BRIGSBY BEAR
Etats-Unis - 2017
Image de « Brigsby Bear »
Réalisateur : Dave McCary
Musique : David Wingo
Durée : 97 minutes
Distributeur : Sony Pictures
Date de sortie : 15 janvier 2018
Film : note
Jaquette de « Brigsby Bear »
portoflio
site officiel
LE PITCH
Kidnappé et coupé du monde pendant 25 ans par un couple de ravisseurs se faisant passer pour ses parents, James est retrouvé par la police et rendu à sa véritable famille. Il découvre alors être le seul à connaître le show pour enfants «Brigsby Bear Adventures», conçu de toutes pièces par son faux géniteur. Pour mieux affronter sa nouvelle vie, le jeune homme décide de mettre en pratique les valeurs de son ours fétiche afin de lui donner une fin en film.
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Ours blanc et blanc ours

Présenté en avant-première au dernier festival de Sundance et projeté à Cannes en clôture de la Semaine de la Critique, Brigsby Bear est précédé d'une réputation flatteuse. À la fois léger et angoissant, lunaire et décalé, ce premier long-métrage, aujourd'hui dispo en VOD et sur les plateformes numériques, s'avère assez plaisant à suivre. Même s'il porte en lui les stigmates « copyrightés » d'un film ricain issu du circuit indépendant.

Né de l'imaginaire de Dave McCary et Kyle Mooney, nouveaux fers de lance du «Saturday Night Live», Brigsby Bear traite de sujets éprouvants (le rapt d'un enfant et ses conséquences post-traumatiques) sous le prisme de la rupture de ton et de la mise en abyme. À ce titre, le premier quart d'heure est particulièrement réussi. James, un jeune adulte pas encore sorti de l'enfance visionne à la chaine des dizaines de VHS de son programme favori consacré à un ours en peluche vivant une série d'aventures farfelues. Cloitré, en pyjama, dans sa chambre de pré-ado, il n'en sort que très occasionnellement pour contempler la nuit étoilée sous une sphère de verre donnant sur le désert. Fait étrange, son lieu d'habitation ressemble à un bunker souterrain empli de coursives, de digicodes et de sas de décompression. Sommes-nous dans le vrai ou dans un rêve ? D'où vient cet ours factice que James aime tant ? Pourquoi son père lui somme-t-il de porter un masque à gaz dès qu'il se trouve à l'air libre ? La réponse est vite donnée et elle se révèle plutôt déroutante.

 

nostalgie geek


Le cinéaste et son scénariste (également acteur principal) brouillent les pistes et parviennent à créer une atmosphère aussi fantasmagorique qu'inquiétante. Les premières séquences attisent vraiment notre curiosité. Elles nous interpellent avec l'apparition de créatures étranges, à l'image de ces « bétucioles » ou de ces renards empaillés semblables à des marionnettes animées. McCary et Mooney connaissent leurs classiques et ça se ressent. Il se dégage de Brigsby Bear une authentique nostalgie geek, une ambiance rétro-vintage du meilleur effet. Ne serait-ce que dans la présence au casting de Mark Hamill, héraut mythologique de nos premiers émois cinématographiques, utilisé ici à contre-courant du rôle qui a bâti sa légende. McCary en fait un personnage tour à tour attachant et carrément flippant. Mieux, le réalisateur rend hommage aux talents de doublage du comédien puisque Hamill prête également sa voix à l'ennemi maléfique de l'ours Brigsby.
La nostalgie donc, imprègne chacun des plans du long-métrage. Les deux comparses à l'origine du projet se connaissent depuis l'école primaire. Et selon eux, « le film est l'aboutissement d'années passées ensemble à réaliser des vidéos clip à petit budget ». Ce côté artisanal fait de bric et de broc, invoque constamment l'enfance et nous évoque souvent le cinoche de Michel Gondry. De plus, McCary et Mooney souhaitaient que Brigsby Bear ait « ce parfum nostalgique des productions Spielberg/Amblin des années 80 ». Pari en partie réussi tant le film puise allégrement dans la syntaxe dramaturgique de papy Steven. Mais aussi dans celle de l'illustre Joe Dante, des Goonies, voire également, pour les scènes d'ouverture, du plus ancien mais tout aussi culte Silent Running. Rien que du bon, nous direz-vous ? Certes. Sauf qu'une fois passé l'effet de surprise, les choses se corsent.

 

tics de langage


La deuxième partie de Brigsby Bear est loin de susciter la même émotion. Non pas que la trame soit inintéressante, loin de là. Elle est juste cousue de fil blanc. Le décalage naturel de James, son drame personnel, son retour à la vraie vie, son apprentissage des rapports familiaux, de l'amitié, son initiation à l'amour et au sexe... Nous suivons sa renaissance et sa quête existentielle avec un réel plaisir. Mais ce chemin intérieur, pétri d'humanisme, d'humour et de mélancolie, on l'a déjà vu mille fois au cinéma, chez Wes Anderson ou Sofia Coppola, par exemple. En réalité, Brigsby Bear a tous les défauts de ses qualités. Une distribution premium composée de comédiens adeptes des expériences alternatives (Greg Kinnear, Matt Walsh ou l'exquise Claire Danes). Un traitement visuel ultra-référencé insistant à bloc sur les aspects contemplatifs et les cadrages au crépuscule, en pleine nature ou au coeur de bourgades ennuyeuses. Une bande-son électro-dépressive qui appuie l'émotion de manière quasi mécanique. Bref, tous ces automatismes, ces tics un poil agaçants que l'on retrouve systématiquement dans les productions indé américaines, gâchent le spectacle. Et à tant vouloir se démarquer et glorifier l'anticonformisme, Brigsby Bear finit par s'apparenter à un objet filmique aussi prévisible qu'un produit marketing.

Gabriel Repettati














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