THE OUTSIDER SAISON 1
Etats-Unis - 2020
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LE PITCH
Le corps atrocement mutilé d’un jeune garçon est retrouvé dans les bois, aux abords d’une petite ville de l’Oklahoma. Terry Maitland, prof et entraîneur de baseball, est rapidement suspecté et arrêté. Souci : deux vidéo le montrent à deux endroits différents le jour du meurtre.
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On aurait pu croire qu'après le clap de fin de Game of Thrones, la chaîne payante américaine HBO connaîtrait une perte de vitesse, un creux de vague presque légitime. D'autant qu'elle a été longtemps seule, presque unique (si on omet quelques exceptions du type AMC) à pousser tous les curseurs de la série télévisée à leur maximum. Mais aujourd'hui l'offre a changé, les plateformes vod poussent comme des champignons ; Netflix, Amazon, Disney + depuis peu... l'offre n'en finit pas de s'étoffer et de proposer des titres de plus en plus nombreux et différentiels. Pourtant, durant cette seule saison 2020, HBO aura prouvé qu'elle dominait encore tous ses concurrents d'une bonne tête. Grâce au Watchmen de Damon Lindelof mais aussi à The Outsider, une adaptation d'un roman de Stephen King qui, comme son nom l'indique, ne se faisait pas attendre. Le choc n'en est que plus grand.

Edité en 2018 (et sorti chez nous en 2019), The Outsider contient tout l'ADN de l'auteur du Maine. Une petite ville américaine plutôt rurale, au tissu social plutôt fragile, qui dispose d'une communauté d'habitants simples et de bonne volonté, prêts à se serrer les coudes en cas de coup dur. Jusqu'au drame, le meurtre atroce d'un enfant, mutilé et à moitié dévoré, qui va diviser la population, jeter l'opprobre sur une figure emblématique du lieu (un prof et entraîneur de baseball incarné par le toujours très juste Jason Bateman) et livrer un casse-tête incompréhensible à la police locale. Car c'est là qu'intervient le dernier élément presque inévitable de tout bon roman du King : le fantastique. L'avocat du coupable livrant une vidéo qui prouve que son client se trouvait à plusieurs centaines de kilomètres au moment du drame. Alors même que la police locale dispose elle de plusieurs vidéos et témoignages qui prouvent que le présumé coupable était bien en ville ce jour là. Un don d'ubiquité qui rend fou l'inspecteur Ralph Anderson (Ben Mendelsohn, qui trouve là son meilleur rôle), cartésien convaincu qui va devoir faire face à ses propres croyances personnelles et à la douleur d'un drame familial beaucoup trop récent pour gérer une enquête qui s'avère particulièrement difficile.

 

Le dévoreur de larmes


Un meurtre. Une enquête. Un fait incompréhensible. A ces trois éléments passionnants mais finalement peu originaux va se greffer le savoir-faire de Stephen King. Soit des personnages tous formidablement écrits auxquels va se greffer cette mythologie des Etats-Unis chère à l'auteur. Une sorte de traitement largement repris depuis à la télévision dans des séries comme X-Files auquel Richard Price, scénariste de films et séries policières (parmi lesquels Mélodie pour un Meurtre ou encore la cultissime Sur Ecoute) va rajouter l'ingrédient propre à parfaire l'atmosphère particulièrement délétère sur lequel les caméras successives des différents réalisateurs (dont Bateman lui-même) vont se greffer parfaitement, livrant un résultat final glauque à souhait. Derrière l'enquête se glisse alors, en surimpression, une sorte de liste de traumatismes dont souffre, consciemment ou pas, chaque personnage. La perte inacceptable d'un enfant, les souvenirs douloureux du Vietnam, les peurs primales de l'enfance, celle, irraisonnée, due à telle ou telle éducation religieuse, et même le massacre des Indiens, lésion génétique d'une terre hantée à tout jamais depuis par la haine de l'autre et le rejet pur et simple de sa différence. Autant de thèmes qui divisent mais lient également chaque personnage de cette histoire, jusqu'à les faire converger vers le personnage de Holly Gibney (formidable Cynthia Erivo!), détective au caractère autistique (et déjà présente dans plusieurs œuvres de King), qui va se trouver être la seule à pouvoir mener à bien cette enquête, envers et contre tous, jusqu'à confondre son tueur implacable dont il serait criminel d'en révéler plus ici.

Jamais original en soi, The Outsider s'avère donc pourtant particulièrement efficace. De bout en bout. Assénant avec soin et méticulosité son enquête et ses personnages charismatiques avec cette peur permanente de les voir peut être disparaître d'une seconde à l'autre sous nos yeux. Dix épisodes tendus, sans esbroufe ni artifices, qui ne cèdent à aucune facilité, même dans sa tuerie finale, pourtant sanglante et dévastatrice. Peut être est ce justement pour cette raison que ses thèmes et sa mise en scène suivent le téléspectateur bien après leur visionnage. Vous voilà prévenus.

Laurent Valentin








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