A GHOST STORY
Etats-Unis - 2017
Image de « A Ghost Story »
Réalisateur : David Lowery
Musique : Daniel Hart
Durée : 92 minutes
Distributeur : Universal
Date de sortie : 20 décembre 2017
Film : note
Jaquette de « A Ghost Story »
portoflio
site officiel
LE PITCH
Apparaissant sous un drap blanc, le fantôme d'un homme rend visite à sa femme en deuil dans la maison de banlieue qu'ils partageaient encore récemment, pour y découvrir que dans ce nouvel état spectral, le temps n'a plus d'emprise sur lui. Condamné à ne plus être que simple spectateur de la vie qui fut la sienne, avec la femme qu'il aime, et qui toutes deux lui échappent inéluctablement, le fantôme se laisse entraîner dans un voyage à travers le temps et la mémoire, en proie aux in...
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l'esprit et la muse

Après avoir émergé à Sundance avec Les Amants du Texas sur lequel il dirigeait déjà le duo Rooney Mara / Casey Affleck, David Lowery a rejoint Disney pour Peter et Elliott le dragon. Utilisant l'argent gagné sur ce dernier pour financer A Ghost Story, Lowery applique parfaitement la stratégie de Scorsese du « un pour eux, un pour moi ».

Le principe du Cinéma, comme n'importe quelle forme artistique, n'est il pas de raconter quelque chose, de servir un propos, tout en proposant, voir en imposant la vision d'un auteur ? Un film, comme un tableau, n'est pas fait pour plaire au plus grand nombre car il n'a pas de nécessité, ceci lorsqu'il n'est pas créé en tant qu'outil ou produit. Il demande à son spectateur une forme d'acceptation de l'invitation au voyage proposé. C'est le cas de nombreux chef-d'oeuvres, tel 2001 L'Odyssée de l'espace, opposant admirateurs acquis aux réfractaires non sensibles au message proposé. A Ghost Story de David Lowery fait parti de cette catégorie de films.

Partant d'un postulat on ne peut plus simple et épuré (devenu un fantôme, un homme est condamné à hanter sa maison), le réalisateur dépose sa caméra au cadre peu conventionnel ( un format 1.37 avec coins arrondis) afin de capter les ambiances, les sensations et les ressentis d'un couple, dans un premier temps, puis de chacun de ses personnages, ensembles dans ledit cadre, mais séparés par la frontière entre la vie et la mort. Une frontière qui en apparence ne tient qu'à un simple drap, David Lowery ayant choisi de représenter le fantôme sous sa forme la plus classique, aidant à le faire passer parfois pour un élément du décors, une présence invisible alors qu'elle est pourtant face à nous. Mais sous ce simple apparat se trouve finalement une barrière difficilement franchissable, celle du deuil, du temps, de l'oubli, de l'acceptation... Interprété par un Casey Affleck pourtant loin d'être fantomatique, cet esprit perdu voyage au fil du temps sans pouvoir changer de lieu, perdu dans ses pensées, se rattachant au seul souvenir de la femme aimée. Lowery instaure une dilatation temporelle proche d'une aventure onirique magnifiée par sa composition d'image et son montage absolument saisissant et nous demande de croire en son projet jusqu'au bout, nous promettant d'être récompensé si nous acceptons de nous laisser porter.

 

all good things


La division du public sur le film ne fait aucun doute. Sans aucune prétention élitiste, un film exigeant divise forcément les spectateurs en deux clans. Certains verront dans ces procédés (le cadre carré, les plans fixes...) une supercherie et une superficialité « indé » et auteurisante, les autres adopteront cette démarche en embrassant pleinement le récit et son message intemporel. Lowery le sait très bien et s'attaque rapidement à la volonté du spectateur, ainsi qu'à l'estomac de Rooney Mara, par un plan difficile, interminable mais à l'impact assuré, la voyant noyer sa solitude et sa peine. Passé cette épreuve de force, nous sommes prêts à nous laisser embarquer pour le reste de son récit. Le réalisateur reviendra avant le dernier tiers nous proposer de sauter dans le vide avec lui.

A travers le fantôme d'Affleck, Lowery pose de multiples questions. Qu'allons nous laisser sur Terre à notre mort ? Notre passage et notre héritage ont ils véritablement une importance si toute chose à une fin ? D'un bout de papier griffonné par un enfant à la 9ème symphonie de Beethoven l'important n'est il pas tout simplement la transmission d'un message à travers une oeuvre tel un passage de témoin lors d'une course de relais ? A Ghost Story nous force à regarder au plus profond de nous, à apporter un regard des plus intime sur l'existence, renforcé par le cadre serré et épuré de toute distraction pour répondre à ces grandes questions sur la vie, l'univers et tout le reste. L'adage populaire récent et on ne peut plus faux veut que le cinéma soit mort. Un critique confrère de Mad Movies publiait sur les réseaux sociaux à l'époque de The Lost City of Oz que si c'était le cas, « Le cadavre était plutôt joli à voir ». David Lowery prouve que le fantôme n'est pas mal non plus.

François Rey










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