RAMBO: LAST BLOOD
Etats-Unis - 2019
Image de « Rambo: Last Blood »
Genre : Action
Réalisateur : Adrian Grunberg
Musique : Brian Tyler
Durée : 101 minutes
Distributeur : Metropolitan Filmexport
Date de sortie : 25 septembre 2019
Film : note
Jaquette de « Rambo: Last Blood »
portoflio
LE PITCH
Retiré dans son ranch familial en Arizona depuis bientôt dix ans, John Rambo continue de lutter contre ses démons intérieurs et le traumatisme de la guerre du Vietnam. Lorsque Gabrielle, une jeune fille qu'il a pris sous son aile est enlevé au Mexique par des proxénètes dirigeant un réseau de trafic d'esclaves, le vétéran libère la bête sauvage qui sommeille en lui …
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Make rambo great again ?

Pour quiconque a pu jeter un œil sur les critiques assassines qui ont accompagnées la sortie de ce cinquième opus, se rendre dans une salle obscure et payer son ticket d'entrée relève quasiment d'un acte de foi. Ou de folie pure. Ou de résistance. Sans doute un peu des trois d'ailleurs.

Avant de s'attarder sur les forces et les faiblesses de Rambo: Last Blood, il n'est donc pas inutile de démonter le discours moqueur (souvent), haineux (parfois) et surtout fortement politisé d'une certaine presse cinéma. Pour le Guardian, le film est « une prostate filmique boursouflée », tandis que pour Salon, il s'agit là « d'une version fictionnalisée du discours d'intronisation de Donald Trump ». On aura même eu droit à des accusations de racisme envers les mexicains (vous avez dit point Godwin?), d'une comparaison avec Maman, j'ai raté l'avion dont il serait une sorte de version gore et déviante et David Morrell, auteur du roman First Blood et créateur du personnage de John Rambo est venu enfoncer le clou en se désolidarisant totalement du résultat, affirmant avoir honte.

Mais qu'ont donc fait Sylvester Stallone et son réalisateur Adrian Grunberg pour mériter de tels reproches ? L'explication est simple et n'a, en fin de compte, pas grand chose à voir avec les véritables opinions politiques de sa star, hier accusé d'être le suppôt de Reagan, aujourd'hui de soutenir la rhétorique de Donald Trump. De nombreux critiques, formés à dénicher la moindre polémique, la moindre sortie de route (réelle ou fantasmée) ne sont plus du tout capable de regarder une fiction et de la juger sur pièce, sans à priori. Clint Eastwood en a souvent fait les frais et c'est le tour de Sly. Parce que l'interprète de Rambo a choisi de montrer de méchants mexicains pour ce qu'ils sont, à savoir des monstres sans âme, et de les faire payer de la plus atroce des façons, certains ont cru bon de croire qu'une bande de salopards représentaient à eux seuls tout un pays, oubliant que les victimes sont des mexicaines et que la seule aide que reçoit notre (anti) héros vient d'une mexicaine, journaliste de surcroît. Si faire la différence entre criminels et victimes et valoriser des femmes et des journalistes revient à faire du Donald Trump, il va falloir qu'on nous explique. Outre ce non-sens (teinté d'ignorance crasse puisque Rambo est de descendance indienne et porteur d'un métissage culturel subtil), il semble désormais impossible de procéder à une narration simple et direct où les méchants sont..., vous savez, méchants. Comme s'il fallait tout expliquer, tout rationaliser, tout justifier et s'assurer que la narration et les dialogues déminent toute ambiguïté. Le spectateur est assimilé à un abruti qu'il faut prendre par la main pour qu'il ne s'égare pas idéologiquement. Bienvenue dans le cinéma du XXIème siècle, aseptisé, aussi inoffensif qu'un discours de remerciement aux Oscars ou aux Emmy Awards.

 

justice sauvage


Rassurés ? Non, Rambo: Last Blood, bien que d'une noirceur et d'un nihilisme qui peut laisser un goût amer en bouche, n'est pas un tract xénophobe, sponsorisé par un ramassis de nationalistes prêts à bouffer du mexicain tout cru. Et même si la trame qui, rappelons-le, tient sur un timbre poste, est une variante de celle de Taken, le sujet est avant tout Rambo lui-même. Comme cela a toujours été le cas. Les adversaires de Rambo n'ont d'importance que pour ce qu'il révèle du personnage central, véritable machine à tuer dont l'âme est en conflit permanent entre la lumière et les ténèbres. Même s'il n'a jamais totalement perdu espoir, le vieux vétéran n'a jamais connu rien d'autre que la guerre, la mort et la souffrance. Déjà, dans le précédent volet, Rambo, plus mutique que jamais, envoyait littéralement le monde « se faire foutre » avant de lâcher les chiens de guerre. Ici, s'il parle nettement plus, il est tout à fait conscient qu'un monstre vit en lui et qu'il ne cherche même plus à le vaincre. Il se borne à le contenir, autant que possible. Plus que jamais, le caractère psychopathe de Rambo affleure.

Cette progression de fond, assez fascinante et courageuse, est malheureusement desservie par la facture esthétique du film. Passé une introduction intéressante sur le papier (Rambo joue les sauveteurs solitaires au cours d'une tempête) mais totalement foiré en raison d'un montage pas loin d'être épileptique et d'effets spéciaux affreusement ratés, le film d'Adrian Grunberg peine à s'élever plus haut qu'un DTV de Steven Seagal. Sans être tout à fait fauché, Rambo: Last Blood est d'une laideur il est vrai surprenante. A l'exception de la première incursion de Rambo dans les ruelles dominées par les hommes du cartel et le passage à tabac qui s'ensuit ainsi que du climax, la photographie, le rythme et le découpage s'effondrent en une masse informe. Et que dire du score de Brian Tyler, ignoble bouillie post-Fast & Furious qui ne citent presque plus les thèmes de feu Jerry Goldsmith. Sans doute faut-il y voir une tentative de faire coller le fond et la forme et de pousser encore plus loin la facture brut de décoffrage du quatrième opus et du premier Expendables mais l'indigence prend bien trop le pas sur l'expérimentation. Dommage pour Sly qui, à n'en pas douter, rêvait d'une conclusion quelque part entre le film original de Ted Kotcheff, le western Seuls sont les indomptés et le Revenge de Tony Scott et qui accouche d'un croisement entre Justice Sauvage et un Vendredi 13 bourrin. S'il s'agit sans conteste du film le plus faible de la franchise, son jusqu'au boutisme en fait toutefois un objet aussi irritant que précieux.

Alan Wilson










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