DOLEMITE IS MY NAME
Etats-Unis - 2019
Image de « Dolemite is my name »
Genre : Comédie
Réalisateur : Craig Brewer
Musique : Scott Bomar
Durée : 118 minutes
Distributeur : Netflix
Date de sortie : 25 octobre 2019
Film : note
Jaquette de « Dolemite is my name »
portoflio
LE PITCH
Los Angeles, dans les années 1970. Rudy Ray Moore galère entre un emploi chez un disquaire et un petit numéro d'humoriste dans un club local. Les divagations obscènes et pittoresques d'un groupe de clochards lui fournissent l'inspiration pour créer le personnage de Dolemite, proxénète au look criard et au verbe haut. Le succès est immédiat …
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Monsieur Eddie

On pensait l'affaire entendue. À force de le voir cachetonner dans des comédies de plus en plus affligeantes et inoffensives (il a même tourné pour Brett Ratner, si c'est pas un signe!), on avait fini par admettre que le Eddie Murphy que nous aimions tant avait bel et bien disparu. Le voici qui nous revient pourtant dans une forme olympique dans un drôle de biopic qui s'intéresse autant à l'inénarrable Rudy Ray Moore et à sa « création », Dolemite, qu'à la contre-culture afro-américaine.

Si l'on a surtout en tête le Eddie Murphy du Flic de Beverly Hills et d'Un Fauteuil pour deux, il ne faut surtout pas oublier que le comédien s'est fait connaître sur le petit écran avec le Saturday Night Live (SNL pour les intimes) et sur les planches avec une paire de spectacles remarquables, Delirious et Raw. Mêlant une gouaille de petite frappe à un véritable talent d'imitateur (il faut le voir mettre en boîte James Brown et Michael Jackson!), le jeune new-yorkais a débarqué dans les années 80 comme une véritable tornade, offrant un humour à la fois profondément enraciné dans la culture afro-américaine mais néanmoins ouvert à tous les publics. Mais la belle mécanique s'est un peu enrayé dans les années 90 avec une tentative de passage à la mise en scène intéressante mais qui n'a convaincu personne (Les Nuits de Harlem) et une lente dégringolade vers un humour mi caca-prout / mi-familial pour le moins incompréhensible. Et c'est en touchant de bons gros chèques pour la voix de l'âne dans la franchise Shrek qu'Eddie Murphy semblait nous signaler qu'il n'en avait plus rien à battre. De cette simili traversée du désert, on retiendra pourtant un film en particulier : Bowfinger.
Comédie désopilante sur le tournage d'une série Z orchestrée par un Steve Martin en mode Ed Wood, le film de Frank Oz entretient un rapport inattendu avec le Dolemite is my name qui nous intéresse ici. Outre un sujet similaire et, bien évidemment, la présence d'Eddie Murphy, ces deux films en disent long sur les rapports que la star entretient avec sa propre image et ses aspirations. Car il y a toujours eu deux Eddie Murphy : le comédien qui ne recule devant rien et le « produit » façonné par les succès et les studios. Si Bowfinger met cette dualité en évidence avec un double-rôle de frères jumeaux, Dolemite is my name se révèle un tantinet plus subtil en observant le glissement de Rudy Ray Moore vers son alter-ego Dolemite et ce, jusqu'à brouiller les lignes.

 

passé recomposé


C'est l'aspect le plus réjouissant et anti-conformiste du film de Craig Brewer (le torride Black Snake Moan, le classieux Hustle & Flow et pas grand chose d'autre): Dolemite is my name largue les amarres avec un genre sclérosé et ne cherche pas une seule seconde à ressembler à une page Wikipédia et encore moins à un musée Grévin. Plutôt que de chercher à imiter Rudy Ray Moore, Eddie Murphy en livre SA version, se l'approprie comme Moore s'est lui-même approprié les blagues d'une bande de SDF. Une jolie mise en abyme qui libère Murphy des contraintes du biopic et ramène son jeu vers une immédiateté saisissante. Face à une star ayant retrouvé le goût d'un humour direct et efficace, le reste du casting aligne de sacrés voleurs de scènes. Wesley Snipes est à se pisser de rire dans le rôle de D'Urville Martin tandis que Keegan-Michael Key incarne à merveille le stoïcisme de plus en plus ébranlée du scénariste Jerry Jones. Mais la véritable révélation se nomme Da'Vine Joy Randolph. Très loin des canons de beauté (et bien consciente de cet état de fait), la comédienne retourne tous les à-priori et livre l'un des plus beaux personnage de femmes de l'année écoulée, ni plus ni moins.

Plutôt que de sa mise en scène, agréable mais purement fonctionnelle, Dolemite is my name tire sa substantifique moelle du scénario impeccable de Scott Alexander et Larry Karaszewski. Des habitués du biopic et c'est peu de le dire. Larry Flint, Ed Wood, Man on the Moon, Big Eyes, les deux premières saisons d'American Crime Story... le duo s'est évertué à bâtir une histoire parallèle de l'Amérique contemporaine, faisant la part belle à la contre-culture et aux marginaux. On ne pouvait imaginer sujet plus juteux que Dolemite, cette icône s'étant bâtie en toute indépendance et en marge de la blaxploitation ce cinéma de série B produit pour les noirs mais dirigé et forgé par les blancs. Comme à leur habitude et avec un art consommé de la situation qui claque, Alexander et Kraszewski croquent cette odyssée vers la gloire en une série de scènes riches où l'humour le dispute toujours à l'émotion. Et comme à l'issue d'Ed Wood, Dolemite is my name ne donne qu'une seule envie : se saisir d'une caméra et tenter sa chance, sans calculs, sans peur, sans reproches. Sorti en catimini alors qu'il méritait bien un passage par les salles obscures, Dolemite is my name n'est peut-être pas un chef d'œuvre mais il est bien mieux que cela : c'est un film incarné. Une rareté.

Alan Wilson










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