2 SœURS
Janghwa, hongryeon - Corée - 2003
Image de « 2 Sœurs  »
Réalisateur : Kim Jee-Woon
Musique : Byung-woo Lee
Durée : 115 minutes
Distributeur : Bac Films
Date de sortie : 16 juin 2004
Film : note
Jaquette de « 2 Sœurs  »
portoflio
LE PITCH
Su-Mi et Su-Yeon, deux sœurs, rentrent chez elles après un séjour dans une institution psychiatrique, suite au décès de leur mère. Leur belle-mère, Eun-joo (interprétée par Yum Jung-ah vue dans La 6eme Victime) les accueille mais Su-Mi l'évite volontairement et Su-Yeon semble en avoir peur. Si déjà la tension est palpable dans la maison, le fait que d’étranges bruits se fassent entendre, rende véritablement la famille sur les nerfs. Les deux sœurs et la belle-mère s’affronten...
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Liens Extra-familiaux

Tout auréolé de son Grand Prix à Gérardmer, le film de Kim Jee-woon (The Quiet Family, 3 histoires de l'au-delà...) débarquait il y a quelques années sur les écrans français. Une production qui aurait pu faire craindre à certains un énième avatar du phénomène Ring, mais qui à sa façon aura expérimenté de nouvelles formes de narration. Une œuvre étrange, flippante et hypnotisante, qui nous plonge dans les liens troubles d'une famille en perte de repères.

La Corée du Sud n'a pas été épargnée par la vague de cinéma d'horreur "à la Ring ": ambiance glauque et déliquescente, économie des effets, fantômes vengeurs les cheveux tombants, drame psychologiques... voilà des éléments que l'on retrouve dans ce 2 Sœurs. Mais le réalisateur légitime d'une certaine façon son projet en piochant dans les mythes de son pays. Très librement inspirée d'une légende locale, « Janghwa et Hongryum » (Rose et Lotus, très souvent adapté au cinéma) dans laquelle une marâtre pousse à la mort ses deux belles-filles, le film détourne l'attente du spectateur coréen en proposant une version résolument moderne et dont la trame principale tourne aux jeux des fausses pistes. Que ce passe t'il dans cette maison où le père ne parle quasiment plus et ne réagit pas vraiment aux tensions au sein de la famille, où une belle-mère tente de se rabibocher avec les deux jeunes filles de façon quelques peu violente... Quelle est la place justement de ces deux jeunes filles dans un cadre aussi violent ? Presque un couple refermé sur lui-même, exclusif, qui voit en cette belle-mère la cause de la mort de la mère biologique. Même à Gérardmer où il a reçu le grand prix, ce 2 sœurs est loin d'avoir fait l'unanimité et ce sûrement à cause de son contenu plus psychologique qu'horrifique. Même si Kim Jee-woon sait créer de vrai espace de tension et jouer avec les codes du genre, on sent qu'il est plus en corrélation avec les passages contemplatif et calme, presque romantique entre les deux sœurs, rappelant par cela l'excellent Memento Mori. C'est cela qui rend cette violence contenue d'autant plus révoltante. Devant ces deux êtres de pureté et d'amour, cette femme mauvaise nous paraît forcément comme l'être à abattre. Mais peu à peu les fêlures apparaissent, les corps s'affaiblissent et le décor prend « vie ».

Hantise à domicile

Film psychologique ne veut pas forcément dire austérité visuelle. A la photographie grisâtre et réaliste de la plus part des essais du genre, Kim Jee-wong privilégie une esthétique travaillée reposant sur des variations de couleurs dominantes en complète évolution. Dans cette demeure quasiment baroque reprenant l'architecture victorienne, les papiers peints rouge et vert profond creusent les murs et détachent les corps humains de l'arrière plan. Avec leurs vêtements aux couleurs chaudes, pales de peaux, ils traversent l'écran tel des corps malades...au seuil de la défaillance. Tout cela révèle d'autant plus la formidable ambition du réalisateur, ou chaque élément, chaque saute de montages, chaque apparition fantomatique rapproche peu à peu de la vérité, une vérité finalement très simple dont on peut certes découvrir une partie avant la fin, mais pas la totalité. 2 Sœurs est donc, tout comme des œuvres américaines comme 6eme Sens ou Les Autres, un thriller tentaculaire dont le fantastique naît surtout d'une question de perceptions. Une perception sans cesse altérée par ce secret étrange que caches les deux héroïnes. Certains pourront reprocher à ce métrage un maniérisme poussé, une certaine langueur, la réapparition de figures imposées (il semblerait que Sadako est marqué pas mal de monde) ou un double (voir triple) retournement final devenu depuis quelque temps un passage obligatoire. Mais on ne pourra pas lui reprocher la maîtrise de son cadre, la réalisation sublime et passionnelle et son scénario qui s'effeuille peu à peu comme un oignon (merci à Shreck pour cette image).
Nathanaël Bouton-Drouard






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