JOKER
Etats-Unis - 2019
Image de « Joker »
Genre : Drame
Réalisateur : Todd Phillips
Durée : 122 minutes
Distributeur : Warner Home Video
Date de sortie : 9 octobre 2019
Film : note
Jaquette de « Joker »
portoflio
site officiel
LE PITCH
Gotham City, 1983. En proie à la pauvreté, à la violence et à la corruption des élites, la ville sombre peu à peu dans le chaos. Aspirant humoriste et clown de rue, Arthur Fleck est un homme malade qui vit avec sa mère. Il va être emporté dans la tourmente puis en devenir le symbole…
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Chute libre

Succès pas du tout surprise de cet automne 2019, le Joker de Todd Phillips n'est pas un objet facile à aborder. Entre un Lion d'or retentissant à Venise, une pseudo-polémique (sans doute lancée par les services marketings de Warner) liée à la violence et aux thématiques abordées par le film et une poignée de critiques cherchant à modérer une hype un peu trop grande pour être totalement honnête, la question se pose : arnaque ou chef d'œuvre ? La réponse nécessite un poil de recul.

Une des scènes de Joker, tout en creusant la psyché de son personnage central (et omniprésent), semble s'adresser directement à la critique : persuadé de son génie et d'un avenir sous les paillettes, Arthur Fleck, pas encore super-vilain mais déjà fou et criminel, foire sa chance de devenir une star du stand-up en livrant une prestation embarrassante mais finit pourtant par faire le buzz et attirer l'attention d'une grande chaîne. Quand l'absence de talent devient ... talent. Libre au public et à la presse de se faire une idée sur les qualités réelles ou fantasmées de ce film comic-book qui n'en est pas un. Vous commencez à comprendre ? Le coup de génie de Todd Phillips, désormais bien loin des Very Bad Trip, c'est d'avoir livré une odyssée subjective et intimiste en forme de test de Rorschach cinématographique ultime. L'histoire se déroule au début des années 80, plus précisément l'année de sortie de La Valse des pantins, fable scorsesienne auquel Joker rend hommage via la présence de Robert de Niro dans un rôle miroir à celui qu'interprétait alors Jerry Lewis, revendique l'influence des 70's et pille beaucoup Taxi Driver (Scorsese, encore et toujours) et un peu Network de Sidney Lumet, s'inspire en catimini d'un film des années 90 que l'on cite trop peu, le Chute Libre de Joel Schumacher, et prend comme toile de fond les grandes crises populaires et sociétales de cette fin de décennie. Un twist, relativement prévisible, vient même titiller le Fight Club de David Fincher. C'est dire si le scénario de Todd Phillips et Scott Silver, en constante évolution sur le tournage, ratisse large. Mais sans virer au best-of indigeste et trop cuit. Un petit miracle en soi.

 

seul en scène


Parce qu'il n'est absolument pas nécessaire d'être cinéphile ou de dévorer des comic books pour apprécier Joker à sa juste valeur. Celle d'un drame implacable, une tragédie à la noirceur à peine tempérée par quelques touches d'humour (un nain, une chaîne de porte un peu trop haute, du sang et un malaise hilarant). Joker, vous vous en seriez douté, est un film sur la folie. « Ça n'a pas été dur car la folie, tu ne l'ignores pas, suit les lois de la gravité. Il n'y a qu'à donner une légère pichenette » disait le Joker dans The Dark Knight, sous les traits d'un Heath Ledger que l'on ne peut se résoudre à oublier. C'est cette « légère pichenette » qu'illustre Todd Phillips. Plutôt une série de coups de massue, mais bon. Tout le monde en parle et à juste titre, Joaquin Phoenix est phénoménal et s'abandonne sans retenue dans le rôle d'un homme fragile que les circonstances vont jeter à terre, le détruire puis le faire renaître dans la peau d'un monstre fascinant et insaisissable, un Joker dont la folie ressemble de plus en plus à de la lucidité dans ce monde au bord du gouffre. Virtuose, l'acteur tient le film sur ses frêles épaules, son jeu balayant les points les plus critiquables du film (un score un peu trop lourd, une certaine absence d'identité formelle) d'un fou-rire maladif. On pourra aussi débattre de la simple envie de donner des origines, une explication, à un personnage qui n'en a pas vraiment besoin (Heath Ledger et ses monologues en forme de mensonges l'ont bien prouvé) ou de remettre du Bruce Wayne dans l'intrigue, unique concession au fan-service. Mais le film s'en sort avec les honneurs, et même au-delà. Comment ? En collant avec sensibilité aux basques de Joaquin Phoenix, acteur de l'année, seul en scène, ou presque puisque Frances Conroy, Zazie Beetz et le vétérant De Niro redonnent toutes leurs lettres de noblesse à la notion de second rôle, supporting actor dans la langue de Shakespeare.

Alan Wilson






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