1917
Etats-Unis, Royaume-Uni - 2019
Image de « 1917 »
Genre : Guerre
Réalisateur : Sam Mendes
Musique : Thomas Newman
Durée : 119 minutes
Distributeur : Universal
Date de sortie : 15 janvier 2020
Film : note
Jaquette de « 1917 »
portoflio
LE PITCH
06 avril 1917, France. Pour l’armée anglaise, la guerre s’enlise dans les tranchées du Pas-de-Calais. Quelques heures avant une attaque, une photo aérienne prouve à l’État Major qu’un bataillon de 1600 hommes va tomber dans un piège de l’armée allemande. Afin de les prévenir à temps, deux soldats sont envoyés seuls en direction des lignes ennemis.
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L'appel de la mémoire

Malgré sa formidable introduction, 007 Spectre, le dernier film de Sam Mendes, a laissé un sale goût d'amertume aux cinéphiles du monde entier, plombant pour la première fois une filmographie jusque là impeccable. Laissant définitivement de côté James Bond, le réalisateur britannique revient quatre ans plus tard (la pause la plus longue de sa carrière) avec un film de guerre très personnel, qui non seulement contient tous ses thèmes de prédilection mais relève un défi formel qui le replace d'emblée parmi les meilleurs faiseurs en activité.

A l'origine du projet, le livre du propre grand-père de Sam Mendes, The Autobiography of Alfred H. Mendes 1897-1991, caporal dans l'armée anglaise durant la Grande Guerre. Une base qui rappelle à quel point famille et parentalité sont importantes pour le réalisateur britannique, qui n'a cessé de les mettre en scène depuis American Beauty jusqu'à Skyfall. Un thème récurrent puissant et sensible, presque antinomique de l'expérience traumatisante des tranchées mais qui va une nouvelle fois s'immiscer progressivement tout au long du récit pour donner à 1917 la matière primordiale de son drame humain. Ainsi, au départ, si ces deux soldats sont envoyés et choisis pour cette mission quasi suicide en territoire ennemi, c'est surtout parce que le frère de l'un d'entre eux se trouve dans le bataillon menacé par le piège allemand. Une raison simple mais parfaitement compréhensible pour expliquer le peu de résistance des deux compagnons (le second étant le meilleur ami du premier) pour partir aussi facilement vers une mort plus que probable. Pour les incarner, Dean-Charles Chapman (le Tommen de Game of Thrones) et George MacKay (Le Secret des Marrowbone, la série 22.11.63), tous deux parfaits en soldats appelés au devoir par la force des choses et absolument morts de peur. Autour d'eux, un paysage morne et presque monochromatique, dominé par la mort et la putréfaction. Un no man's land qu'il va en plus leur falloir traverser rapidement car le temps joue contre eux, l'attaque du bataillon étant attendu pour le lendemain matin. Là où dans Jarhead, son premier film de guerre, l'attente et l'ennui finissaient par rendre fous les soldats et les retourner les uns contre les autres, dans 1917 l'absolu besoin de fuite en avant va souder à jamais le destin des deux jeunes hommes et obliger Mendes à filmer ses deux heros au plus près, quitte à oublier tout le reste ou presque. L'immersion n'en est que plus efficace et spectaculaire.

 

le coeur et la raison


La promotion du film a largement mis la chose en avant : 1917 est une suite de longs plans séquences. Un choix qui, dès la première image, a pour effet d'obliger le spectateur, presque malgré lui, à épouser les choix de directions et parfois de champs visuels de ses deux personnages principaux. Une torture pour les nerfs, tant la caméra de Mendes prend alors un malin plaisir à faire des bords du cadre les entrées potentiels de dangers invisibles et presque tous fatals. Tantôt en vue subjective, tantôt en compagnonne, la caméra (le spectateur donc) se retrouve réellement au côté des deux soldats et découvre avec eux, parfois trop tard, l'horreur qui s'abat sur eux. Sur ce point, 1917 est une merveille d'immersion et une expérience sensitive comme rarement le cinéma a pu en produire. Les superbes partitions de Thomas Newman rajoutant une part essentielle de tension à l'image lors de passages réellement angoissants (dont la traversée du bunker souterrain). Certains reprocheront alors certainement au film de vouloir, d'une part, rendre hommage aux soldats de la Grande Guerre tout en, d'autre part, donner une version tronquée, artistiquement sublimée, de leur martyr et des horreurs que ces vrais héros de l'époque, tombés par millions loin des caméras et aujourd'hui même des mémoires, ont subis. Argument recevable et qui ouvre un abyme de réflexion. Mais on ne pourra décemment par reprocher à Sam mendes la moindre utilisation du conflit à des fins purement artistiques tant ses volontés humanistes transpirent de chaque pore du film. Une sensibilité, aussi, qui se révèle par touches délicates lors de passages à la beauté subjuguante : la rencontre impromptue avec une jeune mère et son bébé (la famille, encore), des combats de nuit qui se métamorphosent en ombres gigantesques et colorées au dessus des ruines d'un village ou encore cette scène presque onirique où le chant presque angélique d'un soldat marque la (presque) fin du calvaire.

Un peu plus de deux ans après le Dunkerque de Christopher Nolan, déjà novateur (qu'on apprécie ou pas) sur la forme, 1917 pousse donc le curseur un peu plus loin en terme d'expérience inédite pour le genre en y ajoutant cette part d'humanité et cette réalisation proximale qui transforme l'objet en véritable voyage sensitif et mémorial. Un film essentiel, au même titre que Les Sentiers de la Gloire de Kubrick ou encore Il faut sauver le soldat Ryan de Spielberg. Où quand le cinéma livre son maelstrom d'émotions tout en s'inscrivant dans une volonté de perpétuement de la mémoire. Rare, précieux et, espérons le, inaltérable.

Laurent Valentin









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