VIVARIUM
Etats-Unis, Irlande, Danemark, Belgique - 2019
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Genre : Horreur
Réalisateur : Lorcan Finnegan
Durée : 98 minutes
Distributeur : The Jokers
Date de sortie : 11 mars 2020
Film : note
Jaquette de « Vivarium »
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site officiel
LE PITCH
À la recherche de sa première maison, un jeune couple effectue une visite en compagnie d'un mystérieux agent immobilier et se retrouve pris au piège dans un étrange lotissement...
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Home sweet home

Normalité de façade, glissement vers l'étrange, solitude des héros, conclusion diabolique : pas d'erreur, Vivarium est un héritier direct de La Quatrième Dimension. Logique quand on sait que son réalisateur, le jeune Lorcan Finnegan, a été formé à l'école Charlie Brooker, créateur de Black Mirror, elle-même descendante de l'œuvre de Rod Serling. Le genre, parfaitement adapté au format court, n'a que rarement réussi à s'imposer en salle. Mais ça, c'était avant...

Le (high) concept proposé par Finnegan est imparable : lassé d'une recherche de maison qui n'en finit plus, un jeune couple, convaincu par un agent immobilier des plus étranges, effectue une visite dans un lotissement flambant neuf. Bientôt abandonnés par l'agent, ils se retrouvent bloqués dans cette maison et ce quartier vide, dont il semble impossible de s'échapper. Ayant perdu la notion du temps (et le spectateur avec eux), Tom et Gemma (Jesse Eisenberg et Imogen Poots), s'accommodent péniblement à leur nouvelle vie, consommant jour après jour les denrées de premières nécessités déposées mystérieusement devant leur « foyer ». Avant qu'un beau matin ne leur soit confié un bébé. Avec une promesse à la clé : s'ils l'éduquent, ils seront libérés... Le pari du réalisateur de faire tenir l'histoire sur une durée de long-métrage fonctionne. Car Finnegan choisit à travers ce conte cruel de traiter un sujet dont il faut ressentir la langueur et la durée : la lente implosion d'un couple pris au piège d'une impitoyable normalisation.

 

l'enfer c'est chez nous


Symboliquement, Tom et Gemma se retrouvent donc piégés pour avoir cédés à ce que la société attend d'eux : l'achat d'une maison et l'éducation d'un enfant. Critique acerbe, Finnegan ajoute à son discours une position féministe maligne en faisant de l'assignation genrée un des moteurs de l'intrigue et de la destruction du couple. C'est ainsi que Gemma va s'accrocher à l'éducation de l'enfant pour garder le peu de raison qu'il lui reste, tandis que Tom, figure d'autorité autoproclamée, va fuir petit à petit l'espace domestique, se consacrant à son « travail », une tâche harassante et insensée (qu'on ne vous révélera évidemment pas). La direction artistique souligne parfaitement le propos. En jouant sur des lumières volontairement innaturelles, le directeur de la photographie MacGregor met en place une forme d'hyperréalisme troublant. Tout nous est familier, et à la fois, tout semble faux. La patine visuelle du film fait également explicitement référence à Magritte (et notamment à sa série l'Empire des lumières), et confirme la volonté de perdre le spectateur en déréglant légèrement la réalité pour glisser vers une atmosphère d'inquiétante étrangeté.

Malheureusement, le film souffre d'un problème d'incarnation. Si le personnage de l'enfant est étrange à souhait, Eisenberg et Poots ne convainquent qu'à moitié. Et empêchent de ce fait de ressentir la tragédie intime qui se joue entre eux. Même problème pour la maison, dont on attend tout le film qu'elle devienne un vrai personnage, une entité vivante. Ça n'arrivera que trop tard, mais dans une séquence d'horreur baroque malgré tout saisissante, permettant à Vivarium de s'affranchir de ses modèles prestigieux pour affirmer son originalité. Et s'imposer comme une série B hautement recommandable.

François Willig






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