TENET
Etats-Unis - 2020
Image de « TENET »
Réalisateur : Christopher Nolan
Musique : Ludwig Göransson
Durée : 150 minutes
Distributeur : Warner Bros.
Date de sortie : 26 août 2020
Film : note
Jaquette de « TENET »
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LE PITCH
A l’issue d’une mission, un espion américain découvre l’existence d’objets venant d’une dimension où le temps est inversé et, à travers eux, les prémices d’une troisième guerre mondiale.
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Nolan au carré

Décidément, 2020 aura été une drôle d'année. Après la crise du coronavirus, le confinement, puis le déconfinement, à l'issu desquels tous les acteurs de l'industrie cinématographique se sont vus englués dans un marasme économique sans précédent, voilà que cette même industrie se tourne vers Christopher Nolan pour espérer amorcer sa lente restructuration. Christopher Nolan ! Celui qui, avec Memento, nous racontait une histoire en commençant par la fin, qui avec Le Prestige nous invitait à une réflexion passionnante sur le pouvoir de la mystification, nous retournait la tête entre rêve et réalité avec Inception, était même comparé à Stanley Kubrick (on va se calmer !) à l'occasion de la sortie d'Interstellar...Alors même qu'il était jugé coupable d'asservir les masses avec des produits de plus en plus formatés, voilà que le seul espoir du cinéma repose donc sur les épaules d'un des réalisateurs les plus intellectuellement tordus de la création ? Quelle ironie !

Mais dans les faits c'est vrai, Tenet, son 11ème film, est bien un blockbuster et déplace, déjà, les foules au cinéma. Enfin ! Reste à savoir si la pilule, pour le commun des mortels témoin de la chose, va être facile à avaler (rappelons qu'une place de cinéma représente l'équivalent d'un mois d'abonnement Netflix). Car, cette fois, Nolan va encore plus loin, poussant le curseur jusqu'à son paroxysme, quitte à provoquer la rupture, l'anévrisme cinématographique. Pur génie ? Imposture ? Ou tout simplement jusqu'auboutisme artistique ?
C'est un fait, Tenet s'ouvre sur une scène très spectaculaire. L'assaut d'un opéra par un commando des forces spéciales pour sauver, in extremis, une personnalité menacée d'assassinat. En quelques minutes seulement la caméra, nerveuse, manipulée au plus proche de l'action, permet une immersion totale. Et bien que la scène évoque les missions de l'agent 007, d'Ethan Hunt ou d'un certain Bourne, la réalisation est assez originale pour coller le spectateur à son siège et posséder sa propre identité. Jusqu'à ce qu'une balle, logée dans l'impact d'un élément du décor, le quitte et rejoigne l'arme qui l'a tirée. Le point de retour est franchi. Et dès lors le film ne cessera d'accompagner son personnage principal (tout simplement nommé, Le Protagoniste) incarné par John David Washington (fils de Denzel), dans un dédale de plus en plus flou et obscur d'une histoire de dimension inversée et d'oligarque russe (Kenneth Branagh, écumant de haine) voulant détruire le monde.
Pour comprendre (un peu) d'où lui est venu l'idée d'un tel scénario (qu'il signe une nouvelle fois seul comme plusieurs de ses précédents films), il faut évidemment, comme nous y a habitué le bonhomme, se documenter un peu. Le mot Tenet (principe, précepte, en Anglais), se retrouve en fait sur un carré magique, appelé Carré Sator, qu'on retrouve à différents endroits du globe et qui remonterait, pour les plus anciens, à l'an 79. Le principe du carré magique étant d'être composé de plusieurs mots qui donnent la même lecture de gauche à droite ou de droite à gauche et au centre duquel on retrouve le fameux mot « tenet », un palindrome qui du coup se lit de la même façon dans tous les sens. A noter que le mot « sator » renvoie lui directement au nom du personnage de Branagh et qu'on y retrouve aussi le mot « opera », qui renvoie lui à la scène d'intro du film. Voilà pour la parenthèse scientifico-mythologique à la Dan Brown qui, bien évidemment, ne fait pas un film. Et c'est peu de le dire.

 

Nolan Alone


Dès sa bande annonce on le craignait, jamais la projection ne démentira l'impression : les fondations de Tenet sont solidement ancrées à Inception, l'autre thriller labyrinthique du réalisateur anglais. Le scénario reprend ainsi plusieurs de ses éléments, de l'enjeu se jouant entre deux mondes, à celui touchant une mère et son enfant (qui rappelle ceux de Cobb). Oui mais voilà, là où l'histoire coincée entre rêve et réalité proposait des scènes spectaculaires, qui persistent encore aujourd'hui dans nos rétines, Tenet ne propose lui pratiquement rien à se mettre sous la dent. D'autant qu'esthétiquement le film est dominé par une photo sombre et glacée au dessus de laquelle résonnent en permanence les partitions inutilement tonitruantes d'un Ludwig Göransson totalement égaré sur le chemin menant aux thèmes inoubliables de Zimmer. Formellement pénible donc, aussi bien pour l'oeil que l'oreille.
Et que dire des personnages ? John David Washington fait ce qu'il peut mais jamais son personnage, à peine esquissé, ne suscite l'empathie. Il traverse les deux heures trente du film comme un fantôme désincarné. Kenneth Branagh prêtant lui son visage à un méchant bien trop caricatural pour être tout à fait crédible. Il n'y a donc que du côté d'Elizabeth Debicki (déjà formidable dans Les Veuves de Steve McQueen) et surtout Robert Pattinson, qui bouffe littéralement l'écran, que vient enfin l'infime espoir. Qui s'envole bien vite face au scénario compliqué, nébuleux, voire incompréhensible. Pas aidé par la narration de Nolan, qui ne fait aucun effort pour mettre son nouveau high concept à portée de cerveau du spectateur lambda. Comme une sorte d'anti Cameron, le gars suit sa trame de manière presque autistique, comme un capitaine menant son navire contre vents et marées et en se foutant éperdument de savoir s'il y a encore quelqu'un d'autre que lui à bord. Mais là où le bât blesse vraiment, c'est quand il évoque le paradoxe temporel, maintes fois mis en scène sur grand écran, et qui dans cette grosse mélasse métaphysico-incompréhensible, se paie le culot d'être totalement prévisible (notamment lors d'une scène de combat à mains nues entre Le Protagoniste et un mystérieux individu masqué).

Moche, boursouflé, prétentieux, incompréhensible. Voilà donc les principaux adjectifs qui restent (longtemps) en tête après la découverte de Tenet. Au vu de sa complexité, et du nombre de théories qui commencent déjà à fleurir sur le Net, il serait malgré tout malhonnête de nier que le film ne mérite pas un second visionnage. Et d'écarter toute réhabilitation. Pour l'heure, c'est un sentiment très partagé qui prédomine.

Laurent Valentin












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