WATCHMEN SAISON 1
Etats-Unis - 2019
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portoflio
LE PITCH
1921, Tulsa. Lors d’une émeute raciale, des suprémacistes blancs déciment la population noire. 2019, même ville. Un policier noir est attaqué lors d’un banal contrôle routier. Dans les affaires de son assaillant, un masque de Rorschach.
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Tic tac tic tac

1986. En seulement 12 numéros sortis sous bannière DC, le scénariste Alan Moore et le dessinateur Dave Gibbons, créent ce qui deviendra l'un des comics les plus lus au monde. Watchmen (Les Gardiens en vf), encensé par la critique et ses lecteurs, récolte au fil des ans de prestigieux prix jusqu'à être considéré aujourd'hui comme une œuvre majeure du XXème siècle. Longtemps considéré comme inadaptable, le roman graphique connaît pourtant un premier portage réussi au cinéma en 2009 sous la patte de Zack Snyder. Aujourd'hui, il revient sous la forme d'une série TV créée par le scénariste mille fois maudit Damon Lindelof (Lost, Prometheus). Rangez vos fourches, le résultat est à couper le souffle.

Pour ceux qui n'auraient jamais (on les envierait presque) lu ce chef d'oeuvre absolu, il est peut être utile de revenir ne serait ce que brièvement sur son histoire. Située dans un univers parallèle au nôtre en plein milieu de la guerre froide (les années 80), Watchmen commence par l'assassinat du Comédien, un super héros à la retraite, dont le meurtre va conduire une bande de super héros à reprendre du service. Parmi eux, le Hibou, le Spectre Soyeux, Rorschach, Ozymandias et le Docteur Manhattan. Si la plupart d'entre eux n'ont peu voire pas de pouvoirs, le Docteur Manhattan est lui un ancien scientifique devenu un être omnipotent à la suite d'un accident de laboratoire. En même temps que l'enquête sur le meurtre du Comédien, Alan Moore va tisser un écheveau complexe dans lequel il va entremêler la grande Histoire (avec cette scène culte où le Docteur Manhattan met fin au conflit Vietnamien en quelques minutes), le passé des protagonistes (étroitement lié au passé d'une première équipe de super héros : les Minutemen) et la description d'un monde au bord du chaos nucléaire. Un exercice d'orfèvre à la précision d'horloger prenant la forme de deux aiguilles de sang stoppées par le hasard à quelques minutes de la fin du monde sur un badge smiley jaune.

 

les survivants d'un monde parallèle


C'est donc plus de trente ans après le roman graphique, et plus de dix ans après le film de Zack Snyder, qu'HBO produit cette première saison de Watchmen. Après une violente et intrigante introduction située dans les années vingt, une question demeure : la série est-elle la suite de la bande dessinée ou bien du film ? Une question importante, car malgré toutes ses qualités, le film de Snyder avait choisi d'occulter une très grande partie de l'intrigue de Moore. La réponse viendra au fur et à mesure des épisodes jusqu'au cinquième, qui va définitivement livrer la réponse : la série est la suite directe du travail de Moore et respecte et retranscrit toutes ses ramifications. Pas étonnant, dès lors, que son nom n'apparaisse pas au générique du show, tant on connaît l'aversion maladive de l'ermite de Northampton pour tout ce qui a trait à l'adaptation de son travail sur petit ou grand écran.
En 2019, le monde a donc survécu à l'apocalypse nucléaire annoncée. Mais ce n'est pas pour autant que tout est devenu simple. Dans un monde de violence où Robert Redford est président, une loi a promulgué l'obligation d'être masqué pour tous les policiers. Et c'est maintenant dans leurs rangs qu'opèrent les justiciers appelés autrefois super-héros. Et ceux qui refusent sont considérés comme des renégats et traqués par le FBI. C'est à Tulsa qu'on fait donc la connaissance de plusieurs d'entre eux dont Red Scare, Looking Glass (Tim Blake Nelson, comme toujours formidable) et surtout Sister Night (Regina King, qui porte cette première saison de bout en bout), tous trois aux ordres du chef de la police locale (Don Johnson, une fois de plus charismatique en diable). Face à eux, le 7ème de Kavalerie (le K est évidemment emprunté au KKK), un groupe terroriste de suprémacistes blancs qui apparaissent le visage dissimulé sous un masque de Rorschach.

 

un eternl recommencement


Si Damon Lindelof a été maintes fois conspué pour son travail de scénariste notamment dans la résolution de ses intrigues, il faut admettre que le bonhomme sait y faire pour poser une ambiance et la recouvrir d'un délicieux parfum de mystère (remember Lost et The Leftovers). Les éléments de celui ci s'imbriquant ici peu à peu les uns dans les autres, à la façon d'un puzzle, pour progressivement délivrer des éléments et provoquer des évènements qui uniront finalement tous ses personnages. Sa force supplémentaire étant, sans conteste, de reproduire intelligemment (comprendre, sans en avoir l'air) la mécanique d'Alan Moore à la quasi perfection. Ainsi, l'intrigue de cette première saison démarre suite à l'assassinat d'un des protagonistes principaux, se poursuit par un lot de révélations intrinsèquement lié à un passé lointain (dont les Minutemen!) avant de poursuivre par l'enjeu principal : empêcher une nouvelle fin du monde. Dit comme ça, en quelques lignes, on pourrait penser que Lindelof se contente de reproduire une formule éprouvée, mais il n'en est rien et finalement il accouche de la suite quasi parfaite, inespérée même dont les fans de la première heure n'auraient jamais osé espérer.

Le revers de la médaille est que l'écriture étouffe un peu la réalisation des épisodes de cette première saison, à laquelle le magnifique score de Trent Reznor et Atticus Ross vient heureusement donner un relief nécessaire. Du moins jusqu'au dernier épisode, où Lindelof finit de retomber, encore, dans ses mauvais travers en délivrant un final légèrement en deçà de tout ce qui l'a précédé. Mais même si cette dernière heure se referme sur un léger goût d'amertume, le sentiment persiste, longtemps après le visionnage, d'avoir assisté à rien de moins que la résurrection totalement inattendue d'un univers qu'on croyait à tout jamais prisonnier de la pierre froide d'un autel sacré. N'en déplaise à son démiurge.

Laurent Valentin














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