LE TROU NOIR
The Black Hole - Etats-Unis - 1979
Image de « Le Trou Noir »
Genre : Science-fiction
Réalisateur : Gary Nelson
Musique : John Barry
Durée : 96 minutes
Distributeur : Disney +
Date de sortie : 4 avril 2020
Film : note
Jaquette de « Le Trou Noir »
portoflio
LE PITCH
En mission de repérage aux confins de la galaxie, l'équipage de l'USS Palomino fait la découverte d'un trou noir. Bientôt aspirés par la puissante gravité de ce phénomène stellaire, ils trouvent refuge dans un vaisseau que l'on croyait disparu quelques années plus tôt, le Cygnus, commandé par un étrange savant, le Dr Hans Reinhardt…
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Au bord du précipice

Entre son échec au cinéma, une parution en DVD minimaliste et un Blu-ray américain exclusif aux membres du Disney Movie Club (et guère mieux achalandé en termes de bonus), Le Trou Noir refait surface dans le catalogue Disney +. L'opportunité de redécouvrir dans des conditions optimales un classique grandement sous-estimé.

C'est au début des années 70, sous le titre de Space Station 1, que Le Trou Noir prend forme au sein des studios Disney, alors en pleine crise identitaire. Influencé par les succès de La Tour Infernale et de L'Aventure du Poseïdon, le projet est d'abord conçu comme un film catastrophe mâtiné de science-fiction. Le développement s'éternise et le scénario subit de nombreuses réécritures. Pendant que le designer et peintre britannique William « Peter » Hellenshaw multiplie les concepts artistiques (son fils, Harrison, génie des miniatures bientôt à l'œuvre sur Star Wars, viendra d'ailleurs le rejoindre), la production envisage John Hough à la mise en scène suite au succès - modéré - d'Escape To Witch Mountain. Mais le carton d'un certain George Lucas vient rebattre les cartes. Plus d'espace, plus de robots, moins de catastrophe, crient les producteurs exécutifs.
Le Trou Noir voit finalement le jour en 1979 avec Gary Nelson à la barre. Les critiques sont loin d'être élogieuse et le box-office est timide, voire décevant. Accompagné d'une novélisation d'Alan Dean Foster, d'une bande-dessinée confiée aux bons soins de Jack Kirby (sans compter l'adaptation parallèle, inachevée et donc ultra-collector de Whitman Comics), le film ne sombre pourtant pas dans l'oubli et développe un culte discret mais durable. Et le fait est que son influence, conséquence directe d'un climax hallucinatoire, mystique, métaphysique et ouvert à de nombreuses interprétations (mais ce n'est pas là sa seule qualité), n'a pas manqué de se faire ressentir au fil des ans.

 

Interstellaire


Sorti deux semaines après le premier long-métrage Star Trek, Le Trou Noir partage de nombreux points communs avec le film de Robert Wise produit par la Paramount. Déjouant les attentes d'un public avides d'aventures spatiales sur le modèle du Star Wars de tonton Lucas, Gary Nelson et Robert Wise préfèrent suivre le chemin d'une science-fiction ambitieuse, non manichéenne et dont les sources d'inspiration sont plus scientifiques et littéraires que populaires et mythologiques. Qu'il s'agisse de V'Ger ou d'un trou noir, la « menace » n'a ici rien d'un ennemi clairement identifié. Autre surprise pour le spectateur, les deux films s'offrent une longue scène contemplative autour de leur vaisseau « star », le Cygnus, sorte de cathédrale spatiale menaçante, chez Nelson, et l'Enterprise remis à neuf chez Wise. L'occasion pour Jerry Goldsmith et John Barry de se laisser aller à des compositions majestueuses.
Justement, John Barry, parlons-en. Lorsqu'il signe pour Le Trou Noir, le compositeur a déjà abordé le grand vide de l'espace, laissant son empreinte classieuse dans le monde de la science-fiction. Pour le Starcrash de ce pirate de Luigi Cozzi, bien évidemment (un rip off de ... Star Wars!), mais aussi - et surtout - à travers la franchise James Bond et lors des excursions spatiales d'On ne vit que deux fois et Moonraker. Les ressemblances entre le Hugo Drax joué par Michael Lonsdale dans Moonraker (sorti - ô surprise ! - la même année) et le savant fou Hans Reinhardt auquel Maximilan Schell prête ses traits sont d'ailleurs frappantes et le style reconnaissable entre mille de John Barry ne fait que renforcer, quoi qu'on en dise, la comparaison.

 

ex Inferis


Il faut attendre 1997 pour que Le Trou Noir laisse à nouveau des traces dans le cinéma de science-fiction. Réalisé par le très inégal (pour rester poli) Paul W.S. Anderson, Event Horizon ne se contente pas de piller pêle-mêle Clive Barker, Shining, La Maison du Diable ou encore la franchise Alien. Qu'un trou noir soit à la fois la cause d'une catastrophe spatiale, de la disparition d'un vaisseau puis de sa soudaine réapparition, d'une série de visions infernales et de la folie mégalomaniaque et mystique d'un homme de science sonne comme un aveu. Le scénariste Philip Eisner et Anderson ont vu et digéré le film de Gary Nelson et lui rendent copieusement hommage.
Quant à Christopher Nolan, il caviarde son très respectable Interstellar de renvois discrets au vilain petit canard de Disney et pas seulement parce qu'il aborde le phénomène des trous noirs. Le cynisme de son robot TARS en fait un digne descendant (voire un croisement) de VINCENT, BOB et du mutique mais terrifiant Maximilian, le personnage campé successivement par Jessica Chastain et Ellen Burstyn emprunte manifestement à celui campé par Yvette Mimieux (tragédie paternelle incluse) et l'intrigue s'offre un scientifique rendu fou par l'isolement et sa mission et un vaisseau qui se disloque violemment suite à une erreur de pilotage.

Classé PG (le tout public américain) mais regorgeant de visions inquiétantes et de purs moments d'horreur allant de la mort violente du personnage d'Anthony Perkins aux cadavres de l'équipage du Cygnus transformés en esclaves zombifiés vêtus de longues robes noires, usant d'un humour discret et faisant preuve d'une empathie sidérante à l'égard de ses personnages robotisés, Le Trou Noir est encore aujourd'hui un drôle d'objet à la mise en scène parfois monotone mais dont les ultimes moments tutoient les Enfers et qui n'en finit pas d'interroger par sa misanthropie sous-jacente.

Alan Wilson










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