PIRANHAS
La paranza dei bambini - Italie - 2018
Image de « Piranhas »
Genre : Drame
Réalisateur : Claudio Giovannesi
Musique : Divers
Durée : 112 minutes
Distributeur : Wild Bunch
Date de sortie : 9 octobre 2019
Film : note
Jaquette de « Piranhas »
portoflio
LE PITCH
Ados désœuvrés des ruelles de Naples, Nicola et ses amis ne rêvent que d’argent, de pouvoir de gloire. Pour arriver à leurs fins, ils pactiseront avec la Camorra, la terrible mafia locale. Au risque de se brûler les ailes.
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Voir Naples et mourrir

Cazzo. Roberto Saviano est un sacré mec. Probablement l'un des hommes les plus courageux au monde. Condamné à mort par la Camorra pour avoir brisé l'omerta et dit tout haut ce que toutes et tous savaient tout bas, le journaliste-écrivain vit terré, sous escorte policière permanente, depuis près de dix ans. Prisonnier en son propre pays, le quarantenaire est devenu l'un des personnages publics les plus virulents et influents d'Italie. Chantre de valeurs universelles et humanistes au sein d'une contrée aveuglée par les relents les plus nauséabonds de l'idéologie fasciste, Saviano a déjà livré une œuvre journalistique et romanesque au souffle déflagrateur et à la redoutable puissance d'arrêt.

Adaptation cinématographique de son premier roman (et dont il a co-écrit le scénario), Piranhas est aujourd'hui disponible en VOD. Il confirme le renouveau à la fois revigorant et révolté du septième art transalpin, initié entre autres par Matteo Garrone et Paolo Sorrentino. Confiée à Claudio Giovannesi (cinéaste novice ayant fait ses armes sur la série télévisée Gomorra), la réalisation suit le quotidien chahuté d'une bande d'ados napolitains menée par Nicola, apprenti flingueur à la gueule d'ange tout juste sorti des jupons de sa mère.
Filmé caméra à l'épaule, Piranhas frappe d'abord par son instantanéité quasi documentaire. Cette proximité physique et narrative constitue la principale force du long-métrage de Giovannesi. Nous sommes si proches des protagonistes qu'il est impossible de ne pas être touchés par leur destinée tragique. Et d'autant plus émouvante qu'elle s'inspire de faits réels. L'enfance au cinéma n'est pas un thème récent. Du Voleur de Bicyclette de De Sica à Accatone de Pasolini, en passant par Los Olvidados de Buñuel, La Cité de Dieu de Meireilles ou Gangs of New York de Scorsese, elle constitue même un sous-genre à part entière. Piranhas s'inscrit naturellement dans cette lignée. Le film n'est aucun cas révolutionnaire, il manque même parfois de rythme, mais il dégage une vérité brute qui fait froid dans le dos.

 

sans issue


Naples s'impose comme un théâtre rêvé. Ville-monde livrée à elle-même, piétinée et martyrisée depuis l'Antiquité. Plus proche dans son fonctionnement d'une Lagos, d'une Bogota ou d'une Jakarta que d'une métropole prospère d'Europe du Nord. Cité de la démerde, du sytème D, mais aussi de la corruption généralisée et de la brutalité la plus sordide, Naples est scrutée ici à l'image d'un labyrinthe de béton dont il est impossible de s'enfuir. Hantée par un minotaure baptisé Camorra. Semblable à un conte noir, à une fable ultra réaliste, l'intrigue puise sciemment dans ce terreau mythologique et dresse le portrait d'une jeunesse condamnée avant même d'avoir vécu. Ces enfants-tueurs ont l'impression de s'affranchir de leur quotidien miséreux, ils ne font que signer leur arrêt de mort. Du début à la fin, le film baigne dans cette atmosphère d'instantanéité mêlée de fatalisme: Le crime ne paie pas. Il n'a jamais payé. Il consume, ampute, annihile le moindre libre arbitre. Saviano et Giovannesi mettent à nu les rouages d'une micro-société où la violence gangrène absolument tout : le noyau familial, les relations amoureuses et amicales, la vie en communauté. Le matin, notre parrain en herbe trempe candidement un biscuit dans un verre de lait. Le soir, il abat froidement un quidam en pleine rue. Comme si de rien n'était. Comme si c'était écrit. Piranhas alterne puissamment entre la pestilence et l'élan vital. Et cette vitalité est due, pour beaucoup, à la distribution composée de comédiens non-professionnels et largement dominée par la prestation de Nicola, alias Francesco Di Napoli. On ne le lâche pas d'une semelle : lors de ses folles virées à scooter, les atroces séances de racket, les sorties déchainées en discothèque, les parties fines... Où lors de ses rendez-vous amoureux, bien plus touchants puisqu'il y ouvre son âme. Damnée, cela va de soit.

Gabriel Repettati










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