MIDNIGHT RUNNER
Der Laufer - Suisse - 2018
Image de « Midnight Runner »
Genre : Thriller, Drame
Réalisateur : Hannes Baumgartner
Musique : Aucun
Durée : 91 minutes
Distributeur : Tamasa
Date de sortie : 24 juin 2020
Film : note
Jaquette de « Midnight Runner »
portoflio
LE PITCH
Jonas Widmer est l’un des meilleurs coureurs de fond en Suisse. Sa grande ambition est de courir le marathon aux Jeux Olympiques. En parallèle, il est cuisinier et s’apprête à emménager avec sa petite amie, Simone. Mais cette vie bien normée, Jonas la conduit méticuleusement et au prix d’efforts surhumains pour ne pas céder aux pulsions meurtrières qui l’envahissent. Incapable d’exprimer sa souffrance émotionnelle, la vie de Jonas se transforme progressivement en un parcours d...
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A bout de souffle

Pour son premier long-métrage le réalisateur Suisse Hannes Baumgartner, ne choisit pas la facilité et adapte un fait divers meurtrier ayant réellement eu lieu dans son pays. Mais ce qui a attiré l'attention du réalisateur n'est pas le meurtre en lui-même mais la personnalité atypique de l'assassin.

Au début des années 2000, en Suisse, l'histoire de Mischa Ebner avait fait les gros titres. Jeune homme sans histoire, il s'était avéré être l'auteur d'un meurtre et d'une tentative de meurtre effectuée au cours d'une même nuit et coupable de plusieurs dizaines d'agressions, uniquement sur des femmes, au cours de l'année précédente. Sportif récompensé et cuisinier de profession, Mischa était un enfant ayant subi, avec son frère, plusieurs sévices avant d'être tous les deux adoptés (il ne marcha qu'à l'âge de 4 ans et son frère ne parla pas avant ses 6 ans). On peut comprendre l'attention que peut porter un cinéaste à cette histoire, les multiples facettes de cet homme sont autant de pistes passionnantes à mettre en exergue de ses crimes et à illustrer à l'image. Hélas en adoptant le point de vue de son tueur pour traiter tous ces éléments tout en restant en retrait pour ne pas à avoir à expliquer ses actes, le réalisateur rate l'essentiel, l'implication du spectateur.

Pour le film, l'histoire se déroule sur une année, entre 2015 et 2016. Les noms des protagonistes ont été changées mais les caractéristiques de Mischa ont été gardées et transposées à Jonas Widmer, le personnage principal. On va donc suivre Jonas entre deux compétitions de « Waffenlauf » (une discipline sportive consistant à courir en transportant un fusil sur son dos), ses entrainements, son travail de cuisinier dans un restaurant et sa vie de couple avec sa petite amie. Des activités en temps normal très prenantes mais qui, pour Jonas, hanté par le suicide de son frère un an auparavant, vont devenir des carcans où le jeune homme, pourtant parfaitement intégré dans la société, mais incapable d'exprimer son mal-être va se renfermer de plus en plus et devenir une bombe à retardement.

 

Midnight Killer


Hannes Baumgartner décide donc de se focaliser uniquement sur le point de vue de Jonas et le bon point du scénario est d'exposer chaque élément qui pourrait être les points d'origine de la frustration de Jonas et de les désamorcer très vite. Jonas est un jeune homme apprécié dans son travail, aimé par sa petite amie et sa mère adoptive et il était déjà en proie à des crises de violence avant le suicide de son frère. La cause la plus probable étant alors les sévices qu'il a enduré enfant mais là encore, son frère les a vécu également et celui-ci retourna sa violence contre lui-même plutôt que vers les autres. Le scénario du film a donc la bonne idée (surtout dans le cas d'une histoire vraie) de multiplier les pistes de réflexion sur ce qui peut faire basculer un homme dans le meurtre plutôt que d'en donner une réponse claire. Ce que ne fait pas malheureusement pas la mise en scène.
Caméra épaule, pas de musique, la réalisation adopte un ton naturaliste qui peut sembler approprié à la retranscription d'un fait divers mais qui dans le cas de Midnight Runner reste aussi trop monotone ce qui fait que les pistes de réflexions que le scénario propose, finissent toutes par être écrasées et toutes les scènes finissent par se ressembler, il n'y a jamais vraiment de tension même lors des scènes d'agression. En résulte un effet d'apathie sur la longueur, où l'on se retrouve dans le point de vue d'une personne mais sans jamais savoir ce qu'il y a dans sa tête. Il n'y a qu'à de trop rares moments où le film laisse passer de l'humanité, à travers des regards ou des scènes de cauchemars, et que l'on peut se projeter, comprendre ce que le personnage endure mais la plupart du temps Jonas restera fermé à tout le monde, nous compris.

Le sujet était peut être trop imposant pour un premier film, on sent que Hannes Baumgartner était passionné par cette histoire mais en ne voulant pas aller en profondeur dans la psyché de son personnage il passe à côté de son sujet. Il en reste quand même une histoire intéressante et des acteurs tous très bons, Max Hubacher en tête, que l'on sent constamment sur le point d'exploser. On assiste donc à cette course meurtrière sans déplaisir mais on la finit sans souvenir mémorable.

Benoit Llamazares








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