ONCE UPON A TIME… IN HOLLYWOOD
Etats-Unis - 2019
Image de « Once Upon A Time… In Hollywood »
Genre : Thriller
Réalisateur : Quentin Tarantino
Musique : Divers
Durée : 161 minutes
Distributeur : Sony
Date de sortie : 14 août 2019
Film : note
Jaquette de « Once Upon A Time… In Hollywood »
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LE PITCH
1969. Hollywood. Rick Dalton est un acteur sur le déclin qui se pose de plus en plus de question sur sa carrière. Suivi comme une ombre par son cascadeur attitré, Cliff Booth, qui devient son homme à tout faire, il sillonne les plateaux, provoque les rencontres à la recherche du nouveau rôle susceptible de le replacer en haut de l’affiche. Pendant ce temps, dans la maison voisine de la sienne, Sharon Tate, compagne du réalisateur Roman Polanski, emménage.
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le bon, la belle et le cascadeur

Il y a plus d'un an maintenant, lorsque Quentin Tarantino annonçait vouloir dédier son prochain film (le 9ème, soit l'avant dernier, si on en croit ses dires) à l'histoire de Sharon Tate et de son assassin Charles Manson, la polémique enflait dans la minute, recouvrant le web de réactions disproportionnées, s'insurgeant déjà que le réalisateur énervé, connu pour sa violence graphique et peu réaliste, allait forcément manquer de l'empathie et de la sensibilité nécessaires à la mise en images d'un tel drame. C'était mal connaître le trublion, qui non seulement ne s'intéresse pas au drame lui même, mais en profite pour tordre la réalité, y inclure des fait totalement fictifs et rendre un hommage vibrant à ce qui l'a toujours motivé : l'amour du grand et du petit écran.

En 1969, aux yeux du monde entier, Los Angeles n'existe vraiment qu'au travers d'Hollywood, son quartier tout entier dédié à l'industrie du cinéma, où studios et plateaux fourmillent en permanence de techniciens et d'acteurs s'affairant, tout le jour, à faire tourner l'usine à rêves jusqu'à ce que, la nuit venue, ses stars de l'écran rejoignent leur splendide propriété sur ses hauteurs et s'y adonnent à des fêtes dont les lumières scintillent jusqu'à l'aube. Un quartier-monde, riche de la pluralité culturelle voulue et imposée par une industrie au summum de son rayonnement, que Quentin Tarantino s'évertue à rendre palpable à l'écran. Publicités, affiches de cinéma, génériques divers et variés, excitent les yeux et les oreilles du téléspectateur et du cinéphile, qui se retrouvent littéralement immergés dans l'effervescence de l'industrie de l'époque. Pourtant, au centre de cette très fidèle reconstitution, QT va insérer deux personnages totalement inventés. D'un côté, Rick Dalton (Leonardo DiCaprio, comme toujours impeccable), acteur glissant doucement vers une fin de carrière subie, pleurnichard et pathétique, noyant souvent ses doutes dans l'alcool et flottant mollement dans la piscine de sa propriété tout en rêvant de travailler avec Roman Polanski (qui habite pourtant juste à côté mais qu'il n'ose pas aborder). A son côté, Cliff Booth (Brad Pitt, lumineux et beau comme un dieu de... What ? 55 ans???), son cascadeur attitré qui, par ricochet, subi lui aussi une baisse de son activité qu'il prend avec la philosophie inhérente à ceux qui travaillent dans l'ombre. Ami et confident de Dalton, il devient donc une sorte d'homme à tout faire, aussi bien chauffeur que réparateur TV. A côté de ses deux faces d'une même pièce (l'acteur et le technicien) totalement fantasmée, Quentin Tarantino va insérer celui, bien réel, de Sharon Tate (Margot Robbie, rayonnante), muse de Polanski qui va connaître, peu de temps après son arrivée à L.A., un destin tragique. Mais sa présence va surtout être l'occasion pour le réalisateur de présenter une autre facette de la psychologie de l'Acteur, monstre fragile, qui va s'opposer directement à celle de Dalton.

