AD ASTRA
Etats-Unis - 2019
Image de « Ad Astra »
Genre : Science-fiction
Réalisateur : James Gray
Musique : Max Richter
Durée : 123 minutes
Distributeur : 20th Century Fox
Date de sortie : 18 septembre 2019
Film : note
Jaquette de « Ad Astra »
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site officiel
LE PITCH
Le futur. Dans l’espoir d’y découvrir enfin une nouvelle forme de vie intelligente, l’Humanité entière à le regard tourné vers les étoiles. 16 ans après son départ, le major Roy McBride est chargé de reprendre contact avec une mission partie dans cette optique mais qui ne donne plus signe de vie. A son bord, son père.
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Trois ans après son magnifique The Lost City of Z, qui narrait la véritable histoire de l'explorateur anglais Percy Fawcett, James Gray nous convie cette fois à une odyssée spatiale , sur les traces encore chaudes du Interstellar de Christopher Nolan. La comparaison s'arrêtera là. Le film met ainsi de côté la hard science et les poèmes gallois au profit d'un divertissement certes moins intellectuel mais très réflexif.

Un immense éclair électrique balaie le système solaire et frappe de plein fouet la Terre. A ce moment précis, le major Roy McBride (Brad Pitt, une nouvelle fois monstrueux de charisme) travaille à des centaines de kilomètres du sol, sur une gigantesque antenne spatiale placée en orbite au dessus de notre planète et sensée capter le moindre signal venant d'ailleurs. L'éclair a un effet dévastateur qui fait plusieurs milliers de victimes sur Terre. McBride, lui, pour survivre, est obligé de quitter son poste et de se jeter dans le vide. Une chute de plusieurs dizaines de kilomètres qui nous permet de constater le calme olympien avec lequel cet homme gère une situation extrêmement dangereuse, voire désespérée. Un rapide débrief avec ses supérieurs nous le confirme : McBride est un monolithe, une machine préprogrammée que rien ou presque ne peut faire dévier de son objectif professionnel. Ce qui lui vaut d'être choisi pour une mission top secrète : se rendre aux alentours de Neptune, point d'origine de l'éclair, là où, seize ans auparavant, une mission d'exploration s'est tue définitivement. A bord, son propre père. Où quand les enjeux planétaires rejoignent les histoires les plus intimes.

 

vers l'infini et en dedans


C'est sur ce point qu'Ad Astra (littéralement, « jusqu'aux étoiles »), ressemble le plus à Interstellar. Mais là où le film de Christopher Nolan nous embarquait dans une mission de sauvetage vibrante d'émotions, le film de James Gray assume la froideur de son personnage principal. Un homme qui a clairement choisi sa voie au détriment de son couple, quitte à porter sa tristesse comme une croix. Comme le fit d'ailleurs son père avant lui, le laissant à demi orphelin. Un aspect qu'Ad Astra partage énormément avec la récente série The First (signée Hulu et diffusée sur OCS), où le personnage principal, astronaute (incarné par Sean Penn), est sans cesse tiraillé entre son rôle d'époux, de père et son travail. Un égoïsme à l'origine d'une extrême souffrance pour ses proches que l'on va retrouver dans le film de James Gray. Car au fur et à mesure que son personnage principal se rapproche un peu plus de son paternel, l'armure se fissure, les larmes coulent. Jusqu'aux retrouvailles, qui réserveront quelques surprises. Ad Astra peut alors se vivre comme une sorte de thérapie spatiale où l'immensité et la noirceur du vide seraient une sorte d'allégorie du manque et de la solitude. Puissant !

 

l'odyssée de roy


Mais James Gray, également présent à l'écriture de ce scénario original (il est bon de le souligner !), n'en oublie pas pour autant de rythmer son film. Passée la scène d'ouverture et sa chute vertigineuse, le périple de McBride ne va pas être de tout repos. Vont ainsi se succéder une attaque lunaire à la cruauté et à la beauté stupéfiantes, le sauvetage d'un vaisseau laboratoire qui va, le temps de quelques minutes, donner au film des accents horrifiques rappelant les meilleurs spécimens du genre et, en fil rouge, un parfum d'espionnage charriant son lot de trahisons. Un empilement de sous-intrigues qui auraient facilement pu rendre le tout bancal voire indigeste et qui atteint non seulement sa cible mais ne remet jamais en danger le drame intimiste vécu par son héros. Un sacré tour de force magnifié par une réalisation au cordeau, qui joue évidemment la carte des images bigger than life que permet l'environnement spatial, mais utilise aussi les différentes étapes de l'odyssée de Roy pour extérioriser son évolution intérieure (l'aridité et la blancheur de la lune, puis la dangerosité du rouge martien avant, enfin, la bienveillance bleutée de Neptune). Les partitions de Max Richter accompagnant quant à elle magnifiquement ses sentiments intérieurs et finissant de donner à l'espace une infime touche d'inquiétude et de mystère propre à rendre le spectacle encore plus immersif.

Au final, Ad Astra et son histoire d'explorateur spatial a sacrément le goût et l'odeur du précédent film de James Gray. Les deux formant une sorte de diptyque moderne sur la quête de soi même et de ce qu'on peut finalement y trouver. En attendant d'y parvenir, le voyage en vaut sacrément la peine.

Laurent Valentin










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