JUDO
Throw down / Yau doh lung fu bong - Chine - 2004
Image de « Judo »
Genre : Thriller, Drame
Réalisateur : Johnnie To
Musique : Peter Kam
Durée : 95 minutes
Distributeur : Carlotta
Date de sortie : 8 mai 2020
Film : note
Jaquette de « Judo »
portoflio
LE PITCH
Autrefois champion mythique de judo, Sze-To a depuis longtemps abandonné le monde du sport de manière inexplicable. Criblé de dettes, il s’est désormais bâti une triste réputation d’alcoolique sans aucun avenir. Les seuls à croire encore en lui sont Tony, passionné de judo et bien décidé à affronter l’ex-champion et Mona, apprentie chanteuse qui rêve de percer… Sze-To retrouve alors l’envie de se battre. Mais c’est en donnant un nouveau sens à sa vie qu’il acceptera, e...
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Fais moi mal, Johnnie

Les programmations cinés ou VOD sont parfois pleines de mystères. Le choix du jour s'arrête sur Judo (aka Throw Down) qui sort aujourd'hui en copie HD sous pavillon Carlotta pour une durée limitée. Petit film d'un grand cinéaste, il date de cette époque bénie où les cinéphiles d'Occident se rassasiaient jusqu'à plus soif de découverte souvent hors-norme d'Extrême-Orient.

Période incroyable pour nos mirettes ravies qui se faisaient bombarder par le cinéma hard-boiled de Hong-Kong avec un trio magique ayant pour chefs de file John Woo, Tsui Hark et Johnnie To. Si les deux premiers ont tenté l'aventure hollywoodienne avec des succès divers, le troisième préférera s'enraciner dans son Hong-Kong natal pour mieux en explorer ses différentes facettes. Si ses polars n'ont aucune difficulté à s'exporter, elles ne représentent que la partie immergée de la filmographie de ces icônes pré-citées. Le public chinois est particulièrement friand de bonnes grosses comédies qui ne dépassent que rarement leurs frontières. Aux cinéastes d'alterner les projets. En cela, Johnnie To est celui qui a le plus souvent alterné les genres sans jamais vraiment renier son style urbain. Judo qu'il réalise en 2004 pourrait représenter le trait d'union entre ses thèmes. Pas vraiment une comédie telle qu'on pourrait l'imaginer ni vraiment un polar tel qu'on le voudrait, ce film prend pied directement dans les fantasmes de son metteur en scène.

 

la caméra comme un stylo


Ultra référencé, le style de Johnnie To n'en finit pas de digérer ses maîtres. Si Leone en est le plus flagrant dans sa gestion de l'espace et de son sens du cadrage (jetez un coup d'œil si ce n'est déjà fait sur son Exilé, chef d'œuvre graphique et jouissif !), Judo revendique Kurosawa à qui le film est dédié et plus particulièrement à sa Légende du grand Judo, premier film du maître japonais. L'histoire est prétexte pour nous raconter le parcours de trois jeunes paumés. Ceux-ci découvrent malgré eux qu'il y a bien plus de facilité à s'en sortir en s'unissant qu'en faisant cavalier seul. Sujet dont Kurosawa en aimait explorer tout l'humanisme avec le talent qu'on lui connait. Une pointe de comédie, un zeste de romantisme effleuré, une touche de combat filmé à grand renfort de ralentis, To moins passionné qu'à l'accoutumé s'amuse à chorégraphier les corps en mouvement comme autant d'objets fantasmatiques. Un exercice de style pas vain qui se justifie par son sujet. Attendant la scène finale librement inspirée de cele de Kurosawa, il ne se renie pas pour autant. Cinéaste plus visuel que verbal, il continue l'exploration de son métier par ses tiques qui en font sa marque de fabrique. Filmer l'action par l'immobilisme de ses acteurs et par un sens du montage savant, dynamiter ses décors par son sens du cadrage. La touch-To fait toujours merveille.

Judo se présentera comme une parenthèse dans la carrière d'un cinéaste qui aime se faire plaisir tout en revendiquant son amour pour le cinéma du grand Akira. Le tout dernier plan de son film est évocateur. Un soleil rouge en toile de fond, un carton hommage lui dédie son film. Une façon pour lui de payer sa dette au metteur en scène et au cinéma en provenance du pays du soleil levant.

Cédric Lemaire






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