ANGEL HEART
États-Unis, Royaume-Uni, Canada - 1987
Image de « Angel Heart »
Réalisateur : Alan Parker
Musique : Trevor Jones
Durée : 113 minutes
Distributeur : Carlotta
Date de sortie : 18 septembre 2019
Film : note
Jaquette de « Angel Heart »
portoflio
LE PITCH
New York, 1955. Le privé Harry Angel est recruté par un client énigmatique afin de retrouver la trace d’un chanteur de charme. C’est le début d’une enquête ponctuée de crimes sordides qui le conduira dans les tréfonds de la Nouvelle-Orléans.
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La salsa du démon

Soupir nostalgique. Hollywood, il y a trente ans, c'était quand même quelque chose. Point de «marveleries» marketées jusqu'à la moelle. Nuls sequels, reboots, biopics et autres tambouilles indigestes uniquement conçues pour faire triller le tiroir-caisse. Non, Hollywood, il y a trente ans, c'était du charisme, des idées et du talent. Fraîchement ressorti en salles et remasterisé en 4K, Angel Heart est là pour nous le rappeler; thriller luciférien, putride et dérangé, porté par un casting aux confins de la fantasmagorie.

Aux manettes, le britannique Alan Parker. Un cinéaste aujourd'hui passé aux oubliettes mais qui contribua en son temps à sceller l'esthétique si particulière des années quatre-vingt. Le réalisateur de Midnight Express, Birdy et Mississippi Burning s'accapare la trame de Falling Angel, roman noir de William Hjorstberg, pour en tirer un polar fantastique doté d'une flamboyante signature formelle. D'aucuns diront un peu rentre-dedans mais reconnaissable entre mille. Dès l'ouverture soutenue par les saxos anxiogènes de Trevor Jones, le metteur-en-scène plonge le spectateur dans une atmosphère malaisée ou l'ultra réalisme flirte sans cesse avec le cauchemardesque.

Le New York de l'après-guerre sert de décorum à une trame maléfique qui mène un détective privé un poil borderline jusqu'aux portes de l'enfer. Parker se sert de la scénographie urbaine et puise dans l'architecture dantesque de la Grosse Pomme, ses impasses malfamées, ses églises balayées par le blizzard, les «diners» embués de Manhattan ou les plages désertes de Coney Island, pour nourrir un scénario qui fait monter la pression crescendo et finit par s'immerger dans un surnaturel abyssal. Angel Heart est transpercé de pures visions de cinéma et de séquences qui vous marquent considérablement grâce aux jeux de lumière et aux ombres portées : la cage d'ascenseur utilisée comme un gimmick, le va-et-vient oppressant des grilles métalliques ou ce long plan fixe, extrêmement inquiétant, de la façade d'un immeuble de Harlem.

 

enfer et damnations


Le cinéaste connaît ses classiques et il se les réapproprie avec style. Le film évoque bien évidemment les grands films noirs des années quarante et cinquante. On songe beaucoup à L'Exorciste (pour la singulière évocation du diable) et au Chinatown de Polanski, via son anti-héros cabossé (on notera la référence nasale) et une intrigue qui se heurte aux pires ignominies de l'espèce humaine (actes de barbarie, pédophilie, inceste, nécrophilie). On pense aussi souvent à L'échelle de Jacob d'Adrian Lyne, thriller contemporain d'Angel Heart avec lequel il partage la même représentation fantasmée de New York et la même ambiance morbide et désaxée. Une fois à la Nouvelle-Orléans, c'est encore pire. Alan Parker s'inspire de l'héritage baigné dans le sang des esclaves noirs, des rites vaudous et de la culture cajun jusqu'à un grand final semblable à une transe apocalyptique. Comme à son habitude, Alan Parker en profite pour nous parler de musique, un thème qui imprègne la quasi totalité de son œuvre (on lui doit tout de même Fame, Pink Floyd: The Wall et Les Commitments). Ici, le jazz et le blues jouent des rôles à part entière. Mieux, ils composent la musique du diable et des âmes damnées.

Plus de trente ans après, Angel Heart demeure toujours aussi fascinant à contempler. D'autant plus qu'il est servi par une distribution qui file juste le vertige. Mickey Rourke, dans l'un des plus beaux rôles de sa décennie d'or, s'oppose à Robert De Niro dont le personnage de Louis Cyphre (à vous de jouer) n'a pas fini de nous hanter. À ce titre, Parker rappelle souvent avoir été tellement impressionné par la posture de De Niro qu'il quittait le plateau à chacune de ses apparitions. Avec son regard perçant, son soyeux catogan et sa manucure pour le moins étrange, Big Bob est à la lisière du cabotinage et n'apparait qu'une quinzaine de minutes à l'écran, mais son interprétation diaboliquement suave pactise merveilleusement avec celle suintante, fébrile et fracassée de Rourke, juste génial dans le rôle de Harry Angel, privé amnésique de Brooklyn dont on perce peu à peu le secret inavouable. Ajoutez à cela l'apparition de la somptueuse Charlotte Rampling et la présence ultra sexualisée d'une Lisa Bonet à peine sortie du Cosby Show et vous obtenez l'un des polars les plus mémorables des eighties. Play it again, man.

Gabriel Repettati










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