YUKI, LE SECRET DE LA MONTAGNE MAGIQUE
ゆき- Yuki - Japon - 1981
Image de « Yuki, Le Secret de la montagne magique »
Réalisateur : Tadashi Imai
Durée : 89 minutes
Distributeur : KL Films
Date de sortie : 9 septembre 2020
Film : note
Jaquette de « Yuki, Le Secret de la montagne magique »
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LE PITCH
Petite fille de noble ascendance, Yuki vit au Ciel avec ses grands-parents, qui veillent sur la Terre. L’année de ses 13 ans, elle est envoyée chez les humains pour faire revenir la paix. Elle aura un an pour mener sa mission. Confrontée aux tourments des habitants d’un village du Japon féodal, elle découvre que le Démon de la montagne est la cause de tous leurs maux. Elle part à sa recherche pour libérer les villageois…
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Un cinéaste retrouvé

Ça n'en a peut-être pas l'air mais la sortie en copie restauré de Yuki, le secret de la montagne magique est un événement. Pépite du cinéma d'animation japonais pour enfants, ce film était pourtant jusqu'alors quasi-invisible en France où il n'avait bénéficié que d'une confidentielle édition VHS dans les années 80. Cette sortie en salle est également l'occasion de parler de son réalisateur Tadashi Imai, personnalité majeure du cinéma japonais, mais dont les années ont effacé la trace.

Car si aujourd'hui son nom n'évoque rien même aux plus férus des cinéphiles - seul trois sur quarante-neuf de ses films ont été édités en DVD, aucun en zone 2 - Tadashi Imai fut un cinéaste d'une importance considérable. Au Festival de Berlin, il fut couronné de l'Ours d'argent du meilleur réalisateur en 1958 (pour Un Amour pur) et de l'Ours d'or du meilleur film en 1963 (pour Contes cruels du Bushido). Au Japon, il reçut entre 1951 et 1960 cinq Blue Ribon Awards (équivalent de nos César) du meilleur film et quatre du meilleur réalisateur. Un record !
Alors pourquoi un tel oubli ? Les raisons sont multiples et probablement complexes. Mais on peut émettre l'hypothèse que son engagement politique à gauche et la fibre sociale de ses films ont fait de lui un réalisateur considéré comme trop militant. Et peut-être pas assez formaliste pour être célébré par un public cinéphile hors de ses frontières et des festivals. De plus, son départ de la Toho à la fin des années 40 (pour raisons politiques) l'a amené à travailler avec des compagnies indépendantes qui n'avaient pas le rayonnement des grands studios, ce qui a pu nuire à l'exportation d'une œuvre d'une grande diversité. Un parcours riche donc, qui l'a conduit en 1981, au crépuscule de sa carrière, à se lancer dans un pari audacieux : la réalisation de son unique film d'animation.

 

L'Aube Rouge


Produit par Mushi Production, le studio fondé par Osamu Tezuka à l'origine de la mythique trilogie Animerama (Les Mille et une nuits, Cleopatre, Belladonna), le film conte l'histoire de Yuki, jeune fille de 13 ans envoyée par ses grands-parents, des dieux vivant au Ciel, dans un village du Japon féodal. Chargée d'y ramener la paix en moins d'un an, elle va vite intégrer une bande de mendiants et se confronter à des Samouraïs à la solde d'un propriétaire terrien exploitant les paysans. Imai a été militant au Parti Communiste japonais, et ça se sent. Le film est éminemment politique dans son propos (le synopsis parle pour lui-même), mais aussi dans la manière dont est menée la narration. C'est ainsi que le personnage de Yuki, pourtant référent du spectateur et moteur de la fable, est parfois étrangement absent. Une façon pour Imai de mieux caractériser - souvent avec tendresse - les nombreux personnages et mettre ainsi en valeur la notion de solidarité. Et par la même de questionner la sempiternelle figure du héros solitaire et individualiste, chère au cinéma classique. L'histoire est le plus souvent filmée à hauteur d'enfants, cible évidente de ce superbe récit d'une émancipation collective. Mais aussi parfois, comme lors de la magnifique et expressionniste scène de bataille contre les samouraïs, à hauteur des nuages. Comme si les grands-parents de Yuki, dieux bienveillants, observaient avec stupeur la folie sanglante des hommes.

En ces temps de bérézina totale pour les salles de cinéma, Yuki, le secret de la montagne magique sort dans un tout petit cercle de salles. C'est pourtant un film précieux qu'il est important de soutenir, à la fois pour découvrir le cinéaste qu'était Tadashi Imai, mais aussi pour proposer aux plus jeunes (à partir de 5-6 ans) un récit engagé et brillamment mené, comme ils ont peu l'occasion d'en voir sur grand écran.

François Willig






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