THE VIGIL
Etats-Unis - 2019
Image de « The Vigil »
Genre : Horreur
Réalisateur : Keith Thomas
Musique : Michael Yezerski
Durée : 86 minutes
Distributeur : Wild Bunch
Date de sortie : 29 juillet 2020
Film : note
Jaquette de « The Vigil »
portoflio
LE PITCH
New York, dans le quartier de Brooklyn. Séparé de la communauté juive orthodoxe à la suite d'un traumatisme, Yakov a du mal à s'adapter à sa nouvelle vie et à joindre les deux bouts. Contre une somme d'argent, Il accepte la proposition d'un rabbin de faire le « shomer », c'est à dire de veiller le corps d'un défunt une nuit entière et jusqu'à l'aube…
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J-Horror

S'il est un aspect de la culture juive que le cinéma a peu abordé, c'est bien son folklore, ses mythes et ses démons. Avouons que, face aux horreurs bien réelles et souvent au-delà du concevable de la Shoah, les esprits et autres créatures imaginaires semblent faire pâle figure. Pour son premier long-métrage, Keith Thomas tente de faire le lien entre superstitions d'un autre temps et traumatismes contemporains. Maladresses de débutant mises à part, il en ressort une métaphore passionnante sur le judaïsme, ses souffrances et ses contradictions.

C'est un vieux rêve qui se réalise enfin. Ayant mis ses envies de cinéma (de genre) entre parenthèses pour mener une carrière dans la recherche scientifique, Keith Thomas est donc revenu à ses premiers amours, d'abord par l'écriture, se faisant un nom avec plusieurs romans (The Clarity, Uyanis, Dahlia Black) où le rationalisme et le fantastique s'affrontent. Puis il saute le pas avec Arkane, court-métrage artisanal pensé comme une carte de visite et qui le mène donc au film qui nous intéresse aujourd'hui, The Vigil. Un premier coup d'éclat à quarante ans passés et qui a séduit le nouveau pape de l'horreur low cost et mainstream, Jason Blum (qui le distribue via sa compagnie Blumhouse), ainsi que Stephen King qui lui a donné sa bénédiction pour son prochain film, une nouvelle adaptation de Charlie.
Tempérons un peu les ardeurs. Si le succès de The Vigil reste amplement mérité, cette petite série B en huis clos cumule malheureusement quelques unes des tares les plus récurrentes des productions Blumhouse. À commencer par une série de jumpscares prévisibles et paresseux, les mêmes que l'on ingurgite encore et encore depuis les grands succès de l'horreur nipponne du début des années 2000. Des effets soulignés par un sound design bruyant et agrémenté de sonorités électro 80's décidément dans l'air du temps. Ajoutez à cela une photo très froide et numérique, cache misère un peu dégueulasse du cinéma fantastique moderne et vous serez bien à la peine de différencier The Vigil d'un Sinister, d'un Insidious ou même d'un Paranormal Activity.

 

Une nuit en enfer


On l'aura bien compris, si l'usage d'effets spéciaux traditionnels est un vrai plus, Keith Thomas, par obligation ou par facilité, cède trop ouvertement aux modes actuels, allant jusqu'à gâcher un peu la révélation de sa créature par un abus de shaky-cam et de lens-flare. Des défauts parfaitement identifiables que l'écriture, la mise en scène et la direction d'acteurs parviennent à faire oublier presque entièrement, la maturité du fond ayant ici plus de valeur que les errements de la forme.
Comme il l'a expliqué en interviews, Thomas, également scénariste, à hésité à inclure le traumatisme de la Shoah dans son histoire avant de comprendre que cette cicatrice béante qui, 75 ans plus tard, ne cesse de mettre la communauté juive à l'épreuve, lui permettait de tisser un lien avec un antisémitisme très actuel et toujours vivace. La même douleur relie donc le défunt, Ruben Litvak, forcé d'abattre une femme (la sienne ? sa sœur ?) par un officier nazi, et le shomer chargé de veiller sur sa dépouille, le jeune Yakov. Des proies alléchantes pour le Mazik, un démon dont le visage est littéralement tourné vers le passé et qui se nourrit de la tristesse et de la souffrance. Tel un parasite, il force ses victimes à ne jamais quitter leur domicile, à ne jamais faire leur deuil. Par le biais de ce monstre, Keith Thomas met en lumière la dynamique paradoxale du judaïsme (mais pas que) où le progressisme affronte l'orthodoxie et où le devoir de mémoire freine la nécessité d'aller de l'avant.

Cette belle idée qui donne à The Vigil toute son importance est portée par un script concis et solidement charpenté (les enjeux sont posés avec une fluidité remarquable) mais aussi par un casting qui ne démérite pas. Face à la fragilité de Dave Davis, très juste dans sa description d'une détresse existentielle que l'on a tous connu un jour où l'autre, se tient la saisissante Lynn Cohen, veuve ambiguë dont la démence provoque tantôt le malaise, tantôt la compassion. Sa présence rompt avec la solitude annoncée du personnage principal et offre au film ses meilleurs moments.

Alan Wilson














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