LE MANS 66
Ford v Ferrari - Etats-Unis - 2019
Image de « Le Mans 66 »
Genre : Drame
Réalisateur : James Mangold
Durée : 152 minutes
Distributeur : 20th Century Fox
Date de sortie : 13 novembre 2019
Film : note
Jaquette de « Le Mans 66 »
portoflio
LE PITCH
Les années 60. La firme Ford va mal. Pour relancer ses ventes et se refaire un nom, elle décide de défier l’écurie Ferrari sur son propre terrain : la mythique course française des 24h du Mans.
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Once upon a time... in detroit

Au cinéma, il y a les thèmes fédérateurs et les autres. Ceux qui vont faire se déplacer les foules, sans sourciller, et ceux qu'on va regarder d'un œil circonspect, se demandant si le prix d'une place en vaut vraiment la chandelle. Les films de bagnoles font sûrement partie de cette seconde catégorie, jugés par beaucoup comme un sujet sinon peu intéressant au moins un peu beauf sur les bords. Une franchise comme Fast & Furious n'a pas arrangé l'affaire. Et puis il y eut Rush, phénomène vrombissant dont les moteurs hurlants n'arrivaient jamais à masquer le feu inextinguible qui brûlait dans les yeux de ses deux personnages principaux. Le Mans 66 est du même métal qui, au-delà de ses scènes de courses folles, dresse le portrait de personnages passionnés dont la flamboyance renvoie douloureusement à notre triste époque actuelle. Attention, chef d'oeuvre en approche.

Au début des années 60, Ford est au plus mal. Un des fer de lance de l'industrie des Etats-Unis est au bord de la banqueroute. Jugées moches et passées de mode, ses voitures ne se vendent plus. Un de ses cadres (Lee Iacocca interprété par John Bernthal), plus malin que les autres, a alors la brillante idée de susurrer à l'oreille de son big boss qu'il faut à l'entreprise coller au basque de sa rivale italienne, Ferrari, qui elle fait rêver la jeune génération, avec ses bolides européens, racés et puissants. En gros, rentrer littéralement dans la course et la défier sur un terrain où elle règne en maître depuis de nombreuses années : Le Mans. Course mythique où, durant 24h, des monstres vrombissants se défient dans un déluge de vitesse et de tôle froissée. Pour y parvenir, la firme de Detroit confiera cette mission impossible aux mains calleuses et graisseuses de deux outsiders. Carroll Shelby, un ancien pilote reconverti en vendeur de voitures (Matt Damon, qui bouffe de plus en plus l'écran au fur et à mesure que le temps passe), et Ken Miles, un génie de la mécanique et pilote surdoué (Christian Bale, impeccable). Deux personnalités difficiles à contenir, et même un caractère de chien fou toujours prêt à mordre concernant Miles, mais qui mettront tout leur savoir-faire au service de cet objectif.

 

moteurs... action !


En un peu plus de deux heures, James Mangold ressuscite l'esprit conquérant des Etats-Unis. Cette époque où, créanciers du monde après la Seconde Guerre Mondiale, rien ne semblait pouvoir stopper ses rêves de grandeur et de gloire. Des rêves à portée de mains pour des gars de la trempe de Shelby et Miles, tête brûlée des affaires pour l'un, tête brûlée tout court pour l'autre. Mais profondément humains. Pour le démontrer, Mangold recoure d'une part à un classicisme forcené, où la caméra suit au plus près ses comédiens et met en valeur leurs forces et leurs faiblesses. Pour Miles, l'intimité et la quiétude au sein de sa cellule familiale, qui s'oppose parfaitement à ce que l'homme devenait au volant d'un bolide. Pour Shelby, son esprit conquérant de véritable cow-boy (son Stetson renvoyant à ce classicisme) qui prend tout son sens lors d'une scène où, après un échec cuisant, son sens des affaires se frotte à la rage contenue d'un Henry Ford (Tracy Letts) hors de lui. Et puis viennent les scènes de courses, à la violence vertigineuse, parmi les plus dingues jamais vues sur un écran, où la caméra de Mangold colle au plus près de la carlingue des voitures, dans un déluge de vitesse et sans aucune esbroufe technique (comprendre sans CGI). Une forme classique, classieuse mais en même temps jamais aussi ancrée dans son époque, faite d'images folles et rapides et au score signé Marco Beltrami & Buck Sanders (déjà tous deux aux très belles partitions de Logan) qui s'inscrit dans ce que la musique nous offre de mieux au cinéma actuellement.

 

les règles du jeu


Une époque d'aujourd'hui qui évidemment, sur le fond, s'oppose à celle des années 60 où, pour s'assurer un avenir pérenne et une image de vainqueurs, de grandes firmes n'hésitaient pas à prendre des risques. A partir de ce constat, difficile de ne pas calquer cette histoire sur l'actuel présent de l'industrie cinématographique hollywoodienne. Une industrie toujours dominée par de grandes firmes, mais qui n'osent plus rien et se contentent de tayloriser des produits pour le moment dans l'air du temps mais qui, à n'en pas douter, seront bientôt moches et passés de mode. Comme les bagnoles du vieux Ford. Une industrie qui, par contre, n'hésite pas, comme Ford en son temps, à confier les rênes de ses projets à des talents faits du même bois que Shelby et Miles. Mais en les astreignant à leurs règles du jeu, en leur imposant leur volonté. En d'autres termes, étouffer leur fougue, leur énergie, leur folie. C'est Leo Beebe (Josh Lucas), qui incarne dans le film ces têtes pensantes aux petits pieds, dont l'absence de vision finit toujours par mener à l'échec. Un constat qui trouve également un écho drôle mais pathétique dans cette scène où Shelby emmène Henry Ford pour un ride de seulement quelques minutes (histoire de lui faire essayer une bagnole dans laquelle il vient de dépenser 8 millions de dollars mais dont il ne sait rien !) et à l'issue duquel le mogul fond en larmes, comme une sorte de gros bébé qu'on aurait bercé trop fort.

Avec Le Mans 66 (et après le furieux Logan), James Mangold impose donc non seulement son savoir-faire de maître absolu de l'image et de la narration, mais aussi sa pensée, sa vision. Rappelle que le cinéma est affaire d'émotions, que les victoires sont l'apanage des vrais champions, tout entier mus par une passion dévorante qui les conduira, de toute façon, irrémédiablement, pour peu qu'on leur fasse confiance, vers une inévitable victoire.

Laurent Valentin








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