IN FABRIC
Royaume-Uni - 2018
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Genre : Horreur
Réalisateur : Peter Strickland
Durée : 118 minutes
Distributeur : Tamasa
Date de sortie : 20 novembre 2019
Film : note
Jaquette de « In Fabric »
portoflio
LE PITCH
La boutique de prêt-à-porter Dentley & Soper’s, son petit personnel versé dans les cérémonies occultes, ses commerciaux aux sourires carnassiers. Sa robe rouge, superbe, et aussi maudite qu’une maison bâtie sur un cimetière indien. De corps en corps, le morceau de tissu torture ses différent(e)s propriétaires avec un certain raffinement dans la cruauté.
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Red is dead

Une employée de banque effacée, des règles de travail absurdes qui font passer l'intérêt avant l'être humain, une malédiction et un objet possédé. Si ces situations, dans le cadre d'un film d'horreur, vous rappelle quelque chose c'est normal, elles étaient déjà au centre d'un film sorti en 2009, l'excellent Jusqu'en enfer de Sam Raimi. Un conte horrifique survitaminé dans lequel le réalisateur, qui sortait tout juste de sa trilogie Spider-man, revenait aux sources de sa carrière et livrait un 4ème opus officieux de sa saga Evil Dead mais agrémenté d'une réflexion sur la crise financière qui venait de frapper l'année précédente. Un mélange des genres réussi grâce à un travail d'équilibriste, tout en rupture de ton, spécialité du réalisateur et surtout une croyance indéniable dans son sujet. Une réussite qui ne sera malheureusement pas réitérée ici.

Malgré des thèmes identiques, l'approche de Peter Strickland est, elle, radicalement différente, la mise en scène du réalisateur anglais étant aux antipodes de celle de Raimi. Beaucoup plus posée (et surtout plus poseur) la mise en scène n'arrive jamais (à une exception près) à instiller le malaise dans le film, la faute à des ruptures de ton ratée entre les scènes de vie « ordinaire » du personnage de Marianne Jean-Baptiste et les passages mettant en scène les sorcières de la boutique de vêtements ou la robe rouge démoniaque.
Pour une scène réussie, une partie de jeu de société entre deux personnes qui se détestent, filmée en parallèle avec le lavage de la robe qui détraque de plus en plus la machine à laver - séquence qui provoque un vrai malaise tant on ne sait pas laquelle des deux situations va exploser en premier - il faudra subir des scènes plus ridicules les unes que les autres (de danse, de masturbation) mis en scène comme un spectacle de danse contemporaine et qui ne fait que creuser encore plus le fossé entre le drame et le fantastique. Une séparation très néfaste au film vu que la principale force d'un récit fantastique est d'avant tout réussir à faire en sorte que le réel et le surnaturel puissent se nourrir l'un de l'autre pour cohabiter et rendre l'univers crédible. Rien de tel ici, tant Peter Strickland prend de haut son sujet et pense que mettre une critique de la société de consommation suffit à légitimer tout et surtout n'importe quoi et qu'il apparait clairement que le scénario ne sait plus quoi raconter passé la première demi-heure et ne sais pas du tout exploiter son histoire ou ses personnages.

 

Black Friday


La robe rouge possédée et meurtrière est certes une idée casse-gueule sur le papier mais qui peut tout fait fonctionner si les personnes derrière le film y croient un minimum, ce n'est pas le cas ici et les scènes la mettant en action semble du coup sortir d'un sketch des Nuls. Prendre comme personnage principal, une cinquantenaire, mère célibataire qui doit jongler entre un fils égoïste, un travail au règlement absurde et une vie sentimentale désertique est une idée originale dans le cadre d'un film d'horreur et aurait pu apporter des situations intéressantes mais au final ces éléments ne sont là que pour introduire l'achat de la robe et n'auront aucune influence sur la suite du récit, qui va brusquement changer au bout d'une heure de film.

Cette deuxième partie met en scène un nouveau personnage qui va lui aussi croiser la route de la robe rouge. Une deuxième partie très différente de la première dans le ton utilisé, ici beaucoup plus porté sur la comédie à cause du pathétique très prononcé du personnage, un plombier apathique qui se laisse dominer par tout son entourage, ses amis, sa belle famille, sa future épouse. Le gouffre présent dans la première partie s'élargit encore plus, delaissant encore le genre horrifique pour verser un absurde plus « Lynchien » qui, si, il est efficace dans le traitement et la description de la vie très peu tumultueuse de son protagoniste rend les parties horrifiques encore moins convaincantes. Plus gênant encore, cette deuxième partie confirme surtout l'impression que Peter Strickland ne sait absolument pas comment raconter et conclure son histoire tant les évènements s'enchainent sans cohérence pour finir dans un climax ridicule et sorti de nulle part.

Si vous n'aimez pas les films d'horreurs, la distance et le cynisme dont fait preuve le réalisateur envers son sujet pourra vous séduire et vous pourrez peut être trouver dans In Fabric un divertissement plutôt bien fait. Pour les fans d'horreur, si vous voulez voir un film similaire mais traité cette fois par un réalisateur qui croit en son sujet et va au bout de ses idées, on vous conseillera plutôt de voir ou revoir Jusqu'en Enfer de Sam Raimi.

Benoit Llamazares














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