FREAKS (2018)
Etats-Unis, Canada - 2018
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Genre : Science-fiction
Réalisateur : Zach Lipovsky, Adam Stein
Musique : Tim Wynn
Durée : 106 minutes
Distributeur : The Jokers
Date de sortie : 8 janvier 2020
Film : note
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LE PITCH
Coupée du monde et cloitrée à domicile par son propre père, Chloé, sept ans, découvre qu’elle est dotée de pouvoirs surnaturels. C’est le début d’une quête d’identité, source de menaces et de dangers en tous genres.
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Déjà vu

Présenté hors-compétition lors du dernier festival de Gérardmer et auréolé de plusieurs prix çà et là, Freaks nous parvient aujourd'hui en VOD et direct-to-video. Un gage de méfiance, souvent. Alliage hybride entre le cinéma indépendant et l'univers des super-héros à la X-Men, cette série B manque sa cible malgré une idée de départ plutôt alléchante, un casting stylé et des qualités graphiques évidentes. Pas déplaisante à suivre. Mais terriblement attendue. Aussitôt vue, aussitôt oubliée.

Le long-métrage est née de l'imagination de deux ex-participants d'une émission de téléréalité (On the Lot) consacrée au cinéma et chapeautée par Steven Spielberg. Devenus amis, Zach Lipovsky et Adam Stein ont décidé de bosser à quatre mains et de proposer une œuvre protéiforme qui puise à la fois dans la SF, le thriller et le drame familial. L'ambition du projet est réelle, voire louable. Mais le tandem d'apprentis-réalisateurs pêne à tenir la distance, tant le film semble pétri d'influences et manque cruellement d'originalité. Freaks ne propose absolument rien de neuf. On croirait parfois voir un hommage de fans à tout un pan du cinéma fantastique. Rien que dans le titre déjà, référence à l'un des maîtres étalons du septième art: le Freaks de Tod Browning et son incroyable bestiaire de créatures de foire. Avec en sous-texte, une ode déchirante à la différence et à la marginalité. Les autres citations sont légion. On songe à l'oeuvre de John Carpenter pour la signature formelle, le soin apporté au cadre et une économie de moyens proche de l'épure. On pense aussi à la série des Matrix, via la foultitude de sauts spatio-temporels et cette organisation secret-défense qui menace aux portes de la maison-bunker. Sans parler des protagonistes contraints de se terrer comme des rats sous peine d'être exterminés. On pense enfin aux fructueuses franchises de super-héros, avec le portrait de cette fillette muée par des forces dévastatrices qui ne sont pas sans rappeler celles d'Eleven de la série Stranger Things. À ce titre, la qualité du casting constitue sûrement la seule raison valable de tenir jusqu'au générique de fin. Campée par la prometteuse Lexy Kolker, la toute jeune héroïne en quête d'identité (et accessoirement de sa maman) dégage une vraie présence faite de fragilité et d'obstination mêlées. Dans le rôle du père geôlier, Emile Hirsch (vu entre autres dans Into the wild, Harvey Milk et Killer Joe) fournit une bonne dose de savoir-faire. Son expérience dans le circuit indépendant et auprès de cinéastes de renom distille un professionnalisme certain et le comédien sonne souvent juste en papa poule dépassé par les évènements. Tout comme le «oldtimer» Bruce Dern, figure majeure du «Nouvel Hollywood» habituée des personnages ambigus, qui joue ici un grand-père tour à tour inquiétant et bienveillant.

 

fautes de débutants


Or ces atouts disparates font rarement corps. Ils peinent à fusionner. Freaks cherche à trop en dire, comme c'est souvent le cas concernant les premiers films. Avec sa tonalité dystopique et une intrigue qui présente une société opposant des citoyens «normaux» à des «anormaux» qualifiés de «monstres» par le gouvernement, le long-métrage avait pourtant de quoi séduire. Les réalisateurs proposent une réalité carrément proche de la notre et dénoncent clairement l'Amérique clivante et flippante de Donald Trump. Il est juste dommage qu'ils aient opté pour le format du huis-clos; un exercice de style souvent casse-gueule car trop restreint et limité (n'est pas Hitchcock ou Fincher qui veut...). Dommage aussi de recourir à un grain classieux certes, mais tellement lissé qu'il en devient presque formaté. Et qui au final sonne faux. En réalité, Freaks constitue l'exemple parfait de cette myriade d'œuvres produites et diffusées sur les nouveaux supports numériques et autres plateformes de streaming. Pleines de bonnes intentions, d'idées et d'expertise. Mais totalement dépourvues de ce souffle inhérent aux chefs-d'œuvre du grand écran. Pour un The Irishman signé Scorsese (assurément le plus gros morceau de cinoche vu depuis dix ans), combien de tentatives ratées, bancales ou mal finies ? Trop. Freaks fait malheureusement partie du lot.

Gabriel Repettati










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