait plaisir !

Cannonball, Karma, Mirage, Sunspot et Wolfsbane. C'est en 1982, dans un graphic novel scénarisé par le grand Chris Claremont, qu'apparaissent pour la première fois Les Nouveaux Mutants. Cinq adolescents mal dans leur peau, d'origines différentes (comme leurs grands frères les X-Men lors de leur revival de 1975) et aux pouvoirs difficilement contrôlables. Un sang neuf mutant qui peine d'abord à convaincre son lectorat jusqu'à un brusque virage (dû à Claremont, encore lui) qui va plonger le titre vers une noirceur encore jamais vue dans une publication de ce genre. Noirceur scénaristique d'abord, avec une histoire de démon-ours qui met l'un des personnages au centre de l'intrigue, mais aussi formelle, avec l'arrivée de Bill Sienkiewicz au dessin. Les planches sont noires de jais, éclaboussées de toutes parts, les visages allongés, inhumains, le lecteur ne sait même plus ce qu'il regarde et où se situe l'action. Dans un résultat qui préfigure les travaux de Dave McKean dans Sandman, le style Sienkiewicz épouse le fond, faisant de The Demon Bear Saga l'un des plus grands arcs narratifs jamais publiés chez Marvel.

 

The demon bear saga


Rien d'étonnant donc, que pour leur adaptation ciné, Josh Boone et Knate Lee ait misé sur cette histoire, très riche en thèmes de toutes sortes. Et non seulement les deux scénaristes ont su en saisir l'énorme potentiel, mais ils ont en plus compris la véritable essence du comic book. On y retrouve donc le malaise de jeunes adultes paumés, enfermés au sens propre mais aussi d'eux mêmes, de pouvoirs qu'ils ne maîtrisent ni ne comprennent et à l'origine de véritables drames. Leurs différentes origines aussi (qu'il faut entendre en vo, au risque de ne pas en saisir toutes les subtilités). De l'équipe des débuts, ils gardent la quasi intégralité (seule la vietnamienne Karma a disparu) à laquelle vient se rajouter le personnage d'Illyana Rasputin (sœur de Colossus) interprétée par la très douée Anya Taylor-Joy (The VVitch, Split...). Un personnage qui va progressivement prendre de l'ampleur tout au long du film jusqu'à exploser littéralement dans son dernier tiers. A travers ce personnage sacrément iconique (lorsqu'elle ouvre des portails dimensionnels vers Les Limbes sont bras droit se pare d'une armure et d'une épée rutilante) et au comportement erratique, impossible de ne pas penser à un des personnages féminins les plus marquants de la TV US : Buffy. Josh Boone multiplie d'ailleurs les clins d'oeil à la série de Joss Whedon, la faisant apparaître plusieurs fois à l'écran, faisant naître un amour lesbien entre deux des membres du groupe (à 60 % féminin, une première!) ou encore en filmant Magik (Illyana) comme une héritière directe de la tueuse de Sunnydale lors de plans clairement empruntés à la série. Et puis, comment ne pas penser, face à ces héros enfermés dans une sorte d'hôpital, à Normal Again, épisode cultissime de la série ? Autant de raisons de plonger tête baissée et yeux grands ouverts dans cette extension officieuse de l'univers de la tueuse de vampires.

 

fuckin' bloody marvel


Ne disposant pas du budget pharaonique d'autres productions Marvel, Boone et son équipe se sont donc tournés vers une référence majeure de la série US et ont parsemé leur film de ce même esprit qui parcourait les 7 saisons de Buffy. En ressort un petit côté artisanal qui fait beaucoup de bien : le dragon Lockheed devient une peluche, les transformations de Wolfsbane (Maisie Williams, la Arya Stark de Game of Thrones) mènent à un simple chien. Une très bonne décision qui place pour une fois les habituelles et encombrantes CGI aux seconds plans, et ce même si elles restent bien présentes (et réussies) autour des deux personnages masculins du film et surtout dans son climax plein de bruits et de fureur. Artisanal aussi ce petit côté horror movie (vanté lors de nombreuses interviews) qui, même s'il ne va pas très loin, offre quelques images sanglantes encore jamais vues chez Marvel (un personnage littéralement lacéré, un visage arraché, la vision cauchemardesque de démons grimaçants). Si la peur n'est jamais vraiment au rendez-vous, la volonté est là et bien là, et jamais atténuée par un humour potache et surtout mal venu. Ouf !
Avec toutes ces qualités inattendues, on en oublierait presque ses défauts. Pourtant, ils se rappellent au spectateur à de nombreuses reprises : concernant le personnage de Danielle Moonstar, déjà, qui ouvre le film telle l'héroïne principale mais, l'actrice qui l'incarne brillant par son incapacité à mettre des émotions sur son drame, l'écriture glisse progressivement vers le personnage d'Illyana, incarné par une Anya Taylor-Joy parfaite à tous points de vue. Salvateur mais sans équivoque bancal. Et puis, à trop vouloir copier leur illustre aînée, le script de Boone et Lee semble parfois se contenter de cocher certaines cases imposées. Le film y perd clairement une part d'identité. Mais rien à faire, au final, la fraîcheur de ces Nouveaux Mutants emporte indéniablement le morceau.

Sorti dans l'indifférence quasi générale, honni tel un rejeton indigne par sa propre maison de production, il y a fort à parier que le film passera peu de temps sur les écrans. En attendant, il aura permis de juger sur pièce de la capacité de son auteur à livrer un produit fini qui, malgré les évènements, n'a rien de honteux. Ce qui fait espérer le meilleur pour son prochain projet : l'adaptation du Fléau, l'un des chefs d'œuvre de Stephen King.

Laurent Valentin












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