 

la lumière de la ville


Il l'a dit à de nombreuses reprises en entretien, Quentin Tarantino a été élevé, en partie, par la télévision. Publicités et séries de toutes sortes l'ont donc accompagné durant toute son enfance, s'entremêlant dans un maelstrom d'images et de sons qui hantent tous ses films, et faisant de lui un des rares réalisateurs se réclamant même de cette culture télévisuelle là où d'autres (nombreux) passent leur temps à la mépriser. Once Upon a Time... in Hollywood est donc pour lui l'occasion de rendre définitivement hommage au medium. Et pour ce faire, il va utiliser avec brio ses personnages. Dalton, avec qui le cinéma prend de plus en plus de distance, passe désormais son temps sur les plateaux de tournage du petit écran, incarnant le méchant de la semaine dans des séries de toutes sortes. Il en est clairement malheureux et le montre en embrassant régulièrement le goulot de sa bouteille. Sharon Tate, de son côté, vient elle de la télévision et tourne depuis peu pour le cinéma, dans des productions où elle joue des personnages secondaires pas toujours très glorieux pour son image mais qui la comble de joie. Ainsi, lors d'une scène, elle entre dans un cinéma (après avoir annoncé avec fierté à l'ouvreuse qu'elle jouait dans le film programmé) et passe son après midi dans la salle, admirant sa prestation sur l'écran géant, même si celle ci n'est pas à son avantage et provoque les rires gras des spectateurs. Deux acteurs, deux conceptions différentes du métier. L'une, désilllusionnée, qui met en avant la vanité et le cynisme naissant d'une industrie qui commence déjà à tourner en rond, l'autre pleine d'espoir, sereine, peut être naïve mais qui vit le rêve qu'elle vend et traverse la vie tel un astre solaire qui irradie le monde de bonheur. Avec son regard perçant et sa verve habituelle, Tarantino livre donc deux magnifiques portraits d'acteurs complémentaires, sujet à beaucoup d'analyses, qui va trouver encore un peu plus de matière au sein d'un cyclone méta comme rarement le cinéma nous en a offert avant lui.

 

et maintenant, votre film en metavision !


Malgré les premières rumeurs du film (et les premières polémiques, mais il y en a déjà d'autres depuis) l'affaire Sharon Tate n'était donc pas (mais alors pas du tout!) le propos de ce 9ème film. Et ce même si Charles Manson et sa funeste Manson Family y sont bien présents. Le but était donc surtout de situer son action dans une époque particulièrement troublée par des crises politiques successives (guerre du Viet Nam, apparition des premiers hippies) qui allaient avoir des répercussions dramatiques directes sur une industrie située pourtant à des années lumière de ces préoccupations. C'est donc indéniablement avec une volonté de catharsis (comme il le faisait déjà dans Inglorious Basterds) que Quentin Tarantino prévoit un destin tout autre, que celui survenu en cette soirée d'août 69, aux bourreaux de la jeune actrice. Ce qui donne lieu à un grand final tarantinesque qui évidemment fait déjà couler beaucoup d'encre.

Alors où se trouve donc l'intérêt du film ? Dans la frontière entre réalité, fiction et fantasme mais aussi, et surtout, entre celle, poreuse, que Tarantino s'évertue à mettre en scène entre Cinéma et Télévision, les deux mamelles indissociables de sa passion, auxquelles il a été biberonné toute son enfance. Une scène seule en la preuve flagrante : celle où Dalton et Booth regardent ensemble la tv, comme deux potes sirotant leur bière. Progressivement, la caméra cadre leur poste en noir et blanc, jusqu'à faire disparaître les bords de l'image. L'écran de cinéma est alors transformé en télé, et ne reste que du film les commentaires off des deux téléspectateurs, eux même acteurs jouant un rôle. Une mise en abîme extrêmement intéressante et qui se retrouve aussi dans la scène où Margot Robbie, incarnant Sharon Tate, regarde la véritable Sharon Tate évoluant à l'écran. Et Tarantino enfonce le clou en proposant une myriade de seconds rôles à des acteurs venus du petit écran : Timothy Olyphant (Deadwood), Luke Perry (Beverly Hills), Damian Lewis (Homeland), Lena Dunham (Girls), Damon Herriman (le Charles Manson de la saison 2 de Mindhunter et qui joue ici... Charles Manson) et même Nicholas Hammond, premier Spider-Man de l'Histoire de la télévision US.
Sur le fond, le film est donc incroyablement dense, véritable somme d'une vie de cinéphile et téléphage. Mais ce n'est pas pour autant que Tarantino oublie la forme, majestueuse quand il le faut, comme lors de cette scène de quelques secondes seulement où sa caméra suit un membre de la Manson Family à cheval, réveillant en un seul travelling la puissance mythologique du Western. Quant à sa verve habituelle, elle est une nouvelle fois bien présente, et nous abreuve de dialogues jouissifs et délicieux.

Once Upon a Time... in Hollywood
est donc tout ça à la fois, et bien plus encore. Le patchwork neuronal d'un gamin qui a grandi face à un tube cathodique et le recrache aujourd'hui entre hommage, catharsis, sérieux et humour de sale gosse. Un gamin qui est devenu un réalisateur chevronné mais reste avant tout, et c'est là le plus important, un passionné.

Laurent Valentin












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