ÇA CHAPITRE 2
It Chapter 2 - Etats-Unis - 2019
Image de « Ça Chapitre 2 »
Genre : Horreur
Réalisateur : Andy Muschietti
Musique : Benjamin Wallfisch
Durée : 170 minutes
Distributeur : Warner Bros.
Date de sortie : 11 septembre 2019
Film : note
Jaquette de « Ça Chapitre 2 »
portoflio
site officiel
LE PITCH
27 ans après les événements de l'été 1989, l'entité maléfique connu sous le nom de Ça revient hanter la petite ville de Derry, dans le Maine. Seul membre du Club des Ratés à être resté sur place, Mike Hanlon rappelle ses amis pour qu'ils honorent leur promesse de détruire le monstre …
Partagez sur :
Avec le temps va...

L'idée d'une suite était présente avant même la sortie du premier volet. Son succès faramineux au box-office a permis de la concrétiser. Mais en lieu et place d'une prolongation timide ou au rabais, le réalisateur argentin Andy Muschietti a eu les coudées franches : une liberté de ton absolue, un budget multiplié par deux, une durée de près de trois heures et un casting incluant des stars très convoitées (Jessica Chastain et James McAvoy). La question est donc de savoir s'il a été fait bon usage de ce luxe totalement inédit pour un film d'horreur.

En choisissant de se concentrer sur la jeunesse du Club des Ratés pour le premier Ça, le scénariste Gary Dauberman, la productrice Barbara Muschietti et son frère de cinéaste Andy s'étaient simplifié la tâche. Non contents de transposer l'histoire de la fin des années 50 aux très en vogue années 80 (merci Stranger Things!), le trio s'épargnait les pièges d'une narration complexe et de ses allers et retours incessants entre le passé et le présent. Une ligne droite, un tiers de roman a adapter, des enjeux simples et un monstre iconique. Emballé, c'était pesé.
Le plus dur restait donc à venir. D'où une durée rallongée pour rendre justice à la portion la plus conséquente du roman pantagruélique de Stephen King. Totalement livré à lui-même, Dauberman ne s'en tire pas tout à fait avec les honneurs. Autant que possible, le scénariste cherche à échapper à la structure gigogne et parfois très séquentielle du matériau d'origine, un casse-tête que Lawrence D. Cohen et Tommy Lee Wallace, à la manœuvre sur le fameux téléfilm de 1990, avait su résoudre en tirant profit des coupures publicitaires imposées par le petit écran, chaque retour sur un des Ratés en particulier étant construit comme autant de séquences autonomes. Sans trop en faire, le téléfilm prenait le temps nécessaire pour que le spectateur ressente le poids des années entre l'enfance et l'âge adulte. Passé un rappel des faits et un prologue efficace (où Xavier Dolan prend cher), Gary Dauberman choisit de passer brutalement la seconde et croque le retour du club des Ratés en une série de vignettes trop schématiques pour convaincre. L'émotion des retrouvailles en prend un coup. Pire encore, certains personnages secondaires pourtant essentiels à l'intrigue (le mari violent de Beverly, la femme de Bill) ne font qu'une courte apparition pour ne plus jamais reparaître. Sur la forme, la trahison peut se comprendre par l'envie de rebattre les cartes et de rendre le dernier tiers moins prévisible pour les connaisseurs. Sur le fond, les thématiques de l'amour, de la magie et de la répétition des tragédies familiales, si chères au King, s'en retrouvent considérablement amoindries.

 

"il" est revenu !


Des écarts entre le papier et l'écran, il y en a d'autres. Et pas des moindres. Les raisons du suicide de Stan Uris, l'absence du cataclysme détruisant Derry et scellant les liens étroits entre Ça et la petite ville, la nature profondément lovecraftienne du monstre ou encore la nature profonde de la relation qui unit Richie la Grande-Gueule à Eddie l'Asthmatique, autant de choix qui surprennent et qui ont une fâcheuse tendance à appauvrir l'impact général d'une histoire qui aurait pu être foisonnante mais qui reste un peu trop en surface. D'autant plus regrettable que d'autres idées fonctionnent bien mieux et notamment une approche inédite du Rituel de Chüd qui transforme l'acte central en quête initiatique et remet le film sur les rails. Si le film d'Andy Muschietti parvient à ne pas se transformer en un bordel sans nom et à atteindre sa cible (faire peur ET émouvoir), il le doit pour l'essentiel à ce seul parti-pris. Les motivations des Ratés font sens, leurs peurs et la façon dont Ça tentent d'en tirer profit font sens.

Et puisque l'on parle du clown, autant conclure sur lui. Il est la star du film, l'alpha et l'omega d'une série B généreuse et déviante, aux références jouissives (les fans de The Thing seront aux anges lors d'une scène conçue comme l'hommage le plus taré au génie de Rob Bottin). Bénéficiant du jeu virtuose d'un Bill Skarsgaard en forme olympique et d'effets spéciaux mélangeant harmonieusement maquillages spéciaux et images de synthèse, le nouveau Grippe-Sou entre définitivement au panthéon des croquemitaines, faisant presque oublier l'interprétation de Tim Curry pour rivaliser avec le Freddy Krueger de Robert Englund. Chaque apparition du clown est un morceau de bravoure en puissance où les enfants ne sont que rarement épargnés. Dans ses derniers instants, Ça Chapitre 2 se permet un long et beau mouvement de grue où le fronton d'un cinéma affiche fièrement la projection prochaine de Freddy 5: L'Enfant du cauchemar. Un clin d'œil ostentatoire qui sonne comme une note d'intention. Plutôt que de viser les oscars et cette partie du public (et de la critique) qui fantasmait un nouveau La Ligne verte, Andy Muschietti livre l'équivalent d'un double-programme Freddy/Chucky. Pas si sûr que l'on y perde au change.

Alan Wilson










Partagez sur :

 

Crédits & mentions légales - Publicité - Nous contacter
Copyright Regard Critique 2009-2019