3 BILLBOARDS : LES PANNEAUX DE LA VENGEANCE
Three Billboards Outside Ebbing, Missouri - Etats-Unis - 2017
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Genre : Drame, Policier
Réalisateur : Martin McDonagh
Musique : Carter Burwell
Durée : 115 minutes
Distributeur : Fox Searchlight Pictures
Date de sortie : 17 janvier 2018
Film : note
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LE PITCH
Sept mois après le viol et le meurtre sauvage de sa fille, Mildred Hayes décide de louer 3 panneaux publicitaires pour accuser la police de n’avoir pas fait le nécessaire pour arrêter le meurtrier, semant le trouble dans la petite ville en apparence tranquille d’Ebbing, Missouri.
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dans l'ombre des coen

Primé dans toutes les cérémonies majeures du début d'année (4 Golden Globes et 5 Baftas), favori dans une course à l'Oscar archi-serrée, 3 Billboards, un des phénomènes indies américains de ce début d'année, intrigue par son unanimité critique. Sauf accident, c'est en général le signe qu'un film est plus regardé à travers le prisme de son sujet et de ses résonances politiques que pour ses éventuelles qualités cinématographiques (dans le genre, on peut également citer Spotlight, Oscar du meilleur film 2016). C'est malheureusement encore le cas ici.

Le troisième long-métrage de Martin McDonagh tombe effectivement pile au bon moment et aborde des sujets brûlants. De manière directe, il traite du racisme violent de la police américaine, et de manière plus diffuse du rôle des femmes dans le cinéma américain. En effet, comment faire jouer une femme dans un film de vengeance sans être dans le pur fantasme masculin de la flingueuse sexy ? Et bien, on en prend le contre-pied ! On choisit une femme de 60 ans (Frances McDormand) et on en fait une héroïne forte, intelligente, indépendante et qui ne se définit jamais en fonction d'une supposée infériorité physique face aux hommes (elle fout des gnons à qui l'emmerde et balance des cocktails molotov). Faut reconnaître que c'est malin et que ça fait plaisir. Mais un engagement, aussi bienvenu soit-il, ne fait malheureusement pas un bon film. Parce que derrière, il y a tout de même une histoire à raconter...

 

les trémolos de la vengeance


Plombé par des problèmes d'écriture que Martin McDonagh, également auteur du script, a du mal à cacher (le film nous rappelle sans cesse les tenants et aboutissants d'une intrigue pourtant simple), se débarrassant de manière trop expéditive du personnage le plus attachant du film, passant de la moquerie à une sympathie surjouée pour le personnage de flic débile et raciste interprété par Sam Rockwell, le film ne se repose finalement que sur la prestation de McDormand. Et c'est vrai qu'elle est énorme, cette prestation. Comme le poids de son chagrin, McDormand porte le film sur ses épaules et arrive à nous intéresser à une intrigue pourtant bordélique et peuplée de personnages atypiques mais sans épaisseurs (l'ex-mari violent, qui bénéficie d'un traitement étonnamment indulgent, le nain, etc). McDonagh échoue là où il avait plutôt réussi sur Bons baisers de Bruges, farce qui virait petit à petit au drame grâce au personnage faussement simpliste de tueur dépressif de Colin Farrell. Las, le personnage de Mildred Hayes, aussi bien interprété soit-il, est sans surprise.

 

so far(go) away


La forme n'est pas là pour rattraper le tout. Shooté sans génie, voire maladroitement avec un long plan séquence censément impressionnant mais sans aucune justification narrative, le film se laisse suivre sans ennui grâce à sa galerie de personnages malgré tout attachants et son casting solide. Mais rien, dans le fond ni dans la forme, ne nous semble justifier l'emballement et les mentions dithyrambiques qui bardent l'affiche (« un chef d'œuvre révolutionnaire »). Enfin, consciemment ou pas, difficile de pas y voir un hommage au cinéma des frères Coen : le casting, le ton, l'univers, tout y renvoie. Mais cet hommage dessert le film tant la comparaison se fait à son détriment. A aucun moment McDonagh n'arrive à retrouver le ton si particulier des Coen, qui parviennent à provoquer rire, émotions et empathie à partir de canevas à l'apparence simplistes mais transcendés par un art du récit et de la mise en scène unique.

Si on veut se frotter à un hommage bien plus malin au cinéma des Coen, mieux vaut se tourner vers la fabuleuse Saison 3 de Fargo. En termes d'efficacité narrative, d'intelligence du récit, d'émotion et de qualités formelles, il n'y a pas de comparaison possible.

François Willig










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