A COUTEAUX TIRéS
Knives Out - Etats-Unis - 2019
Image de « A Couteaux tirés »
Genre : Policier
Réalisateur : Rian Johnson
Musique : Nathan Johnson
Durée : 130 minutes
Distributeur : Metropolitan Filmexport
Date de sortie : 27 novembre 2019
Film : note
Jaquette de « A Couteaux tirés »
portoflio
LE PITCH
Au lendemain de son anniversaire, l’auteur de romans policiers à succès Harlan Thrombey est retrouvé mort, la gorge tranchée. Si tout porte à croire au suicide, les membres de sa famille, potentiels héritiers d’une immense fortune, sont tous soupçonnés.
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Murder he wrote

En bon cinéaste pluridisciplinaire, Rian Johnson a déjà mis (l'énorme!) parenthèse Star Wars derrière lui. Et même si tout indique qu'il risque d'y retourner assez rapidement, cela ne l'empêche pas de signer aujourd'hui un film aux antipodes de l'espace interstellaire de la saga de George Lucas. Soit un whodunit (qui est le coupable ?) qui se restreint presque exclusivement aux murs lambrissés d'une propriété où a donc eu lieu un meurtre, dans la plus pure tradition des romans d'une fameuse romancière anglaise.

La richesse de la famille Thromby s'est faite exclusivement autour des romans policiers à succès de son patriarche, Harlan Thromby (Christopher Plummer). Et toute sa famille, de son fils aîné (Michael Shannon), gérant de la maison d'édition de ses romans, à sa fille (Jamie Lee Curtis), jusqu'à ses petits enfants, oisifs et fiers (Chris Evans, Jaeden Martell), tous profitent généreusement de sa fortune. Même son ex belle fille (Toni Collette), qui malgré sa séparation officielle d'avec la famille touche encore de quoi l'aider elle et sa fille (Katherine Langford, la Hannah Baker de 13 Reasons Why). Alors forcément, quand le vieux Thromby est retrouvé mort dans son bureau, la gorge tranchée, le temps s'arrête. Le FBI est alors dépêché sur les lieux et chaque membre de la famille, ainsi que les proches collaborateurs de l'écrivain à commencer par son infirmière particulière (Ana De Armas, remember Blade Runner 2049?), est interrogé pour savoir exactement ce qui s'est passé durant cette soirée. En plus des deux agents de la police fédérale, un troisième homme, le détective privé Benoit Blanc (Daniel Craig), limier hors pair, est chargé de l'enquête par un mystérieux commanditaire qui semble déjà savoir que le suicide présumé est vraisemblablement bien un crime.

 

cluedo



Au-delà de ses évidentes qualités de réalisateur, Rian Johnson est un phénomène. Un gars qui, en un tout petit peu plus de dix ans a réussi à imposer son nom, son style et, le plus improbable de tout, sa plume. Une plume à l'origine d'un prix spécial du jury à Sundance en 2005 (l'excellent Brick, une histoire de meurtre, déjà) et à qui on doit le réveil de la force (oui oui) après une longue somnolence qui semblait sans fin. Sundance et Star Wars. Y-a-t-il plus antinomique ? En cinq films, pas une seule adaptation, rien que des histoires originales et signées par un seul et même homme : Rian Johnson. Un phénomène on vous dit !
Après la SF (entamée par le très réussi Looper), Johnson reprend donc le chemin du crime et signe, avec A couteaux tirés, un vibrant hommage aux whodunit à la Agatha Christie. D'abord parce que son crime est évidemment au coeur de son intrigue, mais aussi parce qu'il applique à la lettre cet humour symptomatique de la romancière anglaise. Personnages hauts en couleur (les acteurs s'en donnent tous à coeur-joie sans jamais cabotiner) dont le narcissisme exacerbé les rend parfaitement insupportables et ridicules, face à un détective maniéré au nom évoquant assez clairement le célèbre limier belge de la romancière. Entre eux, un jeu du chat et de la souris, fait d'entretiens où des chausse-trappes verbaux sont posés, d'indices cachés et, évidemment, dans une vieille demeure, de passages dérobés. Tous les ingrédients sont réunis, faisant du film un vrai régal sur lequel la musique de Nathan Johnson (cousin de) agit comme une jolie cerise juteuse et sucrée. Mais ce n'est pas pour autant que l'enquête sent la naphtaline où les vieux épisodes d'Arabesque (qui apparaît d'ailleurs le temps d'un plan). Johnson inscrit son action à notre époque, jonche son film de nouvelles technologies très distinctement visibles à l'écran, comme pour signifier que les vieilles recettes peuvent et doivent fonctionner de nos jours, et en profite aussi pour livrer un portrait sacrément désastreux d'une cellule familiale pourrie par le fric, où les personnalités se montrant habituellement aimables et magnanimes peuvent se transformer en monstres sans pitié. Le summum étant atteint lors d'une scène d'une rare violence verbale où toutes ces bouches en huit se mettent à proférer des torrents d'injures à l'issue d'une lecture de testament qui ne manque pas de sel (avec Frank Oz dans le rôle, hilarant, du notaire).

Drôle, rythmé, bien joué, A couteaux tirés est donc tout ça à la fois, et représente un délicieux divertissement sur lequel il serait dommage de ne pas s'arrêter. Vous savez ce qu'il vous reste à faire.

Laurent Valentin






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