ADORATION
France, Belgique - 2020
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Genre : Drame
Réalisateur : Fabrice du Welz
Musique : Vincent Cahay
Durée : 98 minutes
Distributeur : The Jokers
Date de sortie : 22 janvier 2020
Film : note
Jaquette de « Adoration »
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LE PITCH
Paul, un jeune garçon solitaire, rencontre Gloria, la nouvelle patiente de la clinique psychiatrique où travaille sa mère. Tombé amoureux fou de cette adolescente trouble et solaire, Paul va s’enfuir avec elle, loin du monde des adultes…
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La Passion du Welz

Après son expérience américaine éprouvante avec le pourtant très réussi Message from the King, Fabrice DuWelz s'était promis une chose : ses prochains films se feraient dans la liberté la plus totale. C'est donc avec Adoration, son film le plus personnel et le plus romantique, que celui qui s'est aussi brûlé sur Colt 45 (polar malade produit et détruit par Thomas Langmann), célèbre son indépendance retrouvée.

Logiquement, Adoration est aussi la clôture symbolique d'un pan de la carrière du réalisateur. Il est l'épisode final de sa « trilogie des Ardennes » débutée en 2004 avec un coup de poing dans l'estomac devenu culte et nommé Calvaire, puis continuée 10 ans plus tard avec Alléluia, variation incandescente de l'histoire des tueurs de la lune de miel. Cette trilogie, au-delà de l'unité de lieu, se définit dans sa manière de plonger le spectateur dans des histoires d'amour à la fois tragiques, passionnelles et malsaines. Ici, Du Welz se place sur le terrain rare et glissant de la passion adolescente. Celle que va vivre Paul, jeune homme solitaire et sensible, avec Gloria, patiente de l'hôpital psychiatrique dans lequel travaille sa mère. Responsables d'un drame, ils décident de s'échapper pour ne plus jamais revenir. L'histoire est simple et ne s'embarrasse ni de complexités scénaristiques, ni de personnages inutiles. Du Welz ne cherche pas l'absolue rigueur narrative, mais plutôt à faire vivre au spectateur une expérience viscérale, à la croisée des styles.

 

quand on est amoureux, c'est merveilleux


Car même s'il a frayé toute sa carrière avec le cinéma de genre, le réalisateur n'a, au fond, que faire des chapelles. Peuplé de visions fantomatiques et hallucinatoires, l'errance de Paul et Gloria convoque à la fois les grands maîtres de l'horreur italienne (on pense au coloriste Mario Bava) mais aussi l'expressionisme magique de La Nuit du Chasseur, auquel l'errance aquatique de Paul et Gloria renvoie ostensiblement. Du Welz fait d'ailleurs le choix de mise en scène judicieux d'associer l'eau au danger, plongeant ses personnages dans un inconfort et un péril permanents. Métaphore évidente de la façon dont on vit un amour fou à cet âge.
Plastiquement, le film est une merveille d'un autre temps. Militant du celluloïd, Du Welz tourne une nouvelle fois avec le génial Manu Dacosse (Laissez bronzer les cadavres, Evolution) dans le format Super 16mm (en cinémascope s'il vous plait). La pellicule est ici poussée dans ses derniers retranchements. Organique, vivant, le format fuit la recherche si moderne du point parfait pour offrir une richesse, une vibration et une puissance chromatique que seul l'argentique permet. Fort de cette puissance esthétique, le réalisateur se permet également de tisser des liens avec le genre du réalisme poétique, en faisant traverser à ses personnages des décors fantasmagoriques révélant leurs états mentaux.

 

sublimation


Esthète, Fabrice Du Welz est aussi un directeur d'acteurs magnifique. Ainsi Thomas Gioria, déjà tétanisant dans le superbe Jusqu'à la garde, est sublime de naïveté tandis que Benoît Poelvoorde, le temps d'une longue séquence, trouve (enfin) un rôle bouleversant à la mesure de son immense talent. On s'excuserait presque de devenir un peu prosaïque en fin de critique, mais le film n'est pas non plus exempt de défauts. Et, à force de liberté narrative, s'embourbe un peu dans sa seconde partie, semblant, un temps, ne plus savoir que faire du personnage de Gloria (la prometteuse Fantine Harduin) qui passe d'un caractère troublant à une hystérie irritante et un peu clichée. On s'éloigne alors un moment d'un film qui nous avait jusque-là pris aux tripes.

Adoration reste pourtant une œuvre d'une grande beauté. Hors des modes, hors des genres, cette histoire d'une passion (au sens mystique du terme) adolescente est aussi l'énième confirmation du grand talent de Fabrice Du Welz, un des secrets les mieux gardés du cinéma européen, dont on espère de tout cœur qu'il rencontrera enfin un large public avec ce poème troublant et passionné.

François Willig








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