STRANGER THINGS SAISON 3
Etats-Unis - 2019
Image de « Stranger Things Saison 3 »
Durée : 480 minutes
Distributeur : Netflix
Date de sortie : 4 juillet 2019
Film : note
Jaquette de « Stranger Things Saison 3 »
portoflio
LE PITCH
Été 1985. La petite ville d'Hawkins est de nouveau la cible des créatures belliqueuses de l'Upside Down et le grand frère de Max, Billy en est la première victime. Pendant ce temps, des agents russes tentent de rouvrir le portail fermé par Eleven, dans un laboratoire secret dissimulé sous le nouveau centre commercial Starcourt …
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Que reste-t-il de nos amours ?

Petit rappel des faits : après une première saison plaisante mais un peu vaine, le phénomène Stranger Things avait fini par se vautrer lors d'une seconde livraison particulièrement mal écrite et aux excès de nostalgie de moins en moins émouvants et de plus en plus opportunistes. Rebelote avec cette nouvelle salve de huit épisodes. Plus de gore, plus de références 80's, plus d'effets spéciaux, et, surtout, encore plus de vide.

Il ne suffit que d'un épisode, le tout premier, pour que l'escroquerie narrative des Duffer Brothers fasse long feu. Sous prétexte de faire le point sur une galerie de personnages bien trop importante pour que l'on puisse s'y retrouver, le duo gagne du temps, dilue ses enjeux et accouche de plus de 50 interminables minutes (le double en ressenti). Mike et Eleven s'embrassent en continu dans un marathon d'hormones insupportable, Hopper et Joyce se lancent dans un concours de grimaces, chaque scène a droit à son tube retro, le montage s'agite sans que l'on sache trop pourquoi et un jump scare paresseux fait office de point d'orgue pour inciter les marathoniens du binge watching à enchaîner sur l'épisode suivant. Et, par politesse, on passera sous silence les prestations embarrassantes de Jake Busey et Cary Elwes, guests de « prestige » venus cachetonner et aguicher le geek. Le doute n'est donc plus permis : Stranger Things ne raconte rien, n'a rien à dire, à contrario d'un Ready Player One dont la boulimie de name-dropping s'enrichissait d'une réflexion brillante sur l'imaginaire et son appropriation cynique par des costards-cravates ne raisonnant qu'en termes d'études de marchés. Impossible de blâmer Matt et Ross Duffer pour autant. Les deux larrons savent pertinemment qu'il suffit de plaquer une chanson des Scorpions ou de Madonna sur une nuque longue, une permanente blonde et un ensemble fluo pour déchaîner l'enthousiasme de millions de téléspectateurs aux exigences sans cesse revues à la baisse. Pourquoi, dans de telles conditions, se casser la nouille à pondre une histoire digne de ce nom ?

 

wake me up (before you go go)


Personnage plus ou moins central des deux précédentes saisons, Will Byers (Noah Schnapp, attachant et un peu perdu) est cette fois-ci relégué au second plan, presque la cinquième roue du carrosse. La sous-intrigue qui résume son évolution profonde est paradoxalement la seule à s'aventurer vers une auto-critique de la mécanique Stranger Things. Délaissé par ses amis, ignoré, il sera finalement le seul à comprendre qu'il est temps de grandir et de passer autre chose plutôt que de s'acharner à revivre encore et encore le passé. La scène où le jeune homme, en pleurs, finit par détruire ses jouets et son antre de nerd solitaire dans un élan de rage incontrôlable est aisément la plus chargé en émotions. Mais plutôt que de creuser ce sillon passionnant, les Duffer et consorts préfèrent s'attarder sur une amitié féministe au discours post #MeToo terriblement simpliste ou un coming out lesbien sorti de nulle part et d'une incohérence crasse. Et que dire de ce complotiste qui critique le capitalisme yankee à tout va avant d'en faire l'éloge auprès d'un scientifique moscovite, transfuge au regard de grand enfant qui semble vivre la fiesta du 4 juillet comme une épiphanie quasi-religieuse ? Du grand n'importe quoi.

In fine, et contre toute attente, Strangers Things parvient, tel un alcoolique béni des Dieux, à retomber sur ses pieds. On aurait aimé détester en bloc mais le spectacle foutraque et énergique des trois derniers épisodes et la fraîcheur jamais démentie d'une troupe de jeunes acteurs décidément doués forcent l'indulgence. Le piège est là. On a beau se lasser des citations de Terminator, Aliens, L'Aube Rouge (Wolverines!!!), Le Blob, The Thing et de centaines d'autres icônes 80's, Millie Bobby Brown, Gaten Matarazzo, Joe Keery et tous les autres n'ont rien perdu de leur talent ni de leur entrain à faire vivre des personnages bien plus intéressants que les aventures brouillonnes qu'ils traversent. Pour eux, et seulement pour eux, il se pourrait bien que l'on se laisse tenter par une quatrième saison d'ores et déjà inévitable.

Alan Wilson










